vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401117 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mars 2024, M. A B C, représenté par la SELARL Cabinet Taffou, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 5 février 2024 du préfet de l'Eure en tant qu'il a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La décision fixant le délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivée ;
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière :
. en méconnaissance du principe des droits de la défense ;
. en l'absence de procédure contradictoire préalable en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
. en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu.
- est dépourvue de base légale dès lors que l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été abrogé.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Cotraud, premier conseiller.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B C, ressortissant malgache né le 28 juin 2001, est entré en France le 25 décembre 2019 muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 20 août 2020, il a déposé une demande d'asile, rejetée par une décision du 9 septembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par un arrêté du 14 janvier 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français. Le 9 octobre 2023, M. B C a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de l'arrêté du 5 février 2024 en tant que le préfet de l'Eure a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, M. B C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que, marié avec une compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, il entre dans une des catégories qui ouvrent droit au regroupement familial. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la présence en France de M. B C demeure encore récente. Il en va de même de son mariage avec une compatriote, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 24 août 2025, et de leur relation sentimentale, établie au plus tôt le 5 septembre 2022, ainsi que de son activité professionnelle, exercée depuis la même date, en qualité de chauffeur, en contrat à durée indéterminée, pour un salaire mensuel d'environ 1 500 euros. S'il ressort des pièces du dossier, et n'est pas sérieusement contesté en défense, que M. B C contribue à l'éducation de l'enfant de son épouse, né le 20 octobre 2018, de nationalité française et issu d'une précédente relation, et alors que l'intéressé ne peut faire utilement état de la naissance le 7 février 2024, postérieurement à la décision attaquée, de son dernier enfant, il ne fait état d'aucun obstacle à la séparation du couple et à un retour dans son pays d'origine le temps de l'instruction d'une demande de regroupement familial, pays où il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. B C au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartées.
5. En second lieu, M. B C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que son enfant n'était pas né à la date de la décision attaquée. Ce moyen, tel qu'il est soulevé, doit par suite être écarté comme inopérant.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, M. B C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables à la décision attaquée. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant être écarté comme inopérant.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, la décision attaquée fixe à trente jours le délai de départ volontaire accordé à M. B C, soit le délai de droit commun le plus long susceptible de lui être accordé en application de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui assure désormais la transposition des dispositions de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 susvisée. Ne présentant ce faisant pas un caractère défavorable, elle n'a dès lors pas à être motivée. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
10. En deuxième lieu, la décision attaquée faisant suite au rejet de sa demande de titre de séjour, M. B C ne peut utilement soutenir qu'elle devait être précédée d'une procédure contradictoire en vertu de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Ce moyen doit par suite être écarté comme inopérant.
11. En troisième lieu, la décision attaquée ne présentant pas, ainsi qu'il a été dit au point 9, un caractère défavorable, M. B C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de son droit à être préalablement entendu. Par suite et alors en tout état de cause que le respect de ce droit est réputé satisfait dès lors que la décision attaquée a été prise par suite du rejet de la demande de titre de séjour de l'intéressé, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
12. En dernier lieu, M. B C ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'abrogation de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne fait pas application de ces dispositions, qu'elles ne visent, ni ne citent d'ailleurs pas, et qui ont au demeurant été reprises aux articles L. 612-1 et suivants du code précité. Par suite, et alors en tout état de cause que l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire plus long lui soit accordé, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 février 2024 du préfet de l'Eure en tant qu'il rejette la demande de titre de séjour de M. B C et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 11 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 juillet 2024.
Le rapporteur,
J. Cotraud
La présidente,
C. Van MuylderLe greffier,
J.-B. Mialon
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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