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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400829

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400829

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 février et 30 avril 2024, M. A B, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer à titre principal, un titre de séjour et à titre subsidiaire, un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, en toute hypothèse dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est insuffisamment motivée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence :

. de saisine, pour avis, de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des articles L. 432-13 et L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

. de respect de son droit à être préalablement entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice, par le préfet, de son pouvoir discrétionnaire permettant la régularisation de sa situation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- et les observations de Me Labelle, substituant Me Elatrassi pour M. B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 7 juin 1982, déclare être entré en France au cours de l'année 2016. Par courrier du 6 novembre 2023, reçu le 4 décembre, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que son admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté attaqué du 25 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par arrêté du 18 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 22 décembre, M. D C, directeur des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, dans le cadre des attributions de sa direction, les décisions relatives au refus de délivrance d'un titre de séjour, les mesures d'éloignement des étrangers et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, mentionne les dispositions dont il fait application et relève que M. B ne remplit pas les conditions qu'elles prévoient. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine, et indique qu'il n'établit pas y être exposé à un risque, en cas de retour, de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En troisième lieu, M. B a pu utilement faire valoir ses éventuelles observations de manière utile et effective dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour. Son droit à être préalablement entendu ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'imposait pas au préfet de la mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations. Par suite, le moyen tiré de l'absence de respect de son droit à être entendu préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecte défavorablement, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié ". () ".

6. Pour refuser de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées, le préfet a relevé qu'il avait travaillé " sans droit au séjour " et qu'il ne démontre pas que son diplôme est valable en France, qu'il lui est impossible d'occuper l'emploi envisagé dans son pays d'origine, ni enfin qu'il s'est soumis au contrôle médical requis et bénéficie d'un contrat de travail visé.

7. D'une part, il est constant que l'intéressé ne justifie pas de l'accomplissement de ces deux dernières formalités. En se bornant à indiquer qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en vertu des stipulations précitées, M. B ne conteste pas utilement ce motif opposé par le préfet, ni d'ailleurs les autres. Il ne le fait en outre pas davantage en faisant état de son niveau de diplôme, de ses différentes expériences professionnelles, du soutien de son employeur actuel, de son niveau de revenus et de l'instruction encore en cours de son autorisation de travail.

8. D'autre part, si le contrat de travail visé et le certificat médical sont au nombre des pièces à fournir à l'appui d'une demande de titre de séjour au titre d'une activité salariée, ainsi que le prévoit l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elles permettent ce faisant de vérifier que le demandeur remplit les conditions auxquelles est soumise la délivrance de ce titre de séjour. M. B ne peut dès lors utilement soutenir en réplique que le préfet ne saurait lui opposer le défaut de contrat de travail visé au motif qu'il lui appartient de transmettre la demande d'autorisation de travail au service chargé de la main d'œuvre étrangère, sur laquelle elle émet un avis, et que le contrôle médical s'effectue après émission de cet avis. Enfin, si M. B cite les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, il n'en tire aucune conséquence, alors au demeurant qu'elles ne lui sont pas applicables dès lors d'une part, que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour, en particulier elles incomplètes, et d'autre part, que le préfet ne lui a pas opposé le caractère incomplet de sa demande.

9. Par suite de ce qui a été dit aux trois points précédents, et alors au surplus que M. B ne justifie pas être entré en France muni d'un visa de long séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

10. En troisième lieu, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien susvisé, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait sollicité un titre de séjour sur ce fondement, ni que le préfet ait examiné sa situation au regard de ces stipulations. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.

11. En quatrième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

12. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. M. B fait valoir que, résidant en France depuis environ huit ans, il travaille dans le secteur de la restauration, en tension, depuis le mois de février 2021, à temps partiel, puis à compter du 1er mars 2023, à temps complet, pour en dernier lieu, un salaire mensuel d'environ 1 750 euros. Il indique par ailleurs que son frère, titulaire d'une carte de résident, et ses deux neveux vivent en France et qu'il y a noué des liens personnels forts. Toutefois, les pièces du dossier ne permettent d'établir la présence en France de l'intéressé qu'à compter du 1er février 2021. L'activité professionnelle de M. B demeure récente. Il n'allègue en outre pas être dépourvu d'attaches en Tunisie. Enfin, il ne fait état d'aucun obstacle à ce qu'il y retourne le temps de l'instruction d'une demande de visa de long séjour en vue d'exercer une activité professionnelle en France. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte excessive au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés.

14. En cinquième lieu, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien précité. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. A cet égard, M. B se prévaut des mêmes circonstances rappelées aux points 6 à 8 et 13. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu s'abstenir d'exercer son pouvoir discrétionnaire en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Ce moyen doit par suite être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B.

15. En dernier lieu, dès lors que, ainsi qu'il a été dit aux points 9 et 13, M. B ne remplit pas les conditions subordonnant la délivrance du titre de séjour prévu à l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé et à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'était pas tenu de consulter la commission du titre de séjour préalablement à l'intervention de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de cette commission, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 et L. 432 15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de celle portant refus de titre de séjour doit être écarté.

17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de l'absence de respect du droit de M. B à être entendu préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecte défavorablement, doit être écarté.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette mesure doit être écarté.

20. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

21. En dernier lieu, M. B n'allègue pas être exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, un risque pour sa vie ou de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants et les circonstances exposées aux points 6 à 8 et 13, auxquelles il se réfère, ne l'établissent pas davantage. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2024 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé :

J. Cotraud

Le premier conseiller,

faisant fonction de président,

Signé :

G. ArmandLa greffière,

Signé :

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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