vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401126 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu les procédures suivantes :
I.- Par une requête enregistrée le 23 janvier 2024, sous le n° 2400303, M. L A, représenté par Me Mary, associé de la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, en cas de reconnaissance du bien-fondé de la requête, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière faute pour le préfet d'avoir enregistré leur demande de titre de séjour comme une demande d'asile et de l'avoir invité à régulariser sa demande en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière faute pour le préfet d'avoir enregistré leur demande de titre de séjour comme une demande d'asile et de l'avoir invité à régulariser sa demande en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de renvoi :
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière :
. en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;
. faute pour le préfet d'avoir enregistré leur demande de titre de séjour comme une demande d'asile et de l'avoir invité à régulariser sa demande en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2023.
II.- Par une requête enregistrée le 21 mars 2024, sous le n° 2401126, M. L A, représenté par Me Mary, associé de la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, en cas de reconnaissance du bien-fondé de la requête, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière est intervenu au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;
- il doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2023, le président du tribunal a désigné M. G comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 26 mars 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Vercoustre, substituant Me Mary pour M. A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête et a produit des pièces à l'audience. Après avoir rappelé les raisons du départ de Côte d'ivoire de M. A, elle a souligné les preuves de son intégration sociale exemplaire à travers ses nombreux engagements bénévoles et de ses perspectives d'insertion professionnelle, compte tenu de son niveau de diplôme. Elle a ajouté, pour contester la légalité de l'obligation de quitter le territoire français dans la requête n° 2400303, invoquer l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, au soutien de laquelle elle soulève l'ensemble des moyens exposés, par voie d'action, contre cette même décision. Ont été également entendues les observations de M. A. Ont également été entendus les observations de Mme K A, son épouse, ainsi que l'hymne national français entonné par le fils de M. A. Ont enfin été entendues les observations de M. J D, représentant l'association havraise Association Réseau Echanges Cultures, Mme I F, représentant Les Restos du cœur, de M. C E, représentant la section football du Club sportif des services municipaux du Havre, et de Mme H B, ancienne directrice de l'école maternelle Jacques Prévert du Havre.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 12 h 30, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2400303 et 2401126, qui concernent la situation administrative d'un même ressortissant étranger, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
2. M. L A, ressortissant ivoirien né le 27 avril 1974, est entré en dernier lieu en France le 3 juillet 2019, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires françaises, valable du 25 juin au 21 décembre 2019. Le 5 février 2021, l'intéressé a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par un arrêté du 21 avril 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et a fait obligation à M. A de quitter le territoire français. Par un jugement n° 2103097 du 6 janvier 2022, confirme par une ordonnance n° 22DA00826 de la présidente de la 3ème chambre de la cour administrative d'appel de Douai, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours de l'intéressé contre cet arrêté. Le 22 mars 2023, M. A a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 juillet 2023, contesté dans l'instance n° 2400303, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Par un arrêté du 19 mars 2024, contesté dans l'instance n° 2401126, le préfet de la Seine-Maritime a assigné l'intéressé à résidence.
Sur la requête n° 2400303 :
En ce qui concerne l'étendue du litige :
3. Aux termes de l'article R. 776-29 du code de justice administrative : " () / Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné statue dans le délai de cent quarante-quatre heures prévu au second alinéa du même article L. 614-9. Ce délai court à compter de la transmission par le préfet au tribunal de la décision de placement en rétention ou d'assignation à résidence. () ". Aux termes de l'article R. 776-17 du même code : " () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné saisi selon la procédure prévue à l'articles R. 776-21 du code de justice administrative, de statuer sur la décision par laquelle le préfet a refusé de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger.
5. Après avoir introduit, le 23 janvier 2024, un recours contre l'arrêté du 19 juillet 2023 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi, M. A a été assigné à résidence. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur les décisions du 19 juillet 2023 faisant obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal de statuer sur la décision du 19 juillet 2023 portant refus de titre de séjour. Par suite, il y a lieu de réserver leur examen à une telle formation, de même que celui des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens qui en sont l'accessoire.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
8. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".
9. Pour refuser d'admettre exceptionnellement M. A au séjour, le préfet, après avoir fait état des risques évoqués par l'intéressé en cas de retour en Côte d'ivoire, de ses attaches familiales en France, du caractère récent de sa présence, de la scolarisation de son enfant et de l'absence de perspectives professionnelles, a estimé que sa situation " ne répond à aucune considération humanitaire ou se justifie au regard de motifs exceptionnels ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que titulaire d'une maîtrise en sciences juridiques depuis 2000, M. A, qui occupait en Côte d'ivoire un emploi à responsabilité au sein de la direction générale des douanes, y disposait d'une situation professionnelle stable et d'un revenu mensuel d'environ 2 700 euros par mois. S'il est en dernier lieu régulièrement entré en France en juillet 2019, avec son épouse, à des fins médicales, dans le cadre d'une seconde procédure d'assistance médicale à la procréation, il y est cependant demeuré, depuis cinq ans, en raison des craintes pour sa vie, encore récentes, en cas de retour en Côte d'ivoire, compte tenu des violences perpétuées depuis l'élection présidentielle de 2020, à l'égard notamment des sympathisants de Guillaume Soro, leader d'un des mouvements d'opposition. M. A, membre et coordinateur local de ce mouvement, en a été personnellement victime, ce qui s'est traduit le concernant par une tentative d'enlèvement suivie de menace de mort en mai 2019 et le saccage de son domicile en janvier 2020. Depuis son arrivée en France et en dépit de son haut niveau de diplôme, l'intéressé a travaillé ponctuellement comme agent de service et dispose d'une promesse d'embauche d'une entreprise spécialisée dans ce secteur d'activité. Par ailleurs, il justifie surtout de multiples engagements associatifs, notamment caritatifs. Il occupe à cet égard notamment un poste à responsabilité au sein de l'association Les restos du cœur et assure régulièrement des cours de langue française dans les ateliers sociolinguistiques organisés par l'association havraise Association Réseau Echanges Cultures. Il s'est en outre impliqué, par son élection depuis 2022 en tant que représentant des parents d'élève au conseil d'école, dans la vie institutionnelle de l'école maternelle où est scolarisé son fils, qui a vécu en France depuis l'âge de deux ans et y a effectué toute sa scolarité, avec des résultats particulièrement satisfaisants. M. A est enfin éducateur sportif dans le club de football de son fils et prend dans cette mesure en charge un groupe d'entraînement. Au demeurant, son épouse, également diplômée de l'enseignement supérieur ivoirien en comptabilité, fait montre du même engagement caritatif et dispose par ailleurs tout autant de perspectives d'insertion professionnelle, ainsi que l'illustre la promesse d'embauche produite, pour un emploi de contrôleuse de gestion. Plus généralement, l'intégration du couple dans la société française se traduit par le soutien marqué et massif dont il bénéficie, comme l'illustrent la pétition organisée en sa faveur et les nombreuses attestations circonstanciées produites. Dans ces conditions, compte tenu des motifs exceptionnels que M. A fait valoir et alors même qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, en tant qu'elle méconnaît ces dispositions, doit être accueilli.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, de même que, par voie de conséquence, de la décision du même jour fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
12. L'exécution du présent jugement implique seulement, en application des dispositions précitées, que M. A se voit délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur sa situation. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé, au regard des motifs exposés au point 9, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette même date. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
13. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mary, associé de la SELARL Mary et Inquimbert, et avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mary d'une somme de 1 000 euros.
Sur la requête n° 2401126 :
En ce qui concerne l'aide juridictionnelle provisoire :
14. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, en application des dispositions précitées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
16. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
17. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a assigné M. A à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision du 19 juillet 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
18. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
19. Aux termes de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision d'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 est annulée, il est immédiatement mis fin à cette mesure () ".
20. L'annulation de l'arrêté attaqué n'implique aucune autre mesure d'exécution que celle prévue par les dispositions précitées. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
21. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Mary, associé de la SELARL Mary et Inquimbert et avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mary d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.
D E C I D E :
Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n° 2401126.
Article 2 : Ainsi qu'il a été dit au point 5, l'examen des conclusions de la requête n° 2400303 de M. A à fin d'annulation de la décision du 19 juillet 2023 portant refus de titre de séjour, ainsi que de celles aux fins d'injonction et d'astreinte et présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, en tant qu'elles s'y rattachent, est réservé jusqu'à ce qu'il y soit statué par une formation collégiale du tribunal.
Article 3 : Les décisions du 19 juillet 2023 du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, sont annulées.
Article 4 : L'arrêté du 19 mars 2024 du préfet de la Seine-Maritime portant assignation à résidence est annulé.
Article 5 : Il est enjoint au préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans les conditions fixées au point 12, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette même date.
Article 6 : Dans l'instance n° 2400303, l'Etat versera à Me Mary, associé de la SELARL Mary et Inquimbert, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, sous réserve que Me Mary renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 7 : Dans l'instance n° 2401126, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Mary, associé de la SELARL Mary et Inquimbert, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Mary, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement.
Article 8 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2400303 et 2401126 de M. A est rejeté.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. L A, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 mars 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
J. GLa greffière,
Signé :
P. His
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2400303 ; 2401126
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026