vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401116 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | BOYLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 mars et 7 mai 2024, M. D B, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", en raison de son état de santé, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, en toute hypothèse dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne justifie pas de l'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; le cas échéant, cet avis est irrégulier en ce qu'il n'est pas démontré qu'il a été émis au vu d'un rapport établi par un médecin n'ayant pas siégé au sein du collège, que ce collège s'est réellement réuni et que les médecins ont signé l'avis ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne justifie pas de l'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; et le cas échéant, cet avis est irrégulier en ce qu'il n'est pas démontré qu'il a été émis au vu d'un rapport établi par un médecin n'ayant pas siégé au sein du collège et si ce collège s'est réellement réuni et que les médecins ont signé l'avis ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le délai de départ volontaire :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne justifie pas de l'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; et le cas échéant, cet avis est irrégulier en ce qu'il n'est pas démontré qu'il a été émis au vu d'un rapport établi par un médecin n'ayant pas siégé au sein du collège et si ce collège s'est réellement réuni et que les médecins ont signé l'avis ;
- est dépourvue de base légale dès lors que l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile méconnaît les dispositions du paragraphe 2 de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de renvoi :
- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne justifie pas de l'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; et le cas échéant, cet avis est irrégulier en ce qu'il n'est pas démontré qu'il a été émis au vu d'un rapport établi par un médecin n'ayant pas siégé au sein du collège et si ce collège s'est réellement réuni et que les médecins ont signé l'avis ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- et les observations de Me Niakate, substituant Me Boyle pour M. B.
Le préfet de l'Eure n'était pas présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant de la Guinée-Bissau né le 27 juillet 1989, déclare être entré en France le 28 mars 2015. Par une décision du 22 avril 2016, confirmée par une décision du 25 janvier 2018 de la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de l'intéressé. Par un arrêté du 2 novembre 2016, le préfet de l'Eure a refusé de délivrer à ce dernier un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par une décision du 11 décembre 2018, confirmée par une décision du 18 mai 2021 de la Cour nationale du droit d'asile, l'Office a rejeté une nouvelle fois la demande d'asile de M. B. Celui-ci s'est toutefois vu délivrer une carte de séjour temporaire, en raison de son état de santé, portant la mention " vie privée et familiale " du 6 août 2021 au 25 mars 2023, dont il a sollicité le renouvellement le 6 janvier 2023. Par l'arrêté attaqué du 8 novembre 2023, le préfet de l'Eure a rejeté cette demande, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, par arrêté du 2 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, librement consultable par les parties sur son site internet, M. C A, chef du bureau des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de l'Eure à l'effet de signer, dans le cadre des attributions de son bureau, tous arrêtés, et notamment les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, mentionne les dispositions dont il fait application et relève que M. B ne remplit pas les conditions qu'elles prévoient. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine, et indique qu'il n'établit pas y être exposé à un risque, en cas de retour, de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, M. B n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, qui ne peut dès lors qu'être écarté.
Sur la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
5. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sauf exceptions dont ne relève pas M. B, " le renouvellement de la carte de séjour temporaire () est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. () ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions ne peuvent être utilement invoquées pour contester la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 dudit code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
7. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande renouvellement de titre de séjour de M. B, le préfet de l'Eure s'est notamment fondé sur l'avis du 12 septembre 2023, que l'intéressé produit lui-même, par lequel le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, sur la base du rapport médical établi le 13 août 2023 et transmis le 16 août, par un médecin de l'Office n'ayant pas siégé au collège, que si le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de l'intéressé peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié.
8. D'une part, les médecins signataires de l'avis du collège ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. La circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis. M. B ne peut dès lors utilement soutenir qu'il n'est pas démontré que le collège de médecins s'est " réellement réuni " pour émettre son avis. Par ailleurs, l'intéressé n'apporte aucun élément permettant de démontrer que, alors que l'apposition de fac-similés de leurs signatures résulte de la signature électronique via l'application Thémis, les médecins composant le collège n'ont pas personnellement signé l'avis émis.
9. D'autre part, pour contredire l'appréciation portée par le préfet, M. B fait valoir que le traitement qui lui est prescrit n'est pas substituable et que l'ensemble des médicaments qui le compose n'est pas disponible en Guinée-Bissau, en particulier l'Amisulpride, le Miansérine et l'Alprazolam. Il produit à cette fin un certificat médical établi le 8 mars 2024 par un praticien rattaché au Nouvel hôpital de Navarre, à Evreux, ainsi que des courriels des laboratoires commercialisant lesdits médicaments. Toutefois, il ressort du certificat médical précité qu'il est seulement " recommandé de ne pas substituer les traitements actuels ". Par ailleurs, il ressort tant de la liste nationale des médicaments essentiels éditées en 2016 que de celle des médicaments disponibles en Guinée-Bissau publiée en 2020 que d'autres anxiolytiques que ceux prescrits à M. B y sont disponibles. Il ne démontre pas qu'ils ne pourraient leur être substitués dans le cadre de son traitement, alors en outre, en particulier, que le laboratoire Biogaran, qui commercialise le Miansérine et l'Alprazolam a indiqué, en réponse à l'intéressé, qu'il est possible qu'ils soient mis à disposition par d'autres laboratoires. Dans ces conditions, M. B n'établit pas qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
10. Il résulte de ce qui a été dit aux trois points précédents que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 6 doit être écarté dans toutes ses branches.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B est présent en France depuis environ huit ans. Il a suivi des cours d'apprentissage de la langue française entre janvier et avril 2022 et, bénéficiaire de l'allocation aux adultes handicapés depuis le 1er août 2021, il a exercé, sur orientation de la maison départementale des personnes handicapées, une activité professionnelle, à l'ADAPT Eure, établissement d'aide par le travail, entre le 17 octobre 2022 et le 31 août 2023. Toutefois, il n'établit pas, ni même n'allègue que cette activité, qui demeure récente, se soit poursuivie au-delà de cette date. Par ailleurs, il ne fait état d'aucun lien particulier en France alors qu'il a déclaré disposer d'attaches familiales en Guinée-Bissau. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte excessive au droit de M. B à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
14. D'une part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
15. D'autre part, aux termes de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 susvisée : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. Les États membres peuvent prévoir dans leur législation nationale que ce délai n'est accordé qu'à la suite d'une demande du ressortissant concerné d'un pays tiers. Dans ce cas, les États membres informent les ressortissants concernés de pays tiers de la possibilité de présenter une telle demande () / 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux () ".
16. En premier lieu, le délai de trente jours dont dispose un étranger pour quitter volontairement le territoire français en vertu de l'article L. 612-1 précité correspond au délai de droit commun le plus long susceptible d'être accordé en application des dispositions de l'article 7 de la directive précitée. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée en raison de l'incompatibilité des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec celles de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 susvisée doit être écarté.
17. En deuxième lieu, la décision attaquée fixe à trente jours le délai de départ volontaire accordé à M. B, soit le délai de droit commun le plus long susceptible de lui être accordé ainsi qu'il a été dit précédemment. Ne présentant ce faisant pas un caractère défavorable, elle n'a dès lors pas à être motivée. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
18. En dernier lieu, M. B ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. B.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
19. M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen, soulevé dans les mêmes termes, tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé, alors en outre qu'il ne fait état d'aucune crainte en cas de retour dans son pays d'origine.
20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2023 du préfet de l'Eure doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 11 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 juillet 2024.
Le rapporteur,
J. Cotraud
La présidente,
C. Van MuylderLe greffier,
J.-B. Mialon
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026