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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400867

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400867

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantLEPEUC MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mars 2024, M. A, se disant Baba B, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, le tout dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime du lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

* sa demande était recevable et le refus méconnaît les dispositions de l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger ainsi que les articles L. 811-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 47 du code civil.

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle procède d'un défaut de base légale dès lors que sa demande de titre de séjour n'a pas été instruite ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 21 février 2024 d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,

- et les observations de Me Lepeuc, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Le requérant, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 2 février 2021. Il a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) à compter du 19 février 2021. Il a déposé une demande d'admission au séjour le 3 mai 2023 au titre des articles L. 423-22 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 22 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que l'intéressé ne pouvait justifier de son état civil de sorte qu'aucun titre de séjour ne pouvait lui être délivré, que célibataire et sans enfant il ne justifiait que d'une présence récente en France et n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

2. Le préfet de la Seine-Maritime a considéré, au regard notamment de rapports d'analyse de la cellule fraude documentaire de la direction interdépartementale de la police aux frontières (DIDPAF) du Havre, dont il s'est approprié les conclusions sans qu'il ressorte de l'arrêté litigieux qu'il se serait estimé lié par elles, que certains documents d'état civil présentés par le requérant au soutien de sa demande d'admission au séjour ne pouvaient être regardés comme authentiques. D'une part, l'extrait des minutes du tribunal civil de Diema relatif à un jugement supplétif d'acte de naissance n° 2941 du 11 décembre 2020, la DIDAPF ne saurait, eu égard à sa nature d'acte certifié conforme à un original par une personne n'étant pas le magistrat qui a rendu le jugement dont s'agit et à l'absence de sécurité quant à son support et de formalisme particuliers, à lui seul faire regarder l'acte de naissance, prétendument établi par transposition de ce jugement, comme étant lui-même authentique. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'extrait d'acte de naissance que le requérant présente comme relatif à son état civil contient diverses scories constituées, notamment, par une orthographe erronée ou fantaisiste d'éléments pré-imprimés. Par suite, ce document, qui doit être regardé comme contrefait, n'est pas de nature à justifier de l'état civil de l'intéressé et l'autorité administrative était en tout état dans l'impossibilité de lui délivrer un titre de séjour. Les moyens dirigés contre le refus de délivrance d'un titre de séjour, qui sont donc inopérants, ne peuvent qu'être écartés.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige a eu pour objet de refuser le séjour à l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'absence de base légale en raison du défaut de refus de séjour ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, le requérant, qui serait entré sur le territoire français le 2 février 2021, soutient que le centre de ses intérêts se trouve désormais en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, si l'intéressé a été pris en charge par les services de l'ASE et a suivi une formation qui a notamment eu lieu dans le cadre d'un contrat d'apprentissage, il n'est entré en France que récemment après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Au regard de l'incertitude relative à son état civil et son identité, il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France dont l'état civil ne peut être tenu pour établi, la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 22 novembre 2023 ne peut pas être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et comme ayant méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

7. En second lieu, la décision comporte les éléments de fait et de droit qui en sont le support nécessaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A, se disant M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, se disant Baba B, à Me Marie Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

T. DEFLINNE

Le président,

signé

P. MINNE

Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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