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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400655

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400655

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantSELARL OCEANIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. B... contestant son exclusion définitive de l'INSA de Rouen. Le requérant invoquait des vices de procédure et une disproportion de la sanction, mais le tribunal a jugé que les faits reprochés, bien que non établis pénalement, pouvaient justifier une sanction disciplinaire indépendante. La décision s'appuie sur les articles R. 811-10 à R. 811-42 du code de l'éducation, notamment l'article R. 811-11 concernant les atteintes à l'ordre ou à la réputation de l'établissement. Les conclusions indemnitaires et les demandes au titre des frais de justice ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et une production de pièces, enregistrés le 20 février 2024, le 17 septembre 2024 et le 17 octobre 2025, M. C... B..., représenté par la SELARL Océanis Avocats, demande au tribunal :

d’annuler la décision du 21 décembre 2023 par laquelle la section disciplinaire de l'Institut national des sciences appliquées (INSA) de Rouen a décidé son exclusion définitive ;

d’annuler la décision du 22 décembre 2023 portant interdiction d’accès à l’enceinte et aux locaux D... et résiliation de son bail des résidences D... ;

de condamner l’INSA de Rouen au paiement de la somme de 42 314 euros, à parfaire, en réparation des préjudices qu’il estime avoir subi du fait de la faute D... ;

de mettre à la charge D... une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B... soutient que :

S’agissant des conclusions à fin d’annulation :
la commission de discipline n’était pas compétente pour statuer sur sa situation car les faits reprochés ne sont pas établis ;
la décision a été adoptée à la suite d’une procédure irrégulière en raison de l’irrégularité de la composition de la commission de discipline car :
la décision du président de la section disciplinaire de désignation des membres de la commission prévue par les dispositions de l’article R. 811-20 du code de l’éducation ne lui a pas été adressée à l’occasion de la communication de son dossier imposée par les dispositions de l’article R. 811-31 du code de l’éducation ;
la décision du président de la section disciplinaire de désignation des rapporteurs prévue par les dispositions de l’article R. 811-28 du code de l’éducation ne lui a pas été adressée à l’occasion de la communication de son dossier imposée par les dispositions de l’article R. 811-31 du code de l’éducation ;
la décision du président de la section disciplinaire portant convocation des membres de la commission prévue par les dispositions de l’article R. 811-30 du code de l’éducation ne lui a pas été adressée à l’occasion de la communication de son dossier imposée par les dispositions de l’article R. 811-31 du code de l’éducation ;
la commission de discipline n’était pas paritairement composée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 811-5 et R. 811-10 du code de l’éducation ;
la preuve de la présence de l’ensemble des membres désignés de la commission n’est pas apportée ;
la décision méconnaît les dispositions des articles R. 811-11 et R. 811-36 du code de l’éducation car :
les faits reprochés ne sont pas établis ;
il n’est pas établi que sa présence serait génératrice d’une atteinte au bon ordre ou au bon fonctionnement de l’établissement ni qu’elle nuirait à la réputation de l’école ;
la sanction est disproportionnée.

S’agissant des conclusions indemnitaires :
la décision d’exclusion, illégale, est fautive ;
la décision lui a causé un préjudice moral établi à 30 000 euros ;
la décision lui a causé un préjudice financier établi à 12 314 euros.



Par un mémoire en défense et une pièce, enregistrés le 15 juillet 2024 et le 20 octobre 2025, l'INSA de Rouen, représenté par la SCP Lonqueue – Sagalovitsch – Eglie – Richters et Associés conclut :

au rejet de la requête ;
et à ce qu’une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l’éducation ;
le code de justice administrative.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Deflinne, premier conseiller ;
les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique ;
les observations de Me Monange, pour la SELARL Océanis Avocats représentant M. B... ;
et les observations de Me Le Baube, représentant l’INSA de Rouen.


Considérant ce qui suit :

M. B..., né le 29 mars 2004, a intégré l’INSA de Rouen en première année du cycle commun de la formation d’ingénieur au mois de septembre 2022. Il a poursuivi son cursus en deuxième année au sein du département Sciences et techniques pour l’ingénieur (STPI) au cours de l’année 2023/2024. Par courrier du 25 octobre 2023, M. B... a été informé de la saisine de la section disciplinaire de l’INSA par le directeur de l’Institut le 23 octobre 2023. Il a été auditionné par la commission de discipline le 30 novembre 2023. Par décision du 21 décembre 2023, la section disciplinaire compétente à l’égard des usagers a décidé de son exclusion définitive D.... Par décision du 22 décembre 2023, le directeur D... lui a interdit l’accès à l’enceinte et aux locaux de l’institut et prononcé la résiliation du bail du logement qui lui avait été consenti. M. B... demande l’annulation de ces deux décisions et la condamnation D... à lui verser la somme globale de 42 134 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis.

En premier lieu, aux termes de l’article R. 811-11 du code de l’éducation : « Relève du régime disciplinaire prévu aux articles R. 811-10 à R. 811-42 tout usager de l'université lorsqu'il est auteur ou complice, notamment : (…) 2° De tout fait de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l'université. (…) ».

La circonstance que les faits reprochés à M. B... n’aient pas été établis par le juge pénal alors qu’une plainte a été déposée n’était pas de nature à interdire l’engagement d’une procédure disciplinaire relative aux mêmes faits, dans la mesure où, d’une part, ces deux procédures sont indépendantes alors, d’autre part, qu’il revient à l’autorité chargée du pouvoir disciplinaire de se prononcer, à cet égard, sur la matérialité des faits reprochés.

En deuxième lieu, tout d’abord, aux termes de l’article R. 811-31 du code de l’éducation : « Le président de la commission de discipline convoque la personne poursuivie devant la commission de discipline par tout moyen permettant de conférer date certaine, quinze jours au moins avant la date de la séance. Cette convocation mentionne le droit, pour l'intéressé ou son conseil, de consulter le rapport d'instruction et des pièces du dossier pendant une période débutant au moins dix jours avant la date de la séance. La convocation mentionne également le droit, pour l'usager, de présenter des observations orales pendant la séance, le cas échéant par le conseil de son choix. (…) ».

Il ne ressort ni des dispositions précitées ni d’aucun texte ou principe que le président de la commission de discipline doive, préalablement à la tenue de la séance de la commission de discipline, adresser à la personne poursuivie la décision du président de la section disciplinaire portant désignation des membres de la commission prévue par les dispositions de l’article R. 811-20 du code de l’éducation, la décision du président de la section disciplinaire portant désignation des rapporteurs prévue par les dispositions de l’article R. 811-28 du code de l’éducation, pas plus que la décision du président de la section disciplinaire portant convocation des membres de la commission prévue par les dispositions de l’article R. 811-30 du code de l’éducation. Par suite, en ses trois premières branches, le moyen tiré de l’irrégularité de la procédure suivie doit être écarté.

Ensuite, aux termes de l’article L. 811-5 du code de l’éducation : « Les conseils académiques des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel statuant à l'égard des usagers sont constitués par une section disciplinaire qui comprend en nombre égal des représentants du personnel enseignant et des usagers. Ses membres sont élus respectivement par les représentants élus des enseignants-chercheurs et enseignants et des usagers au conseil académique. Dans le cas où les usagers n'usent pas de leur droit de se faire représenter au sein de la section disciplinaire et dans le cas où, étant représentés, ils s'abstiennent d'y siéger, cette section peut valablement délibérer en l'absence de leurs représentants. Un décret en Conseil d'État précise la composition, qui respecte strictement la parité entre les hommes et les femmes, les modalités de désignation des membres et le fonctionnement de la section disciplinaire. Il précise également les modalités de formation des membres à la lutte contre l'antisémitisme, le racisme, les discriminations, les violences et la haine. » Aux termes de l’article R. 811-10 du même code : « Le conseil académique, constitué en section disciplinaire conformément à l'article L. 811-5, est compétent pour prononcer des sanctions à l'égard des usagers de l'université, dans les conditions et selon la procédure prévues aux articles R. 811-11 à R. 811-42. » Aux termes de l’article R. 811-14 de code : « La section disciplinaire du conseil académique compétente à l'égard des usagers comprend : 1° Quatre professeurs des universités ou personnels assimilés au sens du collège A du I de l'article D. 719-4 ; 2° Quatre maîtres de conférences ou personnels assimilés au sens du collège B du I du même article ; 3° Huit usagers. Pour tenir compte de l'effectif total des usagers de l'université, et le cas échéant du nombre de sites universitaires, le nombre de membres peut être porté à six pour chacun des collèges définis aux 1° et 2° et à douze pour le collège défini au 3° ou à huit pour chacun des collèges définis aux 1° et 2° et à seize pour le collège défini au 3°. Un arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur précise les modalités d'application de ces dispositions. Le président de l'université ne peut être membre de la section disciplinaire. » Aux termes de l’article R. 811-15 du code de l’éducation : « Les membres des collèges définis aux 1° et 2° de l'article R. 811-14 sont élus au sein de la commission de la recherche et de la commission de la formation et de la vie universitaire du conseil académique par et parmi les représentants élus du collège auquel ils appartiennent. Les membres du collège défini au 3° du même article sont élus au sein de la commission de la recherche et de la commission de la formation et de la vie universitaire du conseil académique par et parmi les représentants élus titulaires et suppléants du collège auquel ils appartiennent. La moitié des sièges au sein de chaque collège est à pourvoir par des femmes, l'autre moitié par des hommes. L'élection des membres de chaque sexe au sein de chaque collège a lieu au scrutin plurinominal majoritaire à deux tours ou, lorsqu'un seul siège est à pourvoir, au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Le vote est secret. L'élection de chacun des membres est acquise à la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour, à la majorité relative au second tour. En cas d'égalité des voix, le membre le plus âgé est désigné. » Aux termes de l’article R. 811-20 du même code : « Les affaires sont examinées par une commission de discipline. Le président de la section disciplinaire désigne les membres de la commission de discipline selon un rôle qu'il établit. La commission comprend huit membres, dont deux membres appartenant à chacun des collèges définis aux 1° et 2° de l'article R. 811-14 et quatre membres appartenant au collège défini au 3° du même article. Les membres désignés au titre des collèges définis aux 1° et 2° de l'article R. 811-14 incluent le président ou l'un des vice-présidents de la section disciplinaire, qui préside la commission de discipline. »

Il ne résulte pas des dispositions précitées que les membres désignés par le président de la section disciplinaire pour composer la commission de discipline doivent comporter un nombre égal de femmes et d’hommes. La quatrième branche du moyen tiré de l’irrégularité de la procédure suivie doit ainsi être écarté.

Enfin, alors qu’il ressort des pièces du dossier que les convocations ont bien été adressées aux membres de la commission de discipline et que la décision de la commission précise l’identité et la qualité des membres qui ont siégé, le requérant, présent à cette séance accompagné de son conseil, n’apporte aucune élément de nature à remettre en cause l’exactitude de ces mentions. Par suite, en sa dernière branche, le moyen tiré de l’irrégularité de la procédure suivie doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article R. 811-11 du code de l’éducation : « Relève du régime disciplinaire prévu aux articles R. 811-10 à R. 811-42 tout usager de l'université lorsqu'il est auteur ou complice, notamment : (…) 2° De tout fait de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l'université. (…) ». Aux termes de l’article R. 811-36 du même code : « I.- Les sanctions disciplinaires applicables aux usagers des établissements publics d'enseignement supérieur sont, sous réserve des dispositions de l'article R. 811-37 : 1° L'avertissement ; 2° Le blâme ; 3° La mesure de responsabilisation définie au II ; 4° L'exclusion de l'établissement pour une durée maximum de cinq ans. Cette sanction peut être prononcée avec sursis si l'exclusion n'excède pas deux ans ; 5° L'exclusion définitive de l'établissement ; 6° L'exclusion de tout établissement public d'enseignement supérieur pour une durée maximum de cinq ans ; 7° L'exclusion définitive de tout établissement public d'enseignement supérieur. (…) ».

Il n’est pas sérieusement contesté que Mme A... et M. B..., tous deux étudiants de l’INSA en deuxième année au sein du département STPI, avaient noué une relation depuis le mois de septembre 2023 et avaient, depuis lors, eu des relations intimes par tous deux consenties. Il n’est pas davantage contesté que, le 9 octobre 2023, M. B... s’est rendu chez Mme A... pour y passer la nuit et qu’il a, à cette occasion, sollicité une relation sexuelle que Mme A... a déclinée avant que les intéressés ne se mettent ensemble au lit. Il est constant que M. B... et Mme A... ont finalement eu une relation sexuelle dans la nuit du 9 au 10 octobre 2023. Si M. B... soutient que cette relation était de part et d’autre consentie, l’INSA de Rouen fait valoir que Mme A... y aurait de nouveau opposé un refus. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier, tant du contenu du message spontanément adressé par M. B... à Mme A... le 10 octobre 2023 au matin dans lequel il indique « Si tu veux qu’on dorme ensemble après le resto jeudi on peut. Mais promis si t’as pas envie on fait rien. C’est nul quand y’en a qu’un sur les deux qui veut », que du comportement de Mme A... à la suite de cette nuit, qui a pris attache avec l’infirmière de l’INSA le 11 octobre 2023 pour relater les faits survenus dans la nuit du 9 au 10 octobre, n’a plus souhaité regagner sa chambre étudiante puis a souhaité changer de résidence, a été hébergée chez des amies les 12, 14 et 15 octobre, a déposé plainte pour viol le 13 octobre 2025, est retournée chez sa mère le 16 octobre et a été absente de certains examens, que la réalisation d’un acte sexuel sans que Mme A... y ait consenti de même que la conscience qu’avait M. B... de cette absence de consentement peuvent être tenues pour établies. Ces faits commis entre élèves de la même promotion, qui sont de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation D... sont ainsi susceptibles de justifier l’adoption d’une sanction disciplinaire. À cet égard, en décidant d’exclure de façon définitive M. B... D..., la commission de discipline n’a pas adopté une sanction disproportionnée.

Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du 21 décembre 2023 par laquelle la section disciplinaire compétente D... a décidé son exclusion définitive ni de la décision du 22 décembre 2023 portant interdiction d’accès à l’enceinte et aux locaux D... et résiliation de son bail des résidences D... contre laquelle aucun moyen n’est directement formulé. Les décisions contestées n’étant pas irrégulières, M. B... n’est pas fondé à demander l’indemnisation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de leur adoption fautive. Par voie de conséquence les conclusions de M. B... relatives aux frais liés à l’instance doivent être rejetées de même que, dans les circonstances de l’espèce, celles D... tendant aux mêmes fins.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l’INSA de Rouen sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et à l'Institut national des sciences appliquées de Rouen.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Banvillet, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025

Le rapporteur,
signé
T. DEFLINNE
Le président,
signé
M. BANVILLET


Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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