jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400801 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2024, et un mémoire enregistré le 4 avril 2024, Mme C A, représentée par Me Elatrassi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- S'agissant de la décision portant refus de séjour :
o elle a été prise par une autorité incompétente ;
o elle n'est pas suffisamment motivée ;
o elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendue a été méconnu ;
o elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été sollicité ;
o elle a été prise sans que fût réalisé un examen complet de sa situation ;
o elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
o elle a été prise par une autorité incompétente ;
o elle n'est pas suffisamment motivée ;
o elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendue a été méconnu ;
o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
o elle n'est pas suffisamment motivée ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que la requête est tardive et que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 29 janvier 2024 constatant la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de Mme A ;
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, de nationalité nigériane, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la légalité du refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision en litige a été prise par Mme B qui disposait, en qualité de directrice adjointe des migrations et de l'intégration, d'une délégation de signature par arrêté n° 23-109 du 18 décembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime régulièrement publié le 22 décembre 2023 au recueil des actes administratifs n° 76-2023-191 de la préfecture, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur. Rien n'indique que le directeur des migrations et de l'intégration n'était pas absent ou empêché. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée et indique, notamment, la nationalité nigériane de Mme A, le rejet de sa demande d'asile, le sens de l'avis rendu par le collège médical de l'OFII et de l'intégration sur son état de santé, sa situation familiale et professionnelle et la circonstance qu'elle n'établit pas encourir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. La décision est donc suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, Mme A, qui a demandé la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'asile puis au regard de son état de santé, ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, le préfet était susceptible de l'obliger à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Elle pouvait faire valoir toutes les observations qu'elle souhaitait dans sa demande de titre de séjour et pendant le temps de l'instruction de celle-ci. La requérante ne fait état d'aucune observation qu'elle aurait souhaité présenter à l'autorité administrative et qui aurait été de nature à influer sur le sens de la décision prise à son égard. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège médical de l'OFII a été sollicité sur la situation de Mme A, qui n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'un vice de procédure.
6. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision aurait été prise sans un examen complet de la situation de Mme A.
7. En sixième lieu, il ressort de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 2 mai 2023 que si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pourra bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle pourra voyager sans risque. Si les pièces produites par Mme A établissent qu'elle souffre d'un utérus polyfribromateux symptomatique, elle n'établit pas bénéficier d'un traitement médicamenteux et un traitement chirurgical n'a été prévu que postérieurement à la décision en litige. Les pièces produites par l'intéressée ne sont pas de nature à démontrer qu'une prise en charge adaptée ne serait pas possible au Nigéria. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
8. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France de manière irrégulière au cours de l'année 2020, y a sollicité l'asile et ne s'est pas soumise à la décision de transfert vers l'Espagne prise à son encontre en janvier 2021. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile en 2022. La requérante, qui a demandé son admission au séjour au titre de son état de santé, n'établit pas qu'elle ne pourra pas être effectivement prise en charge de manière adaptée au Nigéria, son pays d'origine. Mme A ne fait pas état d'une insertion sociale particulière ni d'aucune perspective d'insertion professionnelle. Elle ne démontre aucun obstacle à ce que son enfant, scolarisé en CE1 postérieurement à la décision en litige, poursuive sa scolarité au Nigéria dont il possède la nationalité et où il a vécu les premières années de sa vie et où la requérante, qui y a vécu au-moins jusqu'à l'âge de 37 ans, n'est pas dépourvue de toute attache. En ayant refusé à l'intéressée la délivrance d'un titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
9. En huitième lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle n'a pas demandé le bénéfice et au titre desquelles le préfet de la Seine-Maritime ne s'est pas prononcé.
10. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante, qui n'a pas demandé son admission exceptionnelle au séjour et ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour, n'est pas fondée à soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie pour avis.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision, de son insuffisante motivation, de la méconnaissance du droit d'être entendu, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 2, 3, 4 et 8 du présent jugement.
12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à Mme A n'est pas entaché d'illégalité. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
13. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est sans incidence directe sur la décision en litige qui ne fixe pas de pays de destination mais oblige seulement Mme A à quitter le territoire français.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision en litige, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 3 et 8 du présent jugement.
15. En deuxième lieu, Mme A, dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée et qui ne démontre pas ne pouvoir accéder dans son pays d'origine aux soins nécessités par son état de santé, n'établit par aucune pièce ni allégation précise encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants au Nigéria. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés.
16. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à Mme A et l'obligation qui lui a été signifiée de quitter le territoire français ne sont pas entachés d'illégalité. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Djehanne Elatrassi et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La rapporteure,
signé
H. JEANMOUGIN Le président,
signé
P. MINNE
Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
N°2400801
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026