mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401075 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | ELACHI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2400623 du 11 mars 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen a transmis au tribunal administratif de Rouen la requête de M. F B, enregistrée le 9 mars 2024.
Par cette requête et deux mémoires enregistrés les 25 et 26 mars 2024, M. B, représenté par Me Elachi, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet de l'Orne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations du d) de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;
- est entachée d'illégalité dès lors qu'il est arrivé en France avant l'âge de treize ans ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant refus de délai de départ volontaire :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu.
La décision fixant le pays de renvoi :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 26 mars 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Elachi, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête, hormis le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qu'il a indiqué abandonner, et a produit des pièces à l'audience. Il a souligné que M. B ne constituait pas une menace actuelle pour l'ordre public compte tenu de l'ancienneté de sa dernière condamnation. Il a en outre ajouté que l'interdiction de retour, en particulier sa durée, emportait une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Ont également été entendues les observations de M. B, qui a apporté des précisions concernant son comportement en détention et sur ses projets à sa sortie. Ont enfin été entendues les observations de Mme D E, sa compagne, et de M. A B, son frère aîné, pour l'ensemble des membres de la famille présents.
Le préfet de l'Orne n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 11 h 47, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. F B, ressortissant tunisien né le 26 mars 1988, déclare être entré en France en 1998. Le 21 mars 2022, l'intéressé a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-21 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du d) de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien. Par une décision du 7 juin 2022, le préfet de l'Orne a rejeté cette demande. Par un jugement n° 2201817 du 7 avril 2023, le tribunal administratif de Caen a annulé cette décision et enjoint au préfet de l'Orne de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B. Par l'arrêté attaqué du 1er mars 2024, le préfet de l'Orne a rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article R. 776-29 du code de justice administrative applicable au litige : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant l'expiration du délai de jugement prévu, selon le cas, au dernier alinéa de l'article R. 776-13 ou à l'article R. 776-13-3, l'administration en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. / Sous réserve des adaptations prévues à la présente section, il est alors statué selon la procédure prévue à la section 3 du présent chapitre, dans un délai qui ne peut excéder huit jours à compter de l'information prévue au premier alinéa ". Aux termes de l'article R. 776-17 du même code : " () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné saisi selon la procédure prévue à l'articles R. 776-29 du code de justice administrative, de statuer sur la décision par laquelle le préfet a refusé de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger.
4. M. B a introduit, le 9 mars 2024, un recours contre l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet de l'Orne a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix ans, alors qu'il était détenu au centre pénitentiaire du Havre. Le préfet de l'Orne a informé le tribunal que cette peine prenait fin le 11 mai 2024, soit avant l'expiration du délai de jugement de trois mois prévu au dernier alinéa de l'article R. 776-13 du code de justice administrative applicable au litige. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur les décisions du 1er mars 2024 faisant obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et prononçant une interdiction de retour. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal de statuer sur la décision du 1er mars 2024 portant refus de titre de séjour. Par suite, il y a lieu de réserver leur examen à une telle formation, de même que celui des conclusions à fin d'injonction qui en sont l'accessoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions en litige prises dans son ensemble :
5. En premier lieu, les décisions attaquées, qui n'ont pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, visent les dispositions dont elles font application et relèvent que M. B s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et constitue une menace pour l'ordre public. Elles font également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois en France et dans son pays d'origine, et indiquent qu'il n'y est pas exposé, en cas de retour, à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Elles comportent ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En second lieu, M. B a pu utilement faire valoir ses éventuelles observations de manière utile et effective dans le cadre de l'examen de sa demande de titre de séjour. Son droit à être préalablement entendu ainsi satisfait avant que n'interviennent le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français, n'imposait pas au préfet de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur les décisions attaquées, prises concomitamment. En tout état de cause, par un courrier du 28 novembre 2023, notifié le 8 décembre, le préfet de l'Orne a invité M. B à présenter ses observations quant à l'éventualité de l'intervention d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'absence de respect de son droit à être entendu préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecte défavorablement doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, à supposer que M. B entende s'en prévaloir, les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, entrées en vigueur le 28 janvier 2024, ne font plus obstacle à ce qu'un étranger justifiant résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans puisse faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
8. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 251-1 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont applicables aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
10. Si M. B conteste que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet se soit fondé sur cette circonstance pour justifier l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français. Ainsi, et alors même que le refus de titre de séjour est quant à lui motivé par l'existence d'une telle menace, au regard de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision attaquée doit être regardée comme étant fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du même code, et non sur celles du 5° de ce même article. Par suite et à le supposer invoqué, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dernières dispositions doit être écarté comme inopérant.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé en France au plus tard en 2000, alors âgé de douze ans et y a effectué l'ensemble de sa scolarité. Ses parents y résident ainsi que, à l'exception d'une sœur, l'ensemble de sa fratrie, soit de nationalité française, soit en situation régulière. L'intéressé entretient en outre une relation sentimentale stable, en dépit de la détention, avec une ressortissante française depuis environ onze ans, ainsi que le révèlent la correspondance produite, les virements sur le compte nominatif en détention, la célébration d'un mariage traditionnel et les démarches accomplies en janvier 2021, en vain, en vue de conclure un pacte civil de solidarité. Toutefois et en dépit du soutien marqué de sa famille et de sa compagne, M. B ne justifie pas de perspectives professionnelles suffisamment précises et sérieuses, alors en outre qu'il ne justifie pas avoir travaillé après 2008, ni ne fournit de gages particuliers d'insertion sociale. Enfin et surtout, il ressort des mentions figurant sur le bulletin n° 2 de son casier judiciaire que M. B a été condamné à plusieurs reprises, entre 2009 et 2018, notamment en état de récidive, à plusieurs peines d'emprisonnement délictuel pour des faits de rébellion, d'outrage et de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique de rébellion, de vol aggravé et d'infraction à la législation sur les produits stupéfiants. L'intéressé a en outre été condamné par un arrêt de la cour d'assises du Calvados du 26 janvier 2016 à une peine de sept ans d'emprisonnement pour des faits de vol avec arme. En raison des condamnations récurrentes, jusqu'à encore récemment, sur une brève période de neuf ans, pour des infractions délictuelles et criminelles, impliquant à plusieurs reprises des faits de violence, et alors en outre que M. B reconnaît avoir fait l'objet d'incidents en détention, notamment pour des faits de possession de téléphone, le comportement de ce dernier doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et alors même que M. B est dépourvu d'attaches en Tunisie, c'est sans méconnaître les stipulations précitées, que le préfet a pu édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B.
13. En dernier lieu, à supposer que M. B ait entendu l'invoquer, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
14. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. Si M. B fait état de ses craintes en cas de retour en Tunisie au regard du caractère autoritaire du régime en place et des mesures de rétorsion dont il pourrait être victime compte tenu de son passé pénal, il n'assortit ses allégations d'aucun commencement de preuve. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
16. En second lieu, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
18. M. B ne fait état d'aucune circonstance humanitaire justifiant qu'aucune interdiction de retour ne soit édictée. En revanche, eu égard aux fortes attaches familiales dont l'intéressé dispose en France et dont il est dépourvu en Tunisie, le préfet a, en fixant à dix ans la durée de cette interdiction, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect à la vie privée et familiale. Par suite et dans cette mesure, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.
19. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mars 2024 par laquelle le préfet de l'Orne a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français en tant que la durée de cette interdiction est fixée à dix ans.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mars 2024 du préfet de l'Orne seulement en tant qu'il fixe à dix ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. L'exécution du présent jugement implique seulement, en application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010, dans la mesure de l'annulation prononcée au point 20. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent être que rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : Ainsi qu'il a été dit au point 3, l'examen des conclusions de la requête de M. B à fin d'annulation de la décision du 1er mars 2024 portant refus de titre de séjour, ainsi que de celles à fin d'injonction, en tant qu'elles s'y rattachent, est réservé jusqu'à ce qu'il y soit statué par une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : La décision du 1er mars 2024 du préfet de l'Orne portant interdiction de retour sur le territoire français est annulée en tant que la durée de cette interdiction est fixée à dix ans.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet de l'Orne.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
J. CLa greffière,
Signé :
P. His
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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