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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400768

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400768

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2024, Mme A B, représentée par Me Verilhac, associée de la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer à titre principal, une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et à titre subsidiaire, de lui délivrer, dans l'attente du réexamen de sa situation, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette même date, en toute hypothèse, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 19 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- et les observations de Me Dantier, substituant Me Verilhac pour Mme B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante moldave née le 15 mai 2002, est entrée en France le 14 août 2021, munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour, portant la mention " étudiant " délivré par les autorités françaises valable du 14 août 2021 au 14 août 2022, valant titre de séjour, renouvelé jusqu'au 14 août 2023, et dont elle a sollicité le renouvellement le 29 juin 2023. Par l'arrêté attaqué du 18 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a fait obligation à Mme B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, mentionne les dispositions dont il fait application et relève que Mme B ne remplit pas les conditions qu'elles prévoient. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine, et indique qu'elle n'établit pas y être exposée à un risque, en cas de retour, de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

5. Le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

6. Ainsi que l'a opposé le préfet dans la décision attaquée et en défense, il est constant que, après deux années d'études, Mme B n'a pas été admise en deuxième année de licence droit. Elle a à cet égard été déclarée défaillante pour l'ensemble des unités d'enseignement à l'issue de sa première tentative et ajournée au terme de la seconde, avec une moyenne globale d'1,896 / 20. Mme B fait à cet égard valoir qu'elle n'a pu trouver d'épanouissement dans lesdites études, suivies sur recommandation de son père et rendues difficiles par la période de crise sanitaire liée au covid-19, et que, souhaitant devenir " professeure de littérature ", elle s'est inscrite, pour se réorienter, lors de l'année universitaire 2023-2024, en première année de licence en langues, littératures et civilisations étrangères et régionales, en études anglophones. Toutefois, si cette réorientation n'apparaît pas dénuée de cohérence, à la date de la décision attaquée, Mme B ne peut justifier que de son assiduité quant au suivi de cette formation. Dans ces conditions, alors même qu'elle a été recrutée en contrat étudiant, pour assister, dans leur prise de notes, des étudiants en situation de handicap, Mme B, qui n'a obtenu en deux ans de scolarisation qu'un diplôme d'études en langue française de niveau B2, n'établit pas la réalité et le sérieux des études poursuivies. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la présence en France de Mme B est récente. Elle ne fait aucun obstacle à la poursuite de ses études dans son pays d'origine, où vit sa mère, ni à ce qu'elle y retourne le temps de solliciter de nouveau un visa de long séjour pour reprendre lesdites études en France. Si son père, de nationalité française, y réside et prend en charge le financement de ses études et de son logement, elle n'est pas dépourvue d'attaches en Moldavie ainsi qu'il a été dit. L'intéressée ne justifie enfin pas d'une insertion sociale particulière, ni avoir noué en France des liens personnels significatifs. Dans ces conditions et eu égard à ce qui a été dit au point 6, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme B.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de celle portant refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme B.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

12. Eu égard à l'objet du délai de départ volontaire, qui permet de faciliter le départ de l'étranger vers son pays d'origine, le fait que Mme B poursuive actuellement ses études à l'université de Rouen Normandie ne constitue pas une circonstance exceptionnelle pouvant être utilement opposée au préfet afin de se voir accorder un délai de départ volontaire d'une durée supérieure à trente jours. C'est donc sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu se borner à accorder à l'intéressée un délai de départ volontaire, de droit commun, de trente jours. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, des moyens tirés d'une part, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'autre part, de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme B.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi des mesures d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette mesure doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2023 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

J. Cotraud

La présidente,

C. Van MuylderLe greffier,

J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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