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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401092

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401092

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantBERRADIA NEJLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2024, M. E, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

M. C soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu, tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 mars 2024, après la présentation du rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Berradia, pour M. C, qui produit des pièces complémentaires ; qui reprend les conclusions et moyens de la requête, à l'exception des moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions attaquée, qu'elle abandonne ; qui ajoute des conclusions tendant à l'admission de M. C à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ; qui ajoute le moyen, dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français, tiré de l'erreur d'appréciation quant à la menace pour l'ordre public que la présence de M. C en France représenterait et précise que les faits pour lesquels il a été condamné ne constituent que des délits et qu'ils ne sont pas d'une gravité significative ; qui ajoute un moyen, dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français, tiré de l'irrégularité de la procédure, faute pour préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

- et les observations de M. C, assisté de Mme A, interprète, qui indique qu'il a travaillé avant son incarcération ; qu'il vivait en concubinage avec sa compagne et leurs trois enfants à B ; qu'il s'est rendu en Roumanie en Vacances en 2020 mais qu'il n'y dispose d'aucune attache familiale, à l'exception d'oncles et de tantes éloignés.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant roumain né le 7 novembre 1998, déclare être entré au cours de l'année 2018. Il a fait l'objet de multiples condamnations pénales, en dernier lieu par un jugement du tribunal correctionnel de B du 24 novembre 2022 à une peine de vingt mois d'emprisonnement pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt en récidive, d'escroquerie en récidive, de vol aggravé par deux circonstances en récidive et de conduite d'un véhicule terrestre à moteur malgré l'interdiction d'obtenir la délivrance d'un permis de conduire, en récidive également et il a été incarcéré au centre pénitentiaire de B le 20 octobre 2022. Par l'arrêté attaqué du 15 mars 2024, le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. C à l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 251-1, L. 251-3, L. 251-4 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. C. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de circuler sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du document produit en défense, dont le requérant ne conteste ni qu'il s'agit d'un compte-rendu de son audition par les services de la police aux frontières, ni que celle-ci date du 14 mars 2024, que M. C a été mis à même de présenter ses observations tant sur sa situation personnelle et familiale, y compris s'agissant de son état de santé, que sur la perspective de regagner son pays d'origine. Il ne fait en tout état de cause état d'aucun élément qu'il aurait été privé de porter à la connaissance de l'autorité préfectorale avant l'adoption de la mesure d'éloignement litigieuse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu préalablement à l'adoption de cette décision, tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, à supposer que M. C ait entendu soutenir, par le moyen soulevé lors de l'audience publique par son avocate, relatif à l'erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace à l'ordre public, que sa présence en France ne représenterait pas une menace pour un intérêt fondamental de la société, au sens du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort de l'arrêté attaqué que la décision portant obligation de quitter le territoire français est également fondée sur le 2° de ce même article, motif pris que l'intéressé ne justifie d'aucun droit au séjour. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui notamment ne démontre l'exercice d'aucune activité professionnelle, ni la disposition de ressources suffisantes, justifierait d'un droit au séjour en France. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique était en tout état de cause fondé, pour ce seul motif, à obliger M. C à quitter le territoire français.

6. En troisième lieu, si M. C a indiqué, préalablement à l'adoption de la décision litigieuse, être suivi pour des " problèmes aux reins ", il n'a fait état d'aucun élément médical de nature à établir ne serait-ce que la réalité des affections dont il souffrirait et ne produit d'ailleurs aucun élément supplémentaire à la présente instance. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, faute pour le préfet d'avoir recueilli l'avis du collège de médecins de l'OFII, doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. M. C soutient qu'il réside en France depuis 2018, qu'il y vit avec sa compagne, compatriote, et leurs trois enfants, qu'il y dispose de toutes ses attaches familiales, à savoir ses parents et sa fratrie et qu'il ne dispose plus d'attaches en Roumanie. Il se prévaut également de l'exercice d'une activité professionnelle avant son incarcération. Cependant, il ne justifie de la réalité d'aucune de ces allégations, à l'exception de la présence de sa sœur, dont il produit une attestation par laquelle elle s'engage à l'héberger à l'issue de sa détention. En tout état de cause, à supposer ces circonstances établies, il ne justifie ni même ne soutient que sa compagne bénéficierait d'un droit au séjour en France, alors par ailleurs qu'il ne conteste pas le fait, allégué par le préfet, que celle-ci se déclare comme étant célibataire auprès de la caisse d'allocation familiale, ni ne fait état du lien qu'il entretiendrait avec ses enfants, dont il déclare lui-même qu'il ne les a pas reconnus. Par ailleurs, eu égard à la réitération des faits, notamment de vol, d'escroquerie et de conduite d'un véhicule sans permis et en état d'ivresse, pour lesquels il a été condamné à plusieurs reprises entre 2020 et 2023, sa présence sur le territoire français peut être regardée comme représentant une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en tout état de cause, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas, en ayant obligé M. C à quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise.

9. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait entaché sa décision d'une " erreur manifeste d'appréciation " et en se prévalant à cet égard des mêmes éléments relatifs à sa situation personnelle qu'au soutien des autres moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, dès lors que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, ressortissant de l'Union européenne, est fondée sur les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 de ce code est inopérant.

Sur le pays de destination :

12. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 9, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, M. C n'apporte aucune justification relative à son état de santé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, motif pris qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des risques pour sa vie liés à son état de santé, doivent être écartés.

14. En troisième lieu, si M. C soutient que la décision fixant le pays de destination porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une telle atteinte ne résulte pas tant le cas échéant de cette décision, qui a pour seul objet de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné en exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, mais de cette dernière décision, qui entraîne son éloignement du territoire. Or, M. C ne fait état d'aucun élément de nature à établir que la décision fixant le pays de destination serait susceptible, en tant que telle, de porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en tout état de cause être écarté.

Sur l'interdiction de circuler sur le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte des points 2 à 10 que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

16. En second lieu, dès lors que la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français prise à l'encontre de M. C, ressortissant de l'Union européenne, est fondée sur les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 de ce code est inopérant.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à Me Nejla Berradia et au préfet de la Loire-Atlantique.

Lu en audience publique le 21 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

A. D

La greffière,

Signé

S. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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