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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400627

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400627

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 février et 22 avril 2024, M. B A, représenté par Me Leprince, associée de la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

- Avant dire droit, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, préalablement appelé dans la cause, de produire l'ensemble de son dossier médical ;

- A titre principal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer à titre principal, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, en toute hypothèse, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date ;

- A titre subsidiaire et avant dire droit :

1°) saisir le Conseil d'Etat d'une demande d'avis concernant la question de la production, en cours d'instance, des éléments sur lesquels se base l'administration pour déterminer la réponse à la question de l'offre de soins dans le pays d'origine dans le cadre du contentieux des refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) surseoir à statuer dans l'attente de la réponse à cette demande d'avis.

- En toute hypothèse, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne justifie pas de l'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; et le cas échéant, cet avis est irrégulier en ce qu'il n'est pas démontré que :

. le rapport médical du médecin de l'Office n'est pas conforme aux dispositions de l'annexe B de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

. le président du collège de médecins a décidé que la délibération se tiendrait à distance en méconnaissance de l'article 3 de l'ordonnance n° 2014-1329 du 6 novembre 2014 ;

. il a été adopté collégialement ;

. le rapport médical du médecin de l'Office a été transmis au collège.

- est entachée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été consulté sur sa possibilité de voyager sans risque vers son pays d'origine ;

- méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- est entachée d'illégalité dès lors qu'il n'est pas démontré qu'il pourrait voyager sans risque vers son pays d'origine ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'ordonnance n° 2014-1329 du 6 novembre 2014 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- et les observations de Me Leprince, représentant M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant nigérian né le 12 mars 1982, est entré en France le 11 décembre 2022, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 1er novembre 2022 au 31 octobre 2023, délivré par les autorités consulaires françaises. Le 17 février 2023, il a déposé une demande d'asile en préfecture de la Seine-Maritime. Par une décision du 25 avril 2023, confirmée par une décision du 22 décembre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande. Le 6 avril 2023, M. A avait en outre sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 19 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions tendant à la saisine du Conseil d'Etat d'une demande d'avis au sens de l'application de l'article L. 113-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de justice administrative : " Avant de statuer sur une requête soulevant une question de droit nouvelle, présentant une difficulté sérieuse et se posant dans de nombreux litiges, le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel peut, par une décision qui n'est susceptible d'aucun recours, transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat, qui examine dans un délai de trois mois la question soulevée. Il est sursis à toute décision au fond jusqu'à un avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration de ce délai ".

3. M. A indique que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas motivé en ce qui concerne en particulier la disponibilité des soins requis dans le pays d'origine, il n'est pas possible de débattre contradictoirement de cette question lors de l'instance. Il soutient que, à cette fin, le tribunal doit dès lors faire usage de ses pouvoirs d'instruction afin de se faire communiquer les éléments concernant cette question, ou le cas échéant, cette question présentant une difficulté sérieuse, saisir avant dire droit le Conseil d'Etat d'une demande d'avis en vertu des dispositions précitées. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le collège de médecins se soit prononcé au vu d'informations autres que celles mentionnées à l'annexe II de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé et mises en ligne sur le site internet de l'Office, à la rubrique " Ressources documentaires internationales santé ". Par ailleurs, ainsi que le Conseil d'Etat l'a indiqué dans sa décision nos 442959,446783 du 29 juillet 2021, le projet engagé par l'Office en 2017 visant à constituer des fiches sur l'état du système de santé des pays étrangers a été abandonné et aucune disposition ne lui impose de regrouper dans un document l'ensemble des recherches effectuées sur chacun des cas qui lui est soumis pour avis. Dans ces conditions, la question soulevée par M. A ne peut être regardée comme présentant une difficulté sérieuse. Il n'y a dès lors pas lieu d'en saisir le Conseil d'Etat en application des dispositions précitées, ni au tribunal de faire usage de ses pouvoirs d'instruction. Les conclusions en ce sens doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. L'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, mentionne les dispositions dont il fait application et relève que M. A ne remplit pas les conditions qu'elles prévoient. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine, et indique qu'il n'établit pas y être exposé à un risque, en cas de retour, de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 dudit code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A, le préfet de la Seine-Maritime s'est notamment fondé sur l'avis du 26 décembre 2023, qu'il produit en défense, par lequel le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, sur la base du rapport médical d'un médecin de l'Office, établi et transmis le 3 novembre 2023, que si le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de l'intéressé peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié. M. A, qui ne justifie pas avoir sollicité la communication des motifs de cet avis, ne peut utilement, et en tout état de cause, soutenir qu'il n'est pas motivé en méconnaissance de l'article L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration.

7. D'une part, faute de l'avoir en sa possession, M. A n'indique pas, dans sa requête, dans quelle mesure le rapport médical transmis au collège de médecins ne serait pas conforme au modèle défini par l'annexe B de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé. Il n'a d'ailleurs pas apporté de précisions en ce sens après avoir reçu communication de ce rapport, versé à l'instance par l'Office à la demande du tribunal. Il n'assortit ce faisant pas des précisions suffisantes la branche du moyen soulevé, tirée du non-respect, par le rapport médical, de cette annexe.

8. D'autre part, les dispositions précitées au point 5 ont institué une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. La circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis. En outre, cet avis étant émis selon la procédure particulière décrite ci-avant, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions à caractère général de l'article 3 de l'ordonnance du 6 novembre 2014 susvisée relative aux délibérations à distance des instances administratives à caractère collégial.

9. Enfin, pour contredire l'appréciation portée par le préfet, s'agissant du traitement du diabète dont il est atteint, M. A indique que le Trulicity, qui lui est prescrit, n'est pas disponible au Nigéria, et fait état d'un rapport d'information du Home Office britannique, établi en décembre 2021 et actualisé en août 2022, à propos du système de santé nigérian, relevant qu'il existe des disparités concernant sa prise en charge médicale et que si l'insuline à action de très longue durée est disponible, des difficultés d'approvisionnement peuvent survenir en raison des variations de la demande. Toutefois, ni ce rapport, même actualisé, ni les certificats médicaux produits, ne permettent d'établir que le médicament précité n'est pas disponible au Nigéria. Par ailleurs, s'agissant de son infection au VIH, le rapport précité précise que l'emtricitabine, substance active du Biktarvy, prescrit à M. A, est au nombre des antirétroviraux disponibles au Nigéria. Enfin, les informations figurant dans ce rapport, actualisé il y a deux ans, ne permettent pas d'établir l'absence d'accès effectif à son traitement pour M. A, qui n'apporte à cet égard aucune précision quant à ses ressources. Dans ces conditions, l'intéressé n'établit pas qu'il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié dans des conditions qui lui permettent d'y avoir effectivement accès.

10. Il résulte de ce qui a été dit aux quatre points précédents que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 5 doit être écarté dans toutes ses branches.

11. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Pour soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées, M. A se borne à se prévaloir de son état de santé, qui ne pourrait faire l'objet d'une prise en charge au Nigéria, le privant ce faisant d'une vie privée normale. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 9, il n'établit pas l'existence d'une telle carence dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne fait état d'aucune attache familiale ou personnelle particulière en France et n'allègue pas en être dépourvue au Nigéria. Il ne justifie enfin d'aucune perspective d'insertion professionnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que, dans son avis du 26 décembre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. A peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Ce dernier n'apporte aucun élément pour contredire cette appréciation, dont il n'allègue d'ailleurs pas, même en réplique, qu'elle serait erronée. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 9, M. A ne démontre pas qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté dans toutes ses branches.

16. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette mesure doit être écarté.

18. En deuxième lieu, M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales () ". Aux termes des stipulations de ce dernier article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 2 de la convention précitée : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ".

20. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 9, M. A ne démontre pas qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. D'autre part, il n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations concernant ses craintes d'être réduit en esclavage ou être persécuté en raison de son orientation sexuelle. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A.

21. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de saisir le Conseil d'Etat d'une demande d'avis, ni d'ordonner une mesure d'instruction, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2024 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 mai 2024.

Le rapporteur,

J. Cotraud

Le premier conseiller,

faisant fonction de président,

G. ArmandLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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