vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2400824 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 février 2024 et des pièces enregistrées le 2 mars 2024, M. B A, représenté par Me Zekri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2024 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de renouveler son certificat de résidence ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de renouveler son certificat de résidence ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les décisions attaquées :
- sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- sont entachées d'erreur de fait ;
- ont été prises au terme d'une procédure irrégulière, eu égard à l'irrégularité de la consultation de fichiers contenant des informations à caractère personnel quant aux condamnations pénales dont il a fait l'objet ;
- sont entachées d'erreur de droit dans l'application des stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- sont entachées d'erreur d'appréciation quant à la circonstance que sa présence sur le territoire français représenterait une menace pour l'ordre public ;
- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, le préfet de l'Eure demande à M. A de se désister de sa requête et, à titre subsidiaire, conclut au non-lieu à statuer sur celle-ci.
Il fait valoir qu'un titre de séjour a été remis au requérant le 26 mars 2024.
Vu le jugement n° 2400783 du 5 mars 2024 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a annulé les décisions du 11 février 2024 par lesquelles le préfet de l'Eure a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Armand,
- et les observations de Me Zekri, représentant M. A.
Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 27 septembre 1989, a déclaré être entré en France en 2006. Le 20 juin 2019, il s'est vu délivrer un certificat de résidence en qualité de parent d'enfant français, qui a été renouvelé et dont le dernier était valable jusqu'au 18 mai 2031. Ce certificat de résidence de dix ans a cependant été retiré par un arrêté du 27 janvier 2022, par lequel M. A s'est également vu remettre un certificat de résidence valable un an. Le renouvellement de ce certificat de résidence d'un an a été refusé par le préfet de l'Eure le 24 février 2023. L'exécution de cette décision a toutefois été suspendue par l'ordonnance n° 2302805 de la juge des référés du tribunal, qui a notamment enjoint à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de l'intéressé. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 11 février 2024 par lesquels le préfet de l'Eure a, d'une part, refusé de renouveler son certificat de résidence et, d'autre part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur l'étendue du litige :
2. En premier lieu, par un jugement n° 2400783 du 5 mars 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a annulé les décisions du 11 février 2024 par lesquelles le préfet de l'Eure a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par suite, seules les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 11 février 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a rejeté la demande de renouvellement du certificat de résidence du requérant demeurent en litige.
3. En second lieu, contrairement à ce que soutient le préfet, la circonstance que, postérieurement à la décision attaquée, M. A se soit vu délivrer une autorisation provisoire de séjour valable du 26 mars au 26 juin 2024 n'est pas de nature à avoir privé le litige de tout objet. L'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit donc être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
5. M. A est père d'une enfant de nationalité française, née le 12 décembre 2018. Si le préfet de l'Eure indique, au terme de l'arrêté attaqué, que cette enfant résiderait avec sa mère, il ressort des pièces du dossier que celle-ci résidait en réalité, durant l'incarcération du requérant, avec sa tante maternelle, qui est également la compagne de l'intéressé. Il n'est pas sérieusement contesté par le préfet que la mère de l'enfant est absente dans la vie de celle-ci, depuis sa naissance, ce dont attestent tant l'intéressée que la grand-mère et la tante de l'enfant. Par ailleurs, M. A participe activement, depuis le diagnostic de trouble du spectre autistique dont a fait l'objet sa fille en 2022, à la prise en charge de son état de santé, lequel nécessite un suivi médical régulier et une adaptation de son environnement scolaire. Si l'enfant a été prise en charge au quotidien par sa tante au cours de l'incarcération du requérant, du 5 janvier 2023 au 16 janvier 2024, d'une part, celle-ci atteste de la difficulté de cet accompagnement au quotidien et de l'importance de la présence auprès d'elle de son père, au demeurant seul à exercer effectivement l'autorité parentale et, d'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'en dépit de l'absence de mention de sa fille dans l'historique des parloirs produit par le préfet, celle-ci bénéficiait d'un permis de visite et y a accompagné sa tante à quelques reprises, ce cadre étant par ailleurs difficilement conciliable avec son état de santé. M. A démontre ainsi avoir participé, tant avant que pendant et à l'issue de son incarcération, à l'entretien et l'éducation de sa fille. En outre, si la décision attaquée mentionne que la présence du requérant sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public, eu égard à la nature des faits pour lesquels il a été condamné, en dernier lieu en récidive, la gravité de cette menace n'est pas d'une intensité telle qu'elle serait de nature à primer sur l'intérêt de la fille de M. A à ne pas être séparée de son père, alors par ailleurs que l'intéressé a entamé des démarches de suivi médical en addictologie ainsi que de réinsertion professionnelle, ce qu'a, au demeurant, relevé la commission du titre de séjour au terme de son avis, favorable, du 26 janvier 2024. Dans ces conditions, en ayant refusé le renouvellement du certificat de résidence du requérant, le préfet de l'Eure a méconnu son obligation de faire de l'intérêt supérieur de son enfant une considération primordiale. Par suite, M. A est fondé à soutenir que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 11 février 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a rejeté la demande de renouvellement du certificat de résidence de M. A doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Compte tenu du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, qu'un certificat de résidence valable un an soit délivré à M. A. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un tel certificat dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même date. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance ;
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 février 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté la demande de renouvellement du certificat de résidence de M. A est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A un certificat de résidence valable un an dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ainsi que dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compte de cette même date.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Armand, premier conseiller,
- M. Cotraud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé : G. Armand
La présidente,
Signé : C. Van MuylderLa greffière,
Signé : A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. Husseinah
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026