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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401119

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401119

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 mars 2024 et 26 juin 2024, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 27 mai 2024, M. A B, représenté par Me Turchetti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que l'arrêté attaqué :

o est insuffisamment motivé ;

o est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, conseillère.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1.M. B, ressortissant algérien né le 3 novembre 1987, déclare être entré sur le territoire le 17 août 2018, muni d'un visa court séjour valable du 14 août 2018 au 12 septembre 2018 délivré par les autorités espagnoles. Le 8 août 2023, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué du 20 février 2024, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.

2.En premier lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

3.En deuxième lieu, aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie Contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent. / 2. Les étrangers résidant sur le territoire de l'une des Parties contractantes et qui se rendent sur le territoire d'une autre Partie contractante sont astreints à l'obligation de déclaration visée au paragraphe 1 () ". Aux termes de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. ". Aux termes de l'article R. 621-4 du même code : " N'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° N'est pas soumis à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois ; / 2° Est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 () ".

4. Si M. B déclare être entré sur le territoire le 17 août 2018 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles valable du 14 août 2018 au 12 septembre 2018, la simple production de billets d'avion et de train ne permet pas d'établir la date à laquelle l'intéressé a pénétré sur le territoire français. Le requérant n'établit ni même n'allègue par ailleurs avoir respecté l'obligation de déclaration d'entrée prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, ni qu'il aurait été personnellement empêché de mener cette formalité lors de son arrivée en France et, notamment, ne produit aucun commencement de preuve de présentation aux autorités mentionnés à l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B ne peut soutenir que c'est à tort que le préfet a considéré son entrée sur le territoire comme irrégulière. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui mentionne, notamment, la situation administrative et personnelle de M. B, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de ce dernier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. M. B, dont les conditions d'entrée sur le territoire ont été rappelées au point n°1, s'est marié le 2 juillet 2022 avec une ressortissante française, avec laquelle il déclare être hébergé chez sa sœur puis chez un tiers. Toutefois, le mariage reste récent à la date de la décision attaquée. Si le requérant fait valoir qu'il travaille comme serveur dans un restaurant à Montreuil (93 100) en contrat à durée indéterminée depuis le 1er novembre 2023, cette seule circonstance est insuffisante à caractériser une insertion sociale et professionnelle. En outre, l'intéressé a été condamné à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits d'agression sexuelle par le tribunal correctionnel de Paris le 30 août 2019. Par ailleurs, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où demeurent sa mère et un de ses frères. Dans ces conditions, le préfet de l'Eure n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts poursuivis par les décisions contenues dans l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut être accueilli.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B en annulation des décisions attaquées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 11 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Cotraud, premier conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 juillet 2024.

La rapporteure,

L.FAVRE

La présidente,

C.VAN MUYLDERLe greffier

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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