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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401039

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401039

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2024, M. C A, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de l'Eure a ordonné son expulsion ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à défaut, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée en droit ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation quant à la menace grave à l'ordre public ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 12 juin 2024 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 3 décembre 2024 fixant la clôture de l'instruction au 17 décembre 2024 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ameline, première conseillère,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né le 14 mars 1978, est entré sur le territoire français en 1984 avec ses parents ainsi que son frère aîné. Il a perdu le statut de réfugié le 21 novembre 2001. M. A a été condamné le 25 septembre 2020 par la Cour d'assises de Meurthe-et-Moselle à huit ans de réclusion criminelle pour des faits de viol commis le 28 juin 2014. Par l'arrêté du 23 février 2024 attaqué, le préfet de l'Eure a ordonné son expulsion du territoire français sur le fondement de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

3. La décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 630-1 et suivants relatifs à l'expulsion des étrangers et la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne que M. A a été condamné le 25 septembre 2020 à huit ans de réclusion criminelle pour des faits de viol par la Cour d'Assises de la Meurthe-et-Moselle. La décision indique, en outre, que, depuis son incarcération au centre de détention de Val-de-Reuil où il a été transféré en 2022, M. A n'a reçu qu'une visite de ses parents le 27 novembre 2022 ainsi que deux visites d'une amie les 9 octobre 2022 et 16 octobre 2022, qu'il a déclaré être célibataire et que, concernant son fils né le 8 juin 2006, il n'établit ni la réalité de sa paternité ni sa participation effective à l'entretien et à l'éducation de cet enfant et qu'il ne peut, en conséquence, se prévaloir d'attaches réelles et intenses sur le territoire. La décision litigieuse mentionne enfin que l'intéressé, dont le casier judiciaire comporte six mentions de condamnations prononcées entre 2000 et 2015, avec une augmentation de la gravité des faits au fil des années, représente une menace grave à l'ordre public. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et précise son fondement légal. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " Il résulte de ces dispositions que les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

5. M. A soutient qu'il ne représente pas une menace grave pour l'ordre public dès lors que les faits ayant conduit à la condamnation de 2020 sont anciens et qu'il n'existe plus aucune dangerosité avérée. Il se prévaut par ailleurs de l'avis défavorable à son expulsion rendu par la commission d'expulsion le 17 mars 2023. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a été condamné le 25 septembre 2020 par la Cour d'Assises de Meurthe-et-Moselle à une peine de huit ans de réclusion criminelle pour des faits de viol et qu'il a été condamné à six reprises antérieurement entre 2000 et 2015 pour des infractions délictuelles. En outre, si la commission d'expulsion a pu relever dans son avis du 17 mars 2023 que l'intéressé a adopté un comportement correct en détention où il a pu se montrer actif en travaillant et en indemnisant la partie civile, il reste cependant dans le déni concernant les faits pour lesquels il a été condamné, qu'il a été à l'origine de plusieurs incidents en détention, notamment suite à la découverte d'un téléphone portable dans sa cellule et que son projet de sortie n'a pas été construit. Aussi, au vu de l'ensemble de ces éléments et de la particulière gravité des faits commis en 2014, le préfet de l'Eure n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation en ayant estimé que la présence en France de M. A constituait une menace grave et toujours actuelle pour l'ordre public au sens de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. M. A se prévaut de sa durée de présence en France, pays dans lequel il vit depuis l'âge de six ans, de la circonstance qu'il y serait entouré de ses parents et frères et sœurs, qui ont la nationalité française, et de sa qualité de père d'enfant français. Toutefois, s'agissant de son fils, le jeune B A, né le 8 juin 2006, le requérant n'établit aucunement entretenir des liens affectifs avec ce dernier, ni participer à son éducation. S'agissant de sa contribution à son entretien, il se borne à justifier de virements bancaires datant de 2023. Concernant, en outre, ses attaches en France, il n'est pas établi par les pièces du dossier que M. A, en dépit de l'existence de plusieurs permis de visite, voit sa famille de façon régulière. Enfin, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle et sociale particulière. Aussi, compte tenu de l'ensemble de ses éléments, l'arrêté litigieux prononçant l'expulsion, eu égard à son objet et à ses effets, n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le préfet de l'Eure n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Dès lors que la présence de M. A représente une menace grave pour l'ordre public et en raison de l'absence d'éléments suffisants pour établir l'existence et l'intensité des liens entre le requérant et son fils, avec lequel il n'a jamais vécu, il n'apparaît pas que le préfet ait méconnu les stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 9 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de l'Eure a ordonné son expulsion du territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Joseph Mukendi Ndonki et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

La rapporteure,

C. AMELINE

Le président,

P. MINNE Le greffier,

H. TOSTIVINT

N°2401039

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