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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401131

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401131

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2024, et un mémoire, enregistré le 4 avril 2024, la société Alpha formation en sécurité privée demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 8 janvier 2024 du préfet de la Seine-Maritime retirant son agrément pour dispenser des formations aux personnels permanents des services de sécurité incendie des établissements recevant du public et des immeubles de grande hauteur, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Elle soutient que :

- La condition d'urgence est remplie ;

- Il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que :

* Le contrôle a eu lieu sans son accord, en dehors de sa présence et sans que l'autorité judiciaire soit prévenue ou donne son accord ;

* La décision repose sur des constatations inexactes car, s'agissant du matériel elle dispose d'une convention de mise à disposition, son système de sécurité incendie n'est pas défaillant, son gérant n'est pas titulaire du diplôme SSIAP3, le formateur avait bien été déclaré, son réseau électrique est correct ;

* La décision est entachée de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet de la Seine- Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- L'existence d'une situation d'urgence n'est pas démontrée ;

- Il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 mars 2024 sous le n°24000953 par laquelle la société Alpha formation en sécurité privée demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- l'arrêté du 2 mai 2005 relatif aux missions, à l'emploi et à la qualification du personnel permanent des services de sécurité incendie des établissements recevant du public et des immeubles de grande hauteur ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 5 avril 2024 à 9 heures 30, en présence de M. Tostivint, greffier, Mme D a lu son rapport et entendu :

- Les observations de M. A, pour la société requérante, qui reprend ses conclusions et moyens, ajoute que l'intitulé de la société figurant dans l'arrêté n'est pas correct, que l'arrêté du 2 mai 2005 n'autorise pas le contrôle des installations électriques et produit une pièce, dont copie est remise aux représentants du préfet, et une clé USB, une seconde clé étant remise aux représentants du préfet ;

- Les observations de M. C, directeur adjoint du SIRACED PC, pour le préfet de la Seine-Maritime ;

- Les nouvelles observations de M. A ;

- Les observations de M. B, chef du bureau des affaires juridiques de la préfecture de la Seine-Maritime, pour le préfet de la Seine-Maritime.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application de l'article R 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Il résulte de l'instruction que la société Alpha formation en sécurité privée, agréée pour dispenser des formations dans le domaine de la sécurité incendie, a fait l'objet, le 5 septembre 2023, d'un contrôle par l'administration ayant donné lieu à la constatation de manquements listés dans un courrier du 8 septembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime. Ce courrier laissait au centre de formation un délai de deux mois pour justifier avoir remédié aux manquements et annonçait l'organisation d'un nouveau contrôle. Le gérant de la société Alpha formation en sécurité privée a, d'une part, contesté la régularité du contrôle du 5 septembre 2023 par plusieurs courriers du 28 septembre 2023, d'autre part, sollicité, par courrier du 31 octobre 2023, la communication de données personnelles. Par courrier du 17 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a informé le gérant de la société que la contre-visite de contrôle aurait lieu le 8 décembre 2023 et celui-ci a fait savoir, par courrier du 23 novembre 2023, qu'il s'y opposait. Il a effectivement refusé l'accès du centre aux agents qui se sont présentés le 8 décembre 2023. Par l'arrêté en litige du 8 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime a retiré, sur le fondement de l'article 14 de l'arrêté du 2 mai 2005 susvisé, l'agrément du centre de formation.

3. Pour démontrer que la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L 521-1 du code de justice administrative est remplie, le gérant de la société soutient que la perte de l'agrément permettant de dispenser des formations dans le domaine de la sécurité incendie entraîne la caducité des autres agréments ou habilitations dont dispose le centre de formation, que plus aucune formation n'est réalisée, qu'un précédent litige lui a déjà fait perdre beaucoup de clients et d'argent. Toutefois, en dépit des questions posées sur ce point lors de l'audience par la juge des référés, le représentant de la société n'a pas indiqué précisément quels agréments ou habilitations deviendraient caducs par voie de conséquence de la décision en litige et n'a d'ailleurs pas précisé la nature des formations dispensées dans le centre. La circonstance qu'aucune formation n'était en cours de déroulement le 3 avril 2024 lors d'une visite de la police nationale dans le centre ne suffit pas à démontrer l'arrêt de l'activité et il ressort, au demeurant, d'un courrier du 23 novembre 2023 que la société requérante avait d'ores et déjà suspendu toutes ses activités en matière de sécurité incendie alors même que le retrait de son agrément n'était pas encore intervenu. Aucune précision n'a non plus été fournie concernant le litige avec un organisme de qualification ayant entraîné une perte financière et une perte de clientèle ni, au demeurant, de manière plus générale, aucune indication sur la situation économique et financière de la société. En outre, si, comme dit au point 2, la société a contesté la régularité de la visite de contrôle du 5 septembre 2023, elle n'a à aucun moment dans ses échanges avec la préfecture, contesté le bien fondé des constatations opérées lors de cette visite par l'administration alors qu'elle avait été informée de leur teneur par courrier de la préfecture du 8 septembre 2023 qu'elle a effectivement reçu. Enfin comme rappelé également au point 2, la société a fait obstacle à la contre visite du 8 décembre 2023 perdant ainsi, de son fait, toute chance de démontrer à l'administration que les manquements reprochés n'étaient pas, ou plus, constitués. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment des incertitudes demeurant sur les conséquences effectives de la mesure critiquée et de l'attitude de la société, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie. Il suit de là que la requête de la société Alpha formation en sécurité privée doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Alpha formation en sécurité privée est rejetée.

.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Alpha formation en sécurité privée et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine Maritime.

Fait à Rouen, le 8 avril 2024.

La juge des référés,

A. D

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La république mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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