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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400718

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400718

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2024, Mme B A, représentée par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant le jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur d'appréciation, s'agissant de la disponibilité des soins requis par son état de santé, dans son pays d'origine ;

- elle procède d'une erreur d'appréciation au regard de ses attaches personnelles et familiales ainsi que de son insertion dans la société française.

- la décision portant fixation du délai de départ volontaire est entachée d'erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2024.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- et les observations de Me Niakate, pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née en 1987 est entrée en France le 18 juin 2020. L'intéressée a bénéficié, entre avril 2022 et avril 2023, d'un titre de séjour " étranger malade ". Par l'arrêté litigieux du 31 octobre 2023, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé son pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° DCAT-SJIPE-2022-28 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Eure le même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Dorliat-Pouzet, secrétaire générale de la préfecture de l'Eure, à l'effet de signer, notamment, les décisions en litiges. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qui le composent, est suffisamment motivé. En outre, le préfet ayant accordé à Mme A un délai de départ volontaire de trente jours, délai de droit commun prévu par l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne méconnaît pas le 2° de l'article 7 de la directive " retour ", il n'était pas tenu de motiver spécifiquement cette décision dès lors qu'il n'est ni établi ni allégué que la requérante avait formulé une demande tendant à ce qu'un délai plus long lui soit accordé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de 1'Office français de 1'immigration et de 1'intégration, de leurs missions : " L'avis du collège de médecins de l'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office selon le modèle figurant dans l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné à l'article 2 ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de 1'affection en cause. L'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié. Afin de contribuer à 1'harmonisation des pratiques suivies au plan national, des outils d'aide à 1'émission des avis et des références documentaires présentés en annexe II et III sont mis à disposition des médecins de l'office. ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 24 juillet 2023, que l'état de santé de Mme A, qui souffre d'une infection par VIH, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'un traitement est disponible dans son pays d'origine, vers lequel elle peut voyager sans risque. Pour contester cet avis, Mme A expose que son traitement, composé en particulier d'ODEFSEY, médicament basé sur la molécule RILPVIRINE, n'est pas disponible en Côte d'Ivoire. Toutefois, elle ne fournit pas d'éléments permettant d'établir que ne pourrait être substitué à son traitement un autre antirétroviral ni que la combinaison dont elle bénéficie actuellement est la seule adaptée à sa pathologie, alors que le certificat médical du 20 février 2024, postérieur à la date d'édiction de la décision contestée, qu'elle verse aux débats se borne à indiquer que sa tolérance à une autre combinaison moléculaire n'est pas garantie. Les éléments produits par Mme A ne sont, ainsi, pas suffisants pour contrarier l'appréciation portée, tant par le collège de médecins que par l'autorité administrative, sur l'effectivité de l'accès à un traitement requis par l'état de santé de la requérante, dans son pays d'origine. Au regard de ces éléments l'erreur d'appréciation invoquée par Mme A, n'est pas établie.

7. En quatrième lieu, Mme A fait valoir que l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France. Toutefois l'intéressée, présente sur le territoire national depuis le mois de juin 2020, ne justifie pas d'une longue durée de séjour en France. Mme A est célibataire, dépourvue de charge de famille. Elle ne justifie d'aucune insertion professionnelle stable et pérenne, nonobstant les formations qualifiantes entreprises. Enfin, il ne saurait être tenu pour établi qu'elle est dépourvue de toutes attaches familiales en Côte-d'Ivoire où elle a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Eure aurait entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation relative à l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France ou sur ses conditions d'existence et d'insertion dans la société française.

8. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par la requérante, n'est pas établie.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du préfet de l'Eure. Ses conclusions formées à cette fin doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me David Boyle et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Boulay, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400718

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