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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401034

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401034

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantSOMDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 21 mars 2024, M. D A, actuellement retenu au centre de rétention d'Oissel (76), représenté par Me Somda, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024, qui lui a été notifié le 15 mars suivant, par lequel le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- a été adoptée par une autorité incompétente ;

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- est insuffisamment motivée ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- a été adopté par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est fondé sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été adoptée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- a été adoptée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 mars 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Somda, représentant M. A, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête ;

- les observations de M. A, assisté de Mme B, interprète en arabe.

Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 14 février 2000, déclare être entré en France en 2020, à une date non spécifiée. L'intéressé a fait l'objet d'un contrôle d'identité, puis d'un placement en retenue administrative par la Gendarmerie Nationale de Souleuvre-en-Bocage (Calvados), le 13 mars 2024. Par un arrêté en date du 14 mars suivant, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet l'a placé en rétention administrative. M. A demande, à titre principal, l'annulation de l'arrêté d'éloignement adopté à son encontre.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

3. En premier lieu, par arrêté n° 14-2023-10-04-00003 du 4 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Calvados n° 14-2023-243 du 4 octobre 2023, et accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de ce département a donné délégation à M. C, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration de cette préfecture aux fins, notamment, de signer les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque donc en fait.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables notamment les articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A, rappelle la nationalité algérienne du requérant, précise qu'il pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité, indique qu'il n'a jamais déposé de demande de titre de séjour, qu'il est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il ne s'est pas conformé et fait état, de ce qu'il n'est pas établi que l'intéressé pourrait être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté comportant ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions qu'il comporte avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Il n'est pas contesté que M. A, qui indique être entré pour la première fois sur le territoire national en 2020, de façon irrégulière, n'a jamais entrepris de démarche visant à régulariser sa situation administrative. Il a fait l'objet, le 29 janvier 2021, d'une mesure d'éloignement du préfet de la Savoie à laquelle il ne s'est pas conformé. L'intéressé est célibataire, dépourvu de charge de famille en France. La circonstance, au demeurant non démontrée, que l'une de ses cousines séjourne régulièrement en France n'est pas de nature à démontrer que le requérant dispose, sur le territoire national, de liens personnels ou familiaux intenses et stables. Enfin, M. A ne justifie d'aucune insertion professionnelle pérenne. Au regard de ces éléments, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. Au cas d'espèce, il n'est pas contesté que M. A est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité. En outre, il ne justifie pas d'un domicile certain. Au surplus, l'intéressé a fait l'objet, dans les conditions rappelées au point n° 5, d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il ne s'est pas conformé. Le préfet du Calvados était ainsi fondé à tenir le risque de soustraction à la mesure d'éloignement pour établi et à refuser, pour ce motif, d'octroyer un délai de départ volontaire à l'intéressé. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit, par conséquent, être écarté de même que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, eu égard à ce qui précède, s'agissant de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité.

10. En second lieu, M. A qui ne conteste pas être de nationalité algérienne, ne soutient ni même n'allègue, être exposé au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, en fixant le pays dont il a la nationalité, à savoir, l'Algérie, comme pays de destination de la mesure d'éloignement, le préfet du Calvados n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, édictée par le préfet du Calvados à son encontre.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

13. Au cas d'espèce, alors que le refus d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A, permettait au préfet de la Seine-Maritime d'assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, le requérant, qui a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2021 et dont les conditions de séjour en France ont été rappelées au point n° 5, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une telle mesure. Par suite, nonobstant la circonstance qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Calvados n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre et en fixant à deux ans la durée de cette mesure.

14. En troisième lieu, au regard de ce qui précède, l'erreur manifeste d'appréciation, invoquée de façon générale par le requérant, n'est pas établie.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Somda et au préfet du Calvados.

Prononcé en audience publique le 22 mars 2024.

Le magistrat désigné,

C. BOUVET

La greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2401034

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