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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400660

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400660

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationURGENCES JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a examiné les requêtes de Mme A contestant les décisions du ministre de l'intérieur invalidant son permis de conduire pour perte de points. Le tribunal a constaté que la décision d'invalidation du 5 septembre 2023 et le retrait de points pour l'infraction du 31 décembre 2021 avaient été retirés par l'administration, rendant ces conclusions sans objet. Pour les autres infractions (5 septembre 2021, 1er mai 2020), le tribunal a rejeté les moyens de Mme A, estimant que la réalité des infractions était établie par l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées, conformément à l'article L. 223-1 du code de la route et aux articles 529 et suivants du code de procédure pénale.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée sous le n°2303247 le 8 aout 2023, Mme C A, représentée par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire et la décision implicite rejetant son recours administratif dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer son permis de conduire et les points retirés de ce permis de conduire suite aux infractions commises les 19 juillet 2022, 5 septembre 2021, 1er mai 2020 à 13h57 et 1er mai 2020 à 16h10 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aucune information préalable ne lui a été donnée concernant les retraits de points liés aux infractions visées dans la décision 48 SI attaquée ;

- elle n'a jamais acquitté les amendes forfaitaires et les a contesté par réclamation ;

- les points ont été retirés dans le cadre de la procédure dite de " l'amende forfaitaire majorée " ;

- les titres exécutoires correspondants ne lui ont jamais été notifiés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conclusions relatives à la décision de retrait de points correspondant à l'infraction commise le 19 juillet 2022 sont irrecevables et que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

II) Par une requête enregistrée sous le n°2400660, le 19 février 2024, Mme A, représentée par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 septembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire et la décision implicite rejetant son recours administratif dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer son permis de conduire et les points retirés de ce permis de conduire suite aux infractions commises les 31 décembre 2021, 5 septembre 2021, 1er mai 2020 à 13h57 et 1er mai 2020 à 16h10 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'a pas reçu l'information prévue par l'article R.223-3 du code de la route ;;

- la réalité des infractions n'est pas établie, elle n'a pas réglé les amendes et a contesté les infractions par réclamation contentieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision 48SI notifiée le 5 septembre 2023 et contre la décision de retrait de points correspondant à l'infraction commise le 31 décembre 2021 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, magistrat honoraire, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. B, magistrat-désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes n° 2303247 et n° 2400660 présentées pour Mme A présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

2. Dans le dernier état de ses écritures, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 5 septembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire, de la décision implicite rejetant son recours administratif dirigé contre cette décision et des retraits de points suite aux infractions commises les 31 décembre 2021, 5 septembre 2021, 1er mai 2020 à 13h57 et 1er mai 2020 à 16h10.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'examen du relevé d'information intégral du requérant, que, postérieurement à l'introduction de l'instance, la décision 48SI du 5 septembre 2023 et la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 31 décembre 2021 ont été retirées. Par suite, les conclusions dirigées contre ces décisions sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation des retraits de points suite aux infractions commises les 5 septembre 2021, 1er mai 2020 à 13h57 et 1er mai 2020 à 16h10 :

En ce qui concerne le défaut de réalité des infractions :

4. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

5. Il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État, le contrevenant peut soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. S'il s'abstient tant de payer l'amende forfaitaire que de présenter une requête, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public, lequel est exécuté suivant les règles prévues pour l'exécution des jugements de police. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du même code : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules ; dans ce dernier cas, le contrevenant n'est redevable que d'une somme égale au montant de l'amende forfaitaire s'il s'en acquitte dans un délai de quarante-cinq jours, ce qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire pour le montant de la majoration ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

7. En l'espèce, il ressort du relevé intégral du permis de conduire de Mme A que les infractions contestées ont donné lieu à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Il résulte de l'instruction que, si la requérante a formé le 24 avril 2023 deux réclamations respectivement à l'encontre des infractions contestées commises les 1er mai 2020 et 5 septembre 2021, il n'est pas établi que l'officier du ministère public, près le tribunal de police d'Evreux aurait fait droit à ces réclamations. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité de ces infractions est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'établissement des infractions doit être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

8. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

9. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

10. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

11. En l'espèce, il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme A que les infractions des 5 septembre 2021 et 1er mai 2020 à 16h30 ont été relevées au moyen de procès-verbaux électroniques dématérialisés et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces produites par le ministre de l'intérieur, d'une part, que la requérante a signé le procès-verbal électronique relatif à l'infraction commise le 5 septembre 2021 et, d'autre part, qu'elle a refusé de signer le procès-verbal établi lors de l'infraction commise le 1er mai 2020 à 16h30, procès-verbaux qui, conformément aux dispositions du II de l'article A. 37-27-2 mises en œuvre à compter du 15 avril 2015, précisent que les contraventions relevées entraînent retrait de points et comportent l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. La production de telles pièces suffit donc à établir que l'intéressée a bénéficié de l'ensemble des informations prévues par lesdites dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant lesdites infractions doit être écarté.

12. L'infraction susvisée a été constatée par l'intermédiaire d'un radar automatique mentionnant un retrait de point. Or, la seule circonstance que l'intéressée n'a pas été informée, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion de nombreuses infractions antérieures suffisamment récentes. En l'espèce, Madame C A a bénéficié à l'occasion notamment des infractions précédentes des 26 septembre 2014, 2 septembre 2015, 18 août 2016 et 20 juin 2017 de l'ensemble des informations légalement exigées, y compris celle relative au traitement automatisé des points. Dans ces conditions le moyen tiré de l'absence d'information doit être écarté.

13. S'agissant de l'infraction commises le 1er mai 2020 à 13h57, il résulte de l'instruction qu'elle a été constatée par radar automatique. S'il ressort du relevé d'information intégral que cette infraction a donné lieu, en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance, qui établit la réalité de l'infraction, n'est toutefois pas de nature à établir que la requérante aurait reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. L'intéressée est dès lors fondée à soutenir que la décision par laquelle le ministre a retiré deux points du capital de son permis de conduire à la suite de cette infraction est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 1er mai 2020 à 13h57.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

15. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

16. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les deux points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite de l'infraction commise le 1er mai 2020 à 13h57, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat les sommes que Mme A demande au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions mentionnées au point 3.

Article 2 : La décision de retrait de points consécutive à l'infraction constatée le 1er mai 2020 à 13h57 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à Mme A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, les deux points illégalement retirés suite à l'infraction du 1er mai 2020 à 13h57, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

H. BLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2303247-2400660

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