vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400688 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 février 2024, M. F D, assisté par Me Elatrassi, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de notification de celle-ci ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ou de 150 euros s'il est fait droit à ses conclusions subsidiaires, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
' l'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- méconnaît son droit d'être entendu ;
- méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- procède d'un défaut d'examen de sa situation ;
' la décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- méconnaît son droit d'être entendu ;
- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- procède d'un défaut d'examen de sa situation ;
- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 25 mars 2024, après la présentation du rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Labelle, pour M. D, qui reprend, en les précisant, les conclusions et moyens de la requête ; précise qu'un retour du requérant dans la province du Lôgar dont il est originaire l'exposerait à des risques élevés de traitements contraires à l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales comte tenu du degré de violences aveugles relevé par la CNDA ;
- et les observations de M. D, assisté de M. C, interprète en dari, qui confirme avoir eu connaissance de la décision de la CNDA du 29 janvier 2024.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. D, ressortissant afghan, à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions principales à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le 4°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application au cas de M. D et indique qu'il a perdu le droit de se maintenir sur le territoire français à la suite du rejet de sa demande de réexamen de protection internationale auprès de l'Office des réfugiés et des apatrides, rendu le 12 octobre 2023. L'arrêté attaqué, qui vise l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité de l'intéressé et indique qu'il n'établit pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants. L'arrêté du 2 février 2024 comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des obligation de quitter le territoire français et décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la motivation de l'arrêté en litige, telle qu'analysée ci-dessus, que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant, avant d'édicter l'acte attaqué. Les moyens soulevés en ce sens doivent, par suite, être écartés.
4. En troisième lieu, par arrêté du 18 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du 22 décembre 2023, Mme E A, cheffe du bureau du droit d'asile, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, pour les actes relevant des attributions de ce bureau, les mesures d'éloignement des étrangers. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doivent être écartés.
5. En quatrième lieu, lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, l'étranger ne saurait en principe ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il s'est vu remettre une information complète sur ses droits et obligations, par écrit et dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Il appartient dès lors au demandeur d'asile qui s'est vu remettre cette information, laquelle remise constitue une garantie pour le demandeur d'asile, lors du dépôt de sa demande ou en cours d'instruction, de faire valoir auprès de l'autorité préfectorale toute observation supplémentaire dans l'éventualité de l'intervention d'une mesure d'éloignement.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est vu remettre, à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, le 26 juillet 2022, le guide du demandeur d'asile, qui comporte l'information mentionnée au point précédent, en langue dari, dont il a déclaré avoir une connaissance suffisante. L'intéressé n'allègue pas que l'information remise était insuffisante, ni n'établit qu'il n'a pu faire valoir auprès du préfet ses éventuelles observations de manière utile et effective lors du dépôt de sa demande d'asile ou durant l'instruction de cette demande de protection. Le droit de l'intéressé à être préalablement entendu, ainsi satisfait, n'imposait pas au préfet de le mettre à même de réitérer ses observations ou d'en présenter de nouvelles, préalablement à l'intervention de la décision attaquée prise par suite du rejet de sa demande d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du droit de M. D d'être entendu préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecterait défavorablement doivent être écartés.
7. En cinquième lieu, M. D ne peut utilement invoquer l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. M. D soutient que sa vie et sa liberté seraient mises en péril en cas de retour en Afghanistan en raison de la situation de violence aveugle prévalant dans ce pays. Le requérant souligne qu'il est originaire de la province de Kaboul où règne une violence d'une particulière intensité mais son avocat souligne à l'audience qu'il habitait la province du Lôgar, distant d'une cinquantaine de km. Il apparait en réalité que l'intéressé et sa famille se sont installés à Kaboul pour tenter d'y exercer une activité et où ils auraient été inquiétés par les Taliban, désormais au pouvoir. Si l'Afghanistan connaît une situation sécuritaire dégradée et instable, il n'y régnait pas, au jour de l'adoption de la décision en litige, une situation de violence aveugle généralisée sur l'ensemble de son territoire interdisant au requérant d'y séjourner. Enfin, M. D n'apporte pas d'éléments suffisamment précis et actualisés permettant de s'écarter de l'appréciation portée par le juge de l'asile sur le niveau de menace pesant sur sa sécurité personnelle en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auxquelles renvoient les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En sixième lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.
9. En dernier lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.
Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension :
10. Par ordonnance n° 23059867 du 29 janvier 2024, rendue et même notifiée avant l'introduction de la présente instance, la présidente de la 1ère chambre de la 6e section de la CNDA a rejeté le recours de M. D à l'encontre de la décision d'irrecevabilité de sa demande de réexamen prise par le directeur général de l'OFPRA le 12 octobre 2023. Les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cette dernière décision, privées d'objet avant même leur enregistrement au greffe du tribunal, sont donc irrecevables.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination et n'est pas recevable à demander la suspension des effets de la mesure d'éloignement. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à Me Djehanne Elatrassi et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. B Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026