lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400679 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge Unique 2 |
| Avocat requérant | BIDAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 février 2024, M. B A, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) à titre principal, d'annuler les décisions du 6 février 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) à titre subsidiaire, d'ordonner la suspension de l'arrêté du 6 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le principe de non refoulement dès lors que la cour nationale du droit d'asile ne s'était pas prononcée sur sa demande d'asile à la date de la décision attaquée ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée,
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, le président du tribunal a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 25 mars 2024.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant géorgien né le 16 mars 1990, est, selon ses déclarations, entré en France le 24 octobre 2022. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 17 novembre 2022. Par une décision du 11 janvier 2024 notifié le 31 janvier 2024, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande de protection internationale. Par un arrêté du 6 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président.". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressé ne dispose plus du droit de se maintenir sur le territoire français dès lors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. En outre, pour prendre cette décision, le préfet de la Seine-Maritime a retenu que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. () " Aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () " Et aux termes de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () "
6. Pour contester la décision attaquée, M. A soutient qu'il disposait d'un droit au maintien sur le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile en raison du dépôt, dans les délais, de sa demande d'aide juridictionnelle afin de contester la décision de rejet de sa demande d'asile de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile. Toutefois, il résulte de la combinaison des dispositions précitées, et dès lors que M. A provient de la Géorgie, pays mentionné sur la liste des pays considérés comme d'origine sûrs au sens de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit au maintien sur le territoire français de l'intéressé prenait fin, par exception, à la date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche " Telemofpra " dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision de refus de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été notifiée au requérant le 31 janvier 2024. Dans ces conditions, à la date de la décision attaquée le 6 février 2024, le requérant ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français, nonobstant le dépôt de sa demande d'aide juridictionnelle le 3 février 2024. Par suite, dès lors que les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 instaurant un principe de non-refoulement des demandeurs d'asile ne font pas obstacle à ce que les Etats prévoient, par exception à ce principe, des hypothèses dans lesquelles le droit au maintien sur le territoire prend fin, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
7. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la demande d'aide juridictionnelle n'était pas de nature à conserver le droit au maintien sur le territoire de M. A. Par suite, le préfet n'a pas entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen en ne mentionnant pas la demande d'aide juridictionnelle, alors qu'il a tenu compte de la situation personnelle de M. A. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.
8. En quatrième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. M. A ne peut donc se prévaloir utilement de ces dispositions à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. En cinquième lieu, compte tenu des conditions de séjour de M. A, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Si M. A fait état de risques de persécution qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, il ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques, alors qu'au demeurant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile le 11 janvier 2024 en tenant compte de ces mêmes éléments. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
12. En second lieu, compte tenu des conditions de séjour de M. A et de l'absence de preuve quant à la réalité des risques dont il se prévaut, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
Sur la demande de suspension :
13. L'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme un recours contentieux contre une décision peut, en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisir le tribunal administratif de conclusions à fin de suspension de la mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si un doute sérieux pèse sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'OFPRA, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'office.
14. Le requérant, qui ne s'est pas présenté à l'audience à laquelle il était convoqué, ne fait valoir pas d'élément précis permettant de douter du bien-fondé de la décision de rejet prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dans ces conditions, sa demande de suspension de la mesure d'éloignement prise à son encontre doit donc être rejetée.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 6 février 2024, ou à titre subsidiaire, à sa suspension doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.
La magistrate désignée,
B. ESNOL La greffière,
N. DROUILHET
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
nd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026