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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401115

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401115

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 mars 2024 et 27 mai 2024, M. C, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation, le tout dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à Me Boyle, au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué :

o est signé par une autorité incompétente ;

o est insuffisamment motivé, s'agissant notamment du refus de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

o est entaché d'un vice de procédure en l'absence d'un avis régulier du collège de médecins de l'OFII ;

- la décision portant refus de titre de séjour :

o est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

o est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

o est entachée d'erreur d'appréciation concernant la gravité de sa pathologie et sur la disponibilité des soins et des médicaments dans son pays d'origine ;

o est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'erreur d'appréciation sur les circonstances exceptionnelles ou humanitaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par décision du 21 février 2024, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Une note en délibéré, présentée par Me Boyle pour M. A, a été enregistrée le 11 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, conseillère,

- et les observations de Me Niakaté, représentant M. A.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 3 février 1990, déclare être entré sur le territoire le 27 septembre 2007. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 février 2008, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 10 mars 2008. Il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à compter du mois de décembre 2008, renouvelé à dix reprises. A la suite de l'avis défavorable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 30 septembre 2022, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. En se bornant, aux termes de l'arrêté en litige, à évoquer l'avis du collège de médecins de l'OFII, au demeurant désigné sommairement comme " négatif " et à indiquer que l'intéressé ne remplit plus les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision ne comporte pas les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision, contenue dans l'arrêté du 23 novembre 2023, par laquelle le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions contenues dans le même arrêté portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. L'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2023 concernant M. A, eu égard au motif qui la fonde, implique seulement que le préfet territorialement compétent réexamine la situation de l'intéressé, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, au profit de Me Boyle, avocat de M. A, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, sous réserve que Me Boyle renonce à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 novembre 2023 du préfet de l'Eure est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Boyle la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Boyle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 11 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Cotraud, premier conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 juillet 2024.

La rapporteure,

L.FAVRE

La présidente,

C.VAN MUYLDERLe greffier

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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