jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400628 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEPEUC MARIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 février et 16 avril 2024, M. B A, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, en toute hypothèse, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat à titre principal, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire, la même somme à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine, pour avis, de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de renvoi :
- doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient à titre principal, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé et à titre subsidiaire, sollicite une substitution de motifs.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ;
- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- et les observations de Me Lepeuc, représentant M. A.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 11 avril 1985, est entré en France le 19 octobre 2017, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 12 octobre au 10 novembre 2017 délivré par les autorités consulaires françaises. Le 24 mai 2023, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais susvisé. Par l'arrêté attaqué du 19 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais susvisé : " () / 321. La carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", d'une durée de douze mois renouvelable, ou celle portant la mention "travailleur temporaire" sont délivrées, sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, au ressortissant sénégalais titulaire d'un contrat de travail visé par l'Autorité française compétente, pour exercer une activité salariée dans l'un des métiers énumérés à l'annexe IV. () ". Figurent au nombre de ces métiers, dans le domaine professionnel " Commerce ", ceux de " vendeur en alimentation générale " (code ROME D1106) et d'" agent du stockage et de la répartition des marchandises " (code ROME N1103).
3. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'autorisation de travail déposée par M. A concerne un emploi de " magasinier, vente d'alimentation générale ", de niveau I, avec mention d'un code ROME D1106, dont la description précise qu'elle comportait était ainsi renseignée : " Magasinier, réception marchandises, mise en rayon, inventaire, vente alimentation générale, dépôt de pain, bazar et accessoires ". Pour refuser de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire au titre des stipulations précitées, le préfet s'est fondé, après avis de la plateforme interrégionale en charge de la main d'œuvre étrangère, sur la seule circonstance que " la classification de l'emploi occupé ne correspond pas à la convention collective applicable ". M. A fait à cet égard valoir que, à supposer même que le code ROME renseigné n'était pas approprié et que celui devant être indiqué devait être D1507, correspondant à l'emploi d'" employé polyvalent du commerce et de la distribution ", la description de l'emploi occupé renseignée dans la demande d'autorisation permettait sans difficulté d'identifier ledit code. A cet égard, et alors au demeurant que les stipulations précitées conditionnent, dans cette mesure, la délivrance de la carte de séjour portant la mention " salarié " à la seule inscription de l'emploi occupé à l'annexe IV de l'accord franco-sénégalais susvisé, il ressort des pièces du dossier que, nonobstant le code ROME indiqué dans la demande d'autorisation, l'emploi occupé par M. A, tel qu'il y est dénommé et décrit précisément, et pour lequel il dispose d'une promesse d'embauche, correspond à l'un des deux emplois cités au point 2, tous deux énumérés à l'annexe IV précitée. Dans ces conditions, le préfet ne pouvait, sans méconnaître les stipulations précitées, refuser de délivrer à M. A un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être accueilli.
4. En défense, sollicitant ce faisant une substitution de motifs, le préfet oppose d'une part que " après maintes demandes ", M. A n'a pas complété sa demande pour rectifier la code ROME qui y est reporté et qu'il lui appartient de démontrer que l'avis de la plateforme interrégionale chargé de la main-d'œuvre étrangère ne lui aurait pas été communiqué. Toutefois et alors au demeurant qu'un tel motif ne saurait fonder un refus de titre de séjour, il ressort des pièces du dossier que, si par courrier du 13 septembre 2023, le préfet a invité M. A à compléter sa demande, en précisant " le code ROME et la classification de l'emploi avec la convention collective applicable ", l'intéressé a transmis une demande rectifiée en ce sens par courrier reçu le 4 octobre 2023. Aucune pièce du dossier ne permet d'établir que le préfet, à qui la charge de la preuve en ce sens incombe, aurait, postérieurement à l'avis, émis le 11 octobre 2023, par la plateforme interrégionale en charge de la main d'œuvre étrangère, communiqué cet avis à M. A ou l'ait invité à rectifier sa demande. D'autre part, le préfet oppose que ce dernier ne dispose pas du diplôme requis pour occuper l'emploi en cause, ni qu'il ne pourrait l'occuper dans son pays d'origine, et qu'il ne justifie pas l'occuper encore actuellement. Toutefois, les stipulations citées au point 2 ne prévoient aucune condition de diplôme, l'emploi en cause n'étant à cet égard pas au nombre des professions réglementées, ou tenant à l'absence d'emploi correspondant pouvant être occupé dans le pays d'origine. Aucune pièce du dossier ne permet enfin d'établir que la promesse d'embauche produite par M. A n'était plus valable à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motifs sollicitée.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, de même que, par voie de conséquence, des décisions du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle ". Aux termes de l'article R. 431-14 du même code : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" prévue à l'article L. 421-1 (), dès lors que son titulaire satisfait aux conditions mentionnées à l'article L. 5221-1 du code du travail ; () ". La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " prévue au paragraphe 321 de l'article 3 de l'accord franco-sénégalais susvisé doit être regardée comme équivalente à la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 421-1 précité.
7. Compte tenu du motif qui la fonde, et en l'absence d'autre motif opposé par le préfet susceptible de justifier qu'aucun titre de séjour ne soit délivré à M. A, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " soit délivrée à M. A. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un tel titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que dans l'attente et dans un délai de quinze jours à compter de cette même date, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lepeuc et avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lepeuc d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 octobre 2023 du préfet de la Seine-Maritime est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer, dans l'attente et dans un délai de quinze jours à compter de cette même date, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Lepeuc une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, sous réserve que Me Lepeuc renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 mai 2024.
Le rapporteur,
J. Cotraud
Le premier conseiller,
faisant fonction de président,
G. ArmandLa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026