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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400868

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400868

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mars 2024, M. A F, représenté par Me Camail Marie, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a ordonné son maintien en centre de rétention administrative pendant l'examen de sa demande d'asile.

Il soutient que l'arrêté en litige :

- est signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Camail Marie, représentant M. F, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe et ajoute que :

o les visas de l'arrêté sont erronés ;

o l'état de santé de M. F n'est pas compatible avec son maintien en rétention ;

o M. F n'a pas été informé de la possibilité de déposer une demande d'asile en détention ;

o M. F n'a pu se soustraire à la mesure d'interdiction du territoire français prononcée par jugement du tribunal judiciaire de Nantes du 24 avril 2023 dès lors qu'il était placé en détention :

- M. F, placé au centre de rétention de Oissel et hospitalisé à compter du 8 mars 2024, n'a pas pu être présent à l'audience en raison de son état de santé.

Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien, né le 9 septembre 1989, déclare être entré en France en septembre 2019. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai, prononcée le 14 septembre 2022 par le préfet de la Loire-Atlantique et d'une interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de deux ans, prononcée par jugement du tribunal judiciaire de Nantes du 24 avril 2023. Ecroué le 5 octobre 2023 au centre pénitentiaire de Nantes, dont il a été libéré pour être placé en rétention administrative au centre de Oissel (Seine-Maritime) par arrêté du 1er mars 2024, M. F a exprimé son intention de présenter une demande d'asile le 4 mars 2024, qu'il a déposée le 6 mars suivant. Par l'arrêté attaqué du 4 mars 2024, dont M. F demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a ordonné son maintien en centre de rétention administrative pendant l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement titulaire d'une délégation de signature du 13 septembre 2023, publiée au recueil des actes administratifs n° 177 du 13 septembre 2023, lui permettant de signer au nom du préfet les décisions portant maintien en rétention administrative, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme G E, directrice des migrations et de l'intégration et de M. H B, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas, à cette même date, été absents ou empêchés. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, notamment la nationalité de M. F, la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 14 septembre 2022, l'interdiction judiciaire du territoire français pour une durée de deux ans prononcée à son encontre le 24 avril 2023 et l'absence de démarches engagées pour demander l'asile en France depuis son entrée en septembre 2019. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, si la décision litigieuse vise les dispositions de l'article L. 644-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inexistantes, l'erreur de l'administration, pour regrettable qu'elle soit, ne constitue qu'une erreur de plume et est sans incidence sur la régularité de l'acte attaqué.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été invité, par un courrier du 7 juillet 2023 notifié le 12 juillet 2023, à présenter toute observation le concernant préalablement à l'adoption de l'arrêté de renvoi du 12 juillet 2023 pris en exécution du jugement du tribunal judiciaire de Nantes du 24 avril 2023 prononçant à son encontre une interdiction de territoire pour une durée de deux ans et, qu'en réponse, il a formulé des observations le 12 juillet 2023. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. F disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dans ces conditions, la procédure suivie par le préfet de la Loire-Atlantique avant l'adoption de la décision de maintien en rétention contestée, n'a pas porté atteinte à son droit d'être entendu.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

8. Ainsi que l'a relevé le préfet dans sa décision, M. F n'a entamé aucune démarche pour demander l'asile en France depuis son arrivée en septembre 2019. Il n'a pas contesté la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 14 septembre 2022, à laquelle il n'a pas déféré. M. F soutient qu'il serait exposé à des violences en cas de retour en Algérie. Toutefois, l'intéressé, qui a fait l'objet d'une condamnation pénale le 24 avril 2023, ne fait état d'aucun élément précis de nature à établir la réalité des menaces qu'il invoque. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant n'a d'ailleurs pas invoqué de craintes particulières à retourner dans son pays d'origine lorsqu'il a été invité par le préfet de la Loire-Atlantique, le 7 juillet 2023, à faire part de ses observations préalablement à l'adoption de l'arrêté de renvoi sur la perspective de son éloignement à destination de son pays d'origine. Le requérant n'établit ni n'allègue que sa volonté de demander l'asile reposerait sur des éléments dont il n'avait pas connaissance au cours de ses années de présence en France. Ainsi, il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet a, à bon droit, regardé la demande d'asile formée par M. F, le 6 mars 2024, et rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 7 mars 2024, comme présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet et a, pour ce motif, décidé son maintien en rétention conformément aux dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. En dernier lieu, les circonstances selon lesquelles M. F est actuellement hospitalisé à la suite d'une blessure au genou et qu'il risquerait des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué qui se borne à maintenir l'intéressé en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a ordonné son maintien en centre de rétention administrative pendant l'examen de sa demande d'asile.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de la Loire-Atlantique.

Lu en audience publique le 13 mars 2024.

La magistrate désignée,

L.FAVRE

La greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2304278

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