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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400794

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400794

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2024 et des mémoires en production de pièces enregistrés les 8 et 9 avril 2024, M. C A, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour, et de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative ou à titre subsidiaire en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise sans qu'il puisse être entendu ;

- elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Nord a produit le 7 mars 2024 un mémoire en production de pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 avril 2024, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Dantier, pour M. A, qui reprend les conclusions et moyens de sa requête, le préfet du Nord n'étant présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité marocaine, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an.

2. Le requérant, qui présente des conclusions sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doit être regardé comme demandant son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, de prononcer l'admission de M. A à l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par Mme D B, qui disposait, en qualité d'adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, d'une délégation de signature du préfet du Nord par arrêté du 5 février 2024, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture du Nord n° 64, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur de l'immigration et de l'intégration, de son adjointe et de la cheffe de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière. Il n'est pas établi ni même allégué que le directeur, son adjointe et la cheffe de bureau n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels il est fondé, notamment l'entrée irrégulière du requérant en France, sa nationalité, ses liens familiaux sur le territoire, l'absence d'autorisation de travail et l'absence de preuve qu'il risquerait d'encourir des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Il permettait à l'intéressé d'en comprendre les motifs à sa seule lecture et est donc suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu par les services de police le 26 février 2024 et a été mis en mesure de faire valoir les observations qu'il souhaitait sur la perspective de son éloignement à destination de son pays d'origine. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. A n'aurait pas fait l'objet d'un réel examen avant l'édiction de l'arrêté en litige, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments portés à la connaissance du préfet. Les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen doivent donc être écartés.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement en France en juin 2022 et s'y est maintenu sans tenter de régulariser sa situation administrative. S'il travaille depuis au-moins avril 2023 à temps partiel, il ne dispose pas d'autorisation de travail et n'a pas demandé la régularisation de sa situation administrative. M. A mène des activités bénévoles louables, prend des cours de français et fait preuve d'une réelle insertion professionnelle mais il est entré récemment en France moins de deux ans avant l'édiction de l'arrêté en litige, ne démontre pas avoir des liens intenses avec ses oncles et cousins qui résident en France et n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, le Maroc, où réside sa famille et où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Par suite, en obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai à destination de son pays d'origine, le préfet du Nord n'a pas porté à son droit de mener une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision en litige et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 7 du présent jugement.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.

10. En dernier lieu, il existe un risque que M. A, qui est entré irrégulièrement en France, n'a pas tenté de régulariser sa situation administrative et n'a pas présenté de document d'identité ou de voyage en cours de validité, se soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision contestée et du défaut de base légale sont écartés pour les motifs exposés aux points 4 et 9 du présent jugement.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision en litige, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 7 du présent jugement.

13. En second lieu, M. A n'établit pas d'attaches fortes en France et y a travaillé plusieurs mois sans autorisation. Pour ces motifs et ceux mentionnés au point 7, et compte tenu de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français limitée à un an, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la SELARL Eden Avocats et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

H. JEANMOUGINLe greffier,

Signé :

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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