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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401010

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401010

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 11 mars 2024 et le 13 mai 2024, Mme C B, représentée par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions, contenues dans l'arrêté du 12 février 2024, par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente de ce réexamen, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'arrêté du 12 février 2024 a été signé par une autorité incompétente ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par Mme B, enregistrées le 27 mars 2024 et le 13 mai 2024.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Bilal, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 25 juin 1963, est entrée en France le 29 janvier 2017, munie d'un visa de court séjour, accompagnée de son époux et de leurs enfants. Elle s'est maintenue sur le territoire à l'expiration de son visa et à la suite du décès de son époux survenu en France en 2018. Le 8 juillet 2020, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 25 novembre 2020, dont la légalité n'a pas été remise en cause par la juridiction administrative, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le 16 août 2021, elle a à nouveau sollicité son admission au séjour, eu égard à son état de santé. Par un arrêté du 10 décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par le jugement n° 2200983 du 7 juillet 2022, le tribunal a annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et a rejeté le surplus de la requête, dirigée notamment contre les autres décisions contenues dans l'arrêté du 10 décembre 2021. Le 4 janvier 2024, Mme B a à nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 12 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 23-109 du 18 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2023-191 du 22 décembre 2023, le préfet de ce département a donné délégation à M. E D, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives au refus de délivrance d'un titre de séjour et à l'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 12 février 2024 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait, notamment eu égard à la situation personnelle et professionnelle de Mme B, qui constituent le fondement des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme B aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, ni que l'autorité préfectorale aurait, d'office, examiné son droit au séjour sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant.

5. En quatrième lieu, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

6. En cinquième lieu, toutefois, les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. En l'espèce, si Mme B se prévaut de l'exercice d'une activité professionnelle depuis le mois de juin 2021, elle est employée par sa propre sœur, à temps partiel, pour un revenu mensuel s'élevant entre 450 et 500 euros. De plus, ainsi qu'il a été dit au point 1, elle a fait l'objet de deux précédents refus de séjours et, assortis de mesures d'éloignement. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas, en ayant refusé de délivrer un titre de séjour mention " salarié " à Mme B, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "

8. Mme B, qui est entrée en France dans les conditions énoncées au point 1, se prévaut notamment de la présence en France de son frère et de sa sœur, de nationalité française et de deux de ses enfants, A née en 1994 et Hanane né en 1999. Cependant, seule la première y réside régulièrement, son troisième enfant, né en 1990, résidant quant à lui en Belgique. Par ailleurs, la requérante, qui a vécu au Maroc jusqu'à l'âge de cinquante-trois ans et qui s'est maintenue avec sa famille sur le territoire français à l'expiration de son visa, a par la suite fait l'objet, en novembre 2020 et en décembre 2021, de deux refus de séjour et de deux mesures d'éloignement, dont la légalité n'a pas été remise en cause par la juridiction administrative et à l'exécution desquelles elle n'a pas pourvu. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 6, son insertion professionnelle se limite à un emploi à temps partiel et la poursuite de quelques formations dispensées par des associations ainsi que sa participation aux ateliers hebdomadaires de la ferme pédagogique du Parc des Bruyères de Saint-Etienne-du-Rouvray ne sont pas de nature à démontrer une insertion sociale significative. Dans ces conditions, en ayant refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B et en l'ayant obligée à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. En outre, les éléments relatifs à sa vie privée et familiale ne sauraient être regardés comme des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle de la requérante, doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 12 février 2024, par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

A. LE VAILLANT

Le président,

signé

P. MINNELe greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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