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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2400958

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2400958

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2400958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantSINOIR AURELIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mars 2024, Mme C, représentée par Me Sinoir, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 mars 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné son maintien en centre de rétention administrative pendant l'examen de sa demande d'asile.

Elle soutient que l'arrêté en litige :

- est signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

- a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les pièces remises à l'audience ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Sinoir, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe et ajoute que :

- l'intéressée, en cas de retour dans son pays d'origine, craint les représailles de " Mama C ", responsable de l'exécution de son père au Nigeria en avril 2022 ;

- et les observations de Mme C, assistée de Mme E, interprète en langue anglaise, qui répond aux questions posées par le tribunal.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante nigériane, née le 8 mars 1990, déclare être entrée en France en 2013. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 23 septembre 2016, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 décembre 2020. La demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée comme irrecevable par l'OFPRA le 29 mars 2022 puis par la CNDA le 24 juin 2022. Mme C a fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire français, prononcée par par arrêt de la cour d'appel de Paris du 11 mars 2021. Par arrêté du 5 décembre 2023, le préfet d'Ille-Et-Vilaine a fixé le pays de renvoi. A sa levée d'écrou, Mme C a été placée en rétention administrative au centre de Oissel (Seine-Maritime) le 2 mars 2024. Le 7 mars 2023, elle a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, rejetée comme irrecevable le 12 mars 2024 par l'OFPRA. Par l'arrêté attaqué du 7 mars 2024, dont Mme C demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné son maintien en centre de rétention administrative pendant l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, par un arrêté du 11 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation permanente à Mme G D, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière ou, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme F A, son adjointe, pour signer notamment les décisions de maintien en rétention. Il ne ressort pas des pièces du dossier, que Mme D n'était ni empêchée, ni absente, au moment de la signature par Mme A de l'arrêté portant maintien en rétention. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, notamment la nationalité de Mme C, l'interdiction judiciaire du territoire français définitive prononcée par arrêt de la cour d'appel de Paris du 11 mars 2021 et ses démarches engagées pour demander l'asile en France. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été invitée, par un courrier du 13 novembre 2023 notifié le jour même, à présenter toute observation la concernant préalablement à l'adoption de l'arrêté de renvoi du 5 décembre 2023 pris en exécution de son interdiction définitive du territoire français et, qu'en réponse, elle a formulé des observations. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme C disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dans ces conditions, la procédure suivie par le préfet d'Ille-et-Vilaine avant l'adoption de la décision de maintien en rétention contestée, n'a pas porté atteinte à son droit d'être entendu.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

7. Mme C soutient qu'elle serait exposée à des violences en cas de retour au Nigeria. Toutefois, l'intéressée, qui a fait l'objet d'une condamnation pénale en 2021, ne fait état d'aucun élément précis de nature à établir la réalité des menaces qu'elle invoque. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 23 septembre 2016, confirmée par la CNDA le 3 décembre 2020. La demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée comme irrecevable par l'OFPRA le 29 mars 2022 puis par la CNDA le 24 juin 2022. La requérante n'établit pas que sa volonté de demander l'asile reposerait sur des éléments nouveaux et n'a d'ailleurs pas invoqué de craintes particulières à retourner dans son pays d'origine lorsqu'elle a été invitée par le préfet de l'Ille-et-Vilaine, le 13 novembre 2023, à faire part de ses observations préalablement à l'adoption de l'arrêté de renvoi. Il ressort en outre des pièces du dossier que Mme C a refusé d'embarquer sur un vol à destination du Nigeria le 6 mars 2024. Enfin, la circonstance qu'elle aurait déposé sa demande d'asile avant l'expiration du délai de cinq jours courant après qu'elle s'est vu notifier ses droits en matière d'asile est sans incidence, dès lors qu'il ne s'agit pas du motif de la décision contestée. Ainsi, il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet a, à bon droit, regardé la demande de réexamen de la demande d'asile formée par Mme C le 7 mars 2024, rejetée comme irrecevable le 12 mars 2024 par l'OFPRA, comme présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet et a, pour ce motif, décidé son maintien en rétention conformément aux dispositions précitées. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En dernier lieu, la circonstance selon laquelle Mme C risquerait des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué qui se borne à maintenir l'intéressée en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2024 par lequel le préfet de l'Ille-et-Vilaine a ordonné son maintien en centre de rétention administrative pendant l'examen de sa demande d'asile.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Lu en audience publique le 14 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

L. FAVRE

La greffière,

Signé

S. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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