jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400723 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 22 février 2024, enregistrée le même jour, le président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif de Rouen, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. D C, enregistrée le 19 février 2024
Par cette requête et des pièces complémentaire enregistrées le 7 mars 2024, M. C, représenté par Me Solenn Leprince, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, dans l'attente du réexamen de sa situation, à compter de la décision à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Eden Avocats sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. C soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine préalable du médecin de zone de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui a produit des pièces, le 7 mars 2024.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2024.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaillard, présidente de chambre,
- et les observations de Me Leprince, représentant M. D C.
Le préfet du Nord n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1.M. D C, ressortissant ivoirien né le 15 novembre 1986, déclare être entré en France en 2018. Il a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture du Loiret le 3 septembre 2019. Le préfet du Loiret, par un arrêté du 28 novembre 2019, a décidé du transfert de l'intéressé aux autorités espagnoles et, par un arrêté du même jour, l'a assigné à résidence dans le département du Loiret pour une durée de 45 jours. Le 10 mars 2021, M. C a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 septembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Cet arrêté a été confirmé par un jugement en date du 28 juin 2022. Le 18 février 2024, l'intéressé a été interpellé lors d'un contrôle d'identité et a fait l'objet le même jour d'un arrêté du préfet du Nord portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. C s'est vu accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 15 mai 2024, de sorte que ses conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet du Nord a fait application. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y mentionne, notamment, sa situation administrative et sa vie privée et familiale en tant que partenaire de pacte civil de solidarité (PACS) d'une ressortissante citoyenne de l'Union européenne. Le requérant ne démontre pas, et il ne ressort pas de son procès-verbal d'audition, qu'il aurait mentionné ou produit auprès de l'administration avant l'édiction de la mesure litigieuse des éléments relatifs à son état de santé, à ses démarches administratives et à la circonstance que sa partenaire est mère de trois enfants. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Il résulte de la motivation de cette décision qu'elle est intervenue après un examen particulier de la situation de l'intéressé. Les moyens tirés de l'absence d'un tel examen et de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doivent donc être écartés.
4. En deuxième lieu, il résulte des pièces du dossier que M. C a été entendu le 18 février 2024, avant l'intervention de la décision litigieuse, sur sa situation administrative et personnelle en France et mis à même de s'exprimer sur la perspective de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel qu'il est garanti par le principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
5. En troisième lieu, M C soutient que le préfet devait solliciter un avis du médecin compétent de l'OFII préalablement à l'intervention de la décision attaquée. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de son procès-verbal d'audition, que l'intéressé aurait informé l'administration, préalablement à l'intervention de la décision attaquée, qu'il souffrait d'une quelconque pathologie. Par suite, le moyen sus-analysé doit être écarté.
6. En quatrième lieu, M. C soutient que, étant membre de famille d'une citoyenne de l'union européenne, à savoir sa partenaire de PACS qui est de nationalité italienne, il devait se voir délivrer un titre de séjour en cette qualité sur le fondement de l'article L 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoit notamment qu'ont le droit de séjourner en France les " membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 1° ou 2° " du même code et que, dès lors, il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
7. D'une part, aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres : " La présente directive s'applique à tout citoyen de l'Union qui se rend ou séjourne dans un État membre autre que celui dont il a la nationalité, ainsi qu'aux membres de sa famille, tels que définis à l'article 2, point 2), qui l'accompagnent ou le rejoignent ", ces dernières dispositions définissant le " membre de la famille " par : " a) le conjoint ; / b) le partenaire avec lequel le citoyen de l'Union a contracté un partenariat enregistré, sur la base de la législation d'un Etat membre, si, conformément à la législation de l'Etat membre d'accueil, les partenariats enregistrés sont équivalents au mariage, et dans le respect des conditions prévues par la législation pertinente de l'Etat membre d'accueil ; / () ".
8. D'autre part, aux termes de l'article 515-1 du code civil, issu de la loi du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité : " Un pacte civil de solidarité est un contrat conclu par deux personnes physiques majeures, de sexe différent ou de même sexe, pour organiser leur vie commune ". Les articles L. 515-2 et suivants définissent le régime du pacte civil de solidarité, l'article 515-4 précisant que : " Les partenaires liés par un pacte civil de solidarité s'engagent à une vie commune, ainsi qu'à une aide matérielle et une assistance réciproques. Si les partenaires n'en disposent autrement, l'aide matérielle est proportionnelle à leurs facultés respectives. Les partenaires sont tenus solidairement à l'égard des tiers des dettes contractées par l'un d'eux pour les besoins de la vie courante " et l'article 515-5 que : " Sauf dispositions contraires de la convention visée au troisième alinéa de l'article 515-3, chacun des partenaires conserve l'administration, la jouissance et la libre disposition de ses biens personnels ". En vertu de l'article 12 de la loi du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité, la conclusion d'un pacte civil de solidarité constitue l'un des éléments d'appréciation des liens personnels en France, au sens du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L 423-23 du même code, pour l'obtention d'un titre de séjour. Il en résulte, ainsi que l'a jugé le Conseil d'Etat (ministre de l'intérieur c/ Mme B, n°407687) que la loi du 15 novembre 1999 crée une nouvelle forme d'union légale entre deux personnes physiques majeures distincte de l'institution du mariage et ne peut être interprétée comme assimilant de manière générale les partenaires liés par un pacte civil de solidarité aux personnes mariées.
9. Il résulte des dispositions citées aux points précédents que le législateur a fait le choix de réserver le bénéfice du régime des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui transposent le droit de séjourner librement sur le territoire des États membres prévu par la directive du 29 avril 2004, aux seuls conjoints, les partenaires liés par un pacte civil de solidarité bénéficiant des dispositions de l'article 12 de la loi du 15 novembre 1999 relative au pacte civil de solidarité qui favorisent leur droit au séjour, conformément aux objectifs fixés par l'article 3, paragraphe 2, de la directive (même décision du Conseil d'Etat). Par suite, M. C n'ayant pas droit à se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen analysé au point 6 ne peut qu'être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
11. M. C soutient qu'il réside en France depuis 2018, qu'il est pacsé avec une ressortissante italienne résidant en France depuis 2004 et qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation des trois enfants de cette dernière, nés de précédentes unions. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la durée de résidence en France de M. C est notamment due à la circonstance qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national alors même qu'il a fait l'objet d'un précédent arrêté portant transfert aux autorités espagnoles et d'une précédente obligation de quitter le territoire français. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des diverses attestations, que le requérant serait socialement ou professionnellement intégré en France. Par ailleurs, même si les pièces du dossier, notamment les divers documents médicaux de 2022 et 2023, les attestations de paiement de la caisse d'allocations familiales de 2020 à 2024, la décision d'aide juridictionnelle du 10 décembre 2021, le récépissé d'enregistrement du PACS du 4 mars 2021, les dix attestations de proches rédigées entre 2021 et 2022 et la facture d'électricité du 28 janvier 2023 pourraient démontrer que la relation qu'il entretient avec Mme E A, ressortissante italienne, est stable, il ressort notamment de l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles et n'est pas contesté qu'il a deux enfants qui résident dans son pays d'origine. En outre, si M. C produit dix attestations, au demeurant peu circonstanciées, ainsi qu'un certificat rédigé par l'école élémentaire d'un des enfants de sa partenaire du 10 mai 2022, ces éléments ne permettent pas à eux seuls d'établir qu'il participe à l'éducation des enfants de sa compagne, dont il n'a nullement mentionné l'existence lors de son audition. Enfin, comme dit supra, il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :
12. En premier lieu, la décision en litige vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet du Nord a fait application, notamment les articles L. 612-2 et L. 612-3. Elle énonce notamment que le requérant s'est maintenu irrégulièrement en France après s'être soustrait à sa précédente mesure d'éloignement et qu'il ne peut pas présenter de document d'identité ou de voyage en cours de validité. Dès lors, alors même que ne serait pas mentionné de façon exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, ces considérations sont suffisamment développées pour avoir mis utilement M. C en mesure d'en apprécier la valeur et d'en discuter la légalité. Par suite la décision est suffisamment motivée en droit et en fait. Il ne résulte pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision en litige, qu'elle aurait été prise sans que le préfet n'ait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.
13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que l'intéressé n'établit pas être exposé à la torture ou à des traitements contraires aux stipulations de la convention précitée en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.
15. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
17. M. C, qui n'établit pas avoir déposé de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile se prévaut de son état de santé, et soutient qu'il souffre d'une hépatite B et qu'il a perdu un œil impliquant la pose d'une prothèse qui nécessite un entretien périodique. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant souffre d'une hépatite B et qu'il dispose d'une prothèse oculaire l'impossibilité de prise en charge en Côte d'ivoire des soins nécessités par ces circonstances ne ressort d'aucune des pièces produites. Par suite, la décision litigieuse ne méconnaît pas le 9°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à supposer que ce moyen soit opérant à l'encontre d'une décision portant fixation du pays de renvoi.
18 En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
19. M. C n'apporte, dans la présente instance, aucune pièce de nature à démontrer qu'il encourrait un risque en cas de retour en Côte d'Ivoire en raison des persécutions qu'il y aurait subies. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejeté par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) selon ses dires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 17 et 19, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
21. Il n'est pas contesté que M. C soit entré en France au cours de l'année 2018. Il résulte des pièces du dossier qu'il vit avec Mme A, ressortissante italienne, au moins depuis août 2020 et qu'ils ont conclu un PACS le 4 mars 2021. Mme A exerce une activité professionnelle en France, pays dans lequel elle soutient vivre depuis 2004. Eu égard à la durée de présence de M. C en France, à la durée et à la stabilité de ses liens conjugaux avec une ressortissante d'un Etat membre de l'Union Européenne implantée depuis de nombreuses années en France, et eu égard également à la circonstance que M. C ne représente aucune menace pour l'ordre public, le préfet du Nord a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'une année. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés contre elle, la décision contenue dans l'arrêté du 18 février 2024 portant interdiction de retour de M. C en France pour une durée d'un an doit être annulée.
Sur le surplus des conclusions :
22. En premier lieu, la présente décision n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint à l'autorité préfectorale de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. C dont les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées.
23. En second lieu, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme sur le fondement des dispositions combinées de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. C aux fins d'être admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet du Nord du 18 février 2024 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Solenn Leprince et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
M. Colin Bouvet, premier conseiller,
M. Robin Mulot, premier conseiller.
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La présidente- rapporteure,
A. GAILLARD
L'assesseur le plus ancien,
C. BOUVETLe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400723
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026