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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400676

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400676

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2024, M. B A, représenté par la SELARL Eden avocats, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, ou à titre subsidiaire, de lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée,

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2023, le président du tribunal a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée,

- les observations de Me Leprince pour la SELARL Eden avocats, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins et fait valoir en outre que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales dès lors qu'elles méconnaissent la jurisprudence " Diaby " du Conseil d'Etat et que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de l'état de santé de M. A ;

- et les observations de M. A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 26 mai 1981, est, selon ses déclarations, entré en France en 2019. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 22 avril 2022. Par une décision du 22 août 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande de protection internationale, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 22 décembre 2023. Par un arrêté du 30 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président.". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 août 2023, confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 12 décembre 2023. En outre, pour prendre cette décision, le préfet de la Seine-Maritime a retenu que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, si M. A soutient être atteint d'une pathologie grave pour laquelle il nécessite un traitement et est suivi au centre hospitalier universitaire de Rouen et à l'hôpital Becquerel, il ne ressort des pièces du dossier que l'intéressé aurait porté son état de santé à la connaissance du préfet de la Seine-Maritime. M. A a notamment indiqué ne pas avoir de problème de santé lors de son entretien réalisé le 22 avril 2022 dans le cadre de sa demande d'asile. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A en tenant compte de l'ensemble des éléments qui ont été portés à sa connaissance avant de l'obliger à quitter le territoire français notamment concernant sa situation privée et familiale. Par suite le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. "

6. Indépendamment de l'énumération donnée par les articles L. 611-3 et L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'il s'agisse d'une obligation de quitter le territoire français ou d'une mesure d'expulsion, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

7. Pour contester la décision attaquée, M. A soutient qu'il est atteint de la maladie de Basedow pour laquelle le traitement préconisé est la prescription d'antithyroïdiens de synthèse dont l'ajustement est en cours et que son état de santé pourrait nécessiter, selon son médecin, une ablation totale de la thyroïde et un traitement par iode radioactif. Toutefois, si le requérant apporte les éléments de nature à établir qu'il est atteint de la maladie de Basedow, il ne produit aucune pièce permettant d'établir la nature de son traitement, les conditions de son suivi en France, et les conséquences en cas d'arrêt de son traitement médical. M. A ne peut se prévaloir utilement de la circonstance qu'une ablation de la thyroïde pourrait être envisagée alors que celle-ci présente, à la date de la décision attaquée, un caractère hypothétique et ne ressort d'aucune des pièces du dossier. En outre, il n'apporte pas, à l'appui de ses allégations, d'éléments de nature à établir que son traitement ne serait pas disponible dans son pays d'origine. En l'état du dossier, M. A n'apporte pas d'éléments de nature à établir qu'il puisse se voir attribuer un titre de plein droit. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A ne peut faire l'objet d'un éloignement en raison de son état de santé ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour fixer le pays à destination duquel M. A serait renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les dispositions du L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait état de la nationalité de l'intéressé et a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni de ce qui a été énoncé au point 3 à 7 que M. A établisse que les décisions portant refus de titre de séjour au titre de l'asile et obligation de quitter le territoire français seraient illégales. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de ce que M. A ne peut être éloigné en Côté d'Ivoire en raison de son état de santé doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. M. A fait état, d'une part, qu'il encourt des risques en cas de retour en Côte d'Ivoire, et d'autre part, qu'il ne peut pas retourner en Ukraine en toute sécurité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée fixe comme pays de destination le pays dont il a la nationalité, ou tout pays où il pourrait être légalement admissible, et que M. A est ressortissant ivoirien si bien que la décision attaquée ne le contraint pas à retourner exclusivement en Ukraine où il a vécu entre 2019 et 2022. En outre, si M. A se prévaut des éléments exposés devant la cour nationale du droit d'asile relatifs aux risques qu'il encourrait en cas de retour en Côte d'Ivoire ainsi que de son état de santé, il n'apporte aucun élément de nature à établir le caractère réel et actuel des menaces dont il se prévaut, alors qu'au demeurant sa demande d'asile a été rejetée. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. A n'apporte pas, en l'état du dossier, d'élément de nature à établir que son traitement médical serait indisponible dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. "

14. Les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent être invoquées utilement qu'à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En outre, si M. A se prévaut des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur ne prévoyaient plus la protection anciennement mentionnée au 9° de l'article. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 doit être écarté comme inopérant.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 30 janvier 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELARL Eden avocats et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La magistrate désignée,

B. ESNOL La greffière,

N. DROUILHET

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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