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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401047

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401047

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantYOUSFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, M. C B A, représenté par Me Yousfi, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 6 février 2024 par laquelle l'Office français pour l'immigration et l'intégration (OFII) a prononcé la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B A soutient que :

- la condition tenant à l'urgence à suspendre est remplie dans la mesure où l'exécution de la décision le placerait dans une situation difficile eu égard à son état de vulnérabilité résultant de son état de santé ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée est remplie dès lors que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où l'OFII n'établit pas qu'il a reçu l'information dans une langue qu'il comprend ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans le délai de quinze jours ;

- elle n'a pas été précédée un examen approfondi de vulnérabilité ;

- il n'a jamais manqué à son obligation de fournir des informations utiles ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête à titre principal pour irrecevabilité, subsidiairement comme mal fondée.

Il soutient que :

- la demande d'asile de M. B A a été rejetée par l'Office français des réfugiés et apatrides par une décision du 18 janvier 2024 notifiée le 23 février 2024, le requérant n'a, en tout état de cause, plus droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- la condition tenant à l'urgence à prononcer une mesure en référé n'est pas remplie ;

- aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la requête, enregistrée le 12 mars 2024 sous le n° 2401046, par laquelle M. B A demande, notamment, l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive UE n° 2013/33 du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoqué à une audience publique.

Au cours de l'audience publique du 28 mars 2024, ont été entendus, en présence de M. Mialon, greffier :

- le rapport de Mme Van Muylder,

- et les observations de Me Yousfi, pour M. B A.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant nigérien né le 1er juillet 1990, bénéficie depuis le 16 octobre 2023 des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision en date du 6 février 2024, dont le requérant demande la suspension de l'exécution, l'OFII a mis fin au bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil au motif que M. B A n'aurait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Les dispositions de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 prévoient que l'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement. Ainsi qu'il est dit ci-après, eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'OFII :

4. L'OFII soutient que les conclusions sont irrecevables dans la mesure où la demande d'asile de M. B A a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 18 janvier 2024 notifiée le 23 février 2024. Cette circonstance ne permet toutefois pas à elle-seule de priver le requérant de l'intérêt à agir contre la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil accordées à un demandeur d'accueil dans les conditions prévues aux articles L. 551-8 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La fin de non-recevoir ainsi soulevée doit, par suite, être écartée.

Sur le bien-fondé de la demande de référé :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

7. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée prive M. B A, qui n'en dispose pas par ailleurs, de toute ressource ainsi que de la possibilité d'être hébergé, alors en outre que, demandeur d'asile, il ne peut, compte tenu du caractère récent de sa demande d'asile, être autorisé à travailler. Cette décision le place ainsi nécessairement dans une situation de grande précarité, alors au demeurant que son état de santé nécessite une prise en charge médicale. En outre, eu égard à ce qui est dit au point 8 ci-dessous et contrairement à ce qu'oppose l'Office, il ne résulte pas de l'instruction que M. B A se serait placé lui-même dans une situation d'urgence en altérant volontairement ses empreintes. Dans ces conditions, M. B A justifie dès lors d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle. La condition d'urgence doit par suite être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité.

9. Il résulte de ce qui précède que, les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 6 février 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. () ".

11. En vertu de ces dispositions, la présente ordonnance implique seulement que l'Office français de l'immigration et de l'intégration réexamine la situation de M. B A. Il y a dès lors lieu d'enjoindre à l'Office de rétablir, à titre provisoire, au profit de l'intéressé, sous réserve que l'intéressé remplisse toujours les conditions d'octroi, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

12. M. B A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Yousfi, avocat de M. B A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Yousfi d'une somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 800 euros lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 6 février 2024 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir, à titre provisoire, au profit de M. B A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Yousfi renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Yousfi, avocat de M. B A, une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 et des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 800 euros lui sera versée directement.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B A, à Me Yousfi et à l'Office français pour l'immigration et l'intégration.

Fait à Rouen, le 3 avril 2024.

La juge des référés,

Signé :

C. VAN MUYLDER Le greffier,

Signé :

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Jean-Baptiste MIALO N

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