vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401045 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, M. A B, représenté par Me Le Gall, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite rejetant sa demande d'abrogation de la décision du 27 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'abroger la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prise à son encontre, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Hussein, greffière :
- le rapport de Mme Van Muylder,
- les observations de Me Kaltoum Gachi substituant Me Le Gall, pour M. B.
Le préfet n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant brésilien né le 23 septembre 1992 à Sao Paulo, serait entré sur le territoire français en octobre 2021. L'intéressé a été contrôlé par les services de gendarmerie le 27 avril 2023 et placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour sur le territoire français. M. B ne présentant aucun document de voyage ou d'identité en cours de validité et aucun titre l'autorisant à séjourner sur le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an par un arrêté du 27 avril 2023. Par un jugement du 2 mai 2023, le tribunal administratif de Rouen a rejeté la demande de M. B d'annulation de l'arrêté du 27 avril 2023. Par un courrier du 5 juin 2023, le requérant a sollicité auprès du préfet de la Seine-Maritime l'abrogation de la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français, rejetée par le préfet par une décision du 30 juin 2023. Par un courrier du 7 novembre 2023, M. B a procédé à une seconde demande d'abrogation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre. A la suite du silence gardé du préfet de la Seine-Maritime, une décision implicite de rejet est née le 15 janvier 2024, dont M. B demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
3. La décision par laquelle le préfet refuse d'abroger un arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français constitue une mesure de police qui doit être motivée en vertu de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En l'espèce, M. B a formulé une demande de communication de motifs au préfet de la Seine-Maritime par courrier du 17 janvier 2024, reçu le 26 janvier suivant, à la suite de la naissance d'une décision implicite de rejet de la demande d'abrogation de la décision du 27 avril 2023. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait procédé à une communication des motifs de sa décision implicite de rejet intervenue le 15 janvier 2024. Elle est dès lors dépourvue de motivation en fait et en droit. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, M. B est fondé à soutenir que la décision implicite de rejet du préfet de la Seine-Maritime née le 15 janvier 2024 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique que le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. B. Il y a lieu de l'enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision née du silence gardé par le préfet de la Seine-Maritime sur la demande de M. B d'abrogation de la décision du 27 avril 2023 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Armand, premier conseiller,
M. Cotraud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
L'assesseur le plus ancien,
G. ARMAND
La présidente-rapporteure,
C. VAN MUYLDERLa greffière,
A. HUSSEIN
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. ah
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