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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400749

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400749

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 février 2024 et 22 mars 2024, M. C B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat.

M. B soutient que l'arrêté attaqué :

- méconnait son droit à être entendu ;

- est entaché d'un défaut de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours du 21 novembre 2023 a été édictée alors que l'Office français de la protection des réfugiés et des apatrides ne s'était pas prononcé sur la seconde demande de réexamen de sa demande d'asile et qu'elle ne lui a pas été notifiée ;

- est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'erreur de droit en ce qu'elle applique indistinctement les notions de vie privée et de vie familiale ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa vie personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet de Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Vercoustre, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe et ajoute que :

o le recours à l'encontre du rejet de sa seconde demande de réexamen de sa demande d'asile est pendant devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- et les observations de M. B assisté de M. A, interprète en Dari, qui répond aux questions posées par le tribunal.

Le préfet de Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan, né le 3 juillet 1993, déclare être entré en France le 5 juin 2022. Le 6 décembre 2022, il a sollicité son admission au séjour au tire de l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de la protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 10 janvier 2023 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 juin 2023. La demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée comme irrecevable par l'OFRPA le 10 août 2023. La seconde demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée comme irrecevable par l'OFPRA le 22 décembre 2023. Le 21 novembre 2023, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours. Par l'arrêté attaqué du 14 février 2024, le préfet de Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de M. B, à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'étranger, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, y compris au titre de l'asile, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, et, le cas échéant, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise postérieurement au prononcé des décisions de l'OFPRA et de la CNDA refusant la qualité de réfugié à M. B. Il appartenait alors à ce dernier de fournir spontanément à l'administration, avant comme après le rejet de sa demande d'asile, tout élément utile relatif à sa situation. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. B aurait été empêché de présenter des observations qui auraient été de nature à ce que la procédure administrative aboutisse à un résultat différent. Dès lors et alors qu'il n'établit pas avoir présenté de tels éléments, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Et aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / () 2° Lorsque le demandeur : / c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen; () ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche " TelemOfpra " produite en défense par le préfet, que M. B a, avant la décision portant obligation de quitter le territoire édictée le 21 novembre 2023, reçu notification le 8 septembre 2023 de la décision du 10 août 2023, devenue définitive, par laquelle l'OFPRA a rejeté comme irrecevable sa première demande de réexamen de demande d'asile. Il en résulte, en application des dispositions précitées de l'article L. 542-2 § 2°-c du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sans qu'ait d'incidence la circonstance que le requérant a introduit auprès de l'OFPRA une seconde demande de réexamen d'asile le 19 décembre 2023, soit postérieurement à l'arrêté portant obligation de quitter le territoire, que l'intéressé ne bénéficiait plus du droit au maintien.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 21 novembre 2023, portant obligation pour M. B de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a été adressé par pli recommandé avec accusé de réception à l'intéressé, à l'adresse où il déclare résider dans sa présente requête. Ce pli a été présenté au destinataire le 24 novembre 2023 et retourné à l'expéditeur le 13 décembre 2023 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de l'arrêté du 21 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire, au demeurant devenue définitif à la date de l'introduction de la requête.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de M. B, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de ce dernier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

9. Il est constant que M. B s'est maintenu sur le territoire au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire imparti par l'autorité préfectorale pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 21 novembre 2023, si bien que cette autorité était fondée à lui interdire le retour sur le territoire, sauf à ce que des circonstances humanitaires justifient qu'une telle mesure ne soit pas édictée. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en juin 2022, ne produit aucun élément de nature à révéler qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Si l'intéressé soutient qu'il est suivi par l'équipe mobile précarité santé mentale du groupe hospitalier du Havre depuis le 15 novembre 2023 pour une prise en charge spécialisée au long cours et la prescription d'un traitement, il n'est ni allégué, ni établi que l'intéressé ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine. Si M. B soutient qu'il craint d'être persécuté, en cas de retour dans son pays d'origine, par les taliban, en raison des opinions politiques, il ne fait état d'aucun élément précis de nature à établir la réalité des menaces qu'il invoque. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 10 janvier 2023 puis par la CNDA le 20 juin 2023. La demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée comme irrecevable par l'OFRPA le 10 août 2023. La seconde demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée comme irrecevable par l'OFPRA le 22 décembre 2023. Au regard de son entrée récente en France et de ses conditions de séjour, en ayant interdit à M. B le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le préfet de la Seine-Maritime qui n'avait pas à apprécier distinctement les notions de vie privée et familiale, n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise, ni entaché l'acte contesté d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d'instance ainsi que celles formulées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

L. FAVRE

Le greffier,

Signé :

J-B.MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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