mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401134 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | MONTREUIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2024, M. D A, représenté par Me Montreuil, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans le délai de trois mois, suivant la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
* S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;
- aucun article ne prescrit d'obligation de quitter le territoire en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation en raison de l'absence de la mention " obligation de quitter le territoire " dans l'article 1er de l'arrêté ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles R. 142-1, R. 142-2 et R. 142-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
* S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale par voie de conséquence ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 21 février 2024 d'attribution de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 7 mai 2024 fixant la clôture de l'instruction au 22 mai 2024 à 12 h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Minne, président de chambre
- et les observations de Me Montreuil, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant angolais né le 2 octobre 1964, déclare être entré en France le 6 mai 2019, muni d'un passeport national revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires italiennes. Le 4 décembre 2020, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par arrêté du 9 juillet 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et a fait obligation à M. A de quitter le territoire français. Par un jugement n° 2103149 du 23 novembre 2021, le tribunal a rejeté le recours contre cet arrêté. Le 27 décembre 2021, M. A a déposé une demande d'asile. Par une décision du 2 septembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté cette demande. Le 30 novembre 2022, M. A a alors sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 10 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois. Par le jugement n° 2301917 du 26 septembre 2023, la mesure d'éloignement et celle fixant le pays de destination ont été annulées. Par le jugement du 16 novembre 2023, le tribunal a en revanche rejeté les conclusions dirigées contre le refus de séjour. Soumis à l'injonction de réexaminer la situation de l'intéressé qu'impliquait le jugement d'annulation du 26 septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime, par l'arrêté du 22 novembre 2023 attaqué dans la présente instance, a de nouveau édicté une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur le moyen commun tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :
2. Par arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour n° 76-2023-009, M. C B, directeur des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, dans le cadre des attributions de sa direction, les décisions en matière d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, notamment, fait référence au 3° de l'article L. 611-1 de ce code qui permet au préfet de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'étranger qui s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. L'arrêté comporte les considérations de fait propres à la situation administrative, familiale et professionnelle du requérant. La circonstance que l'article 1er du dispositif de l'arrêté ne dispose pas expressément la mesure d'obligation de quitter le territoire français est sans incidence, en l'espèce, sur la forme de l'arrêté dès lors que ses motifs reproduits sur quatre pages et demi exposent sans équivoque que le préfet a prononcé cette mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Par ailleurs, il n'est pas établi que le préfet aurait manqué à son obligation d'examen particulier de la situation de M. A en n'ayant pas mentionné sa participation à des ateliers socioprofessionnels.
4. En deuxième lieu, à supposer que le préfet de la Seine-Maritime ait consulté des données irrégulièrement conservées sur le traitement dénommé Visabio, la décision attaquée n'est pas fondée sur les données ainsi recueillies, qui n'ont été mentionnées qu'à titre d'élément général de l'examen de la situation de M. A mais repose sur la constatation que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national en dépit d'un refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 142-1, R. 142-2 et R. 142-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.
5. En dernier lieu, M. A se prévaut de la présence en France de son épouse qui est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle et des trois enfants du couple, dont l'un né en 2009 est encore mineur, les deux ainés étant également titulaires de cartes de séjour pluriannuelles. Toutefois les pièces produites ont essentiellement trait à la scolarité ou la profession de ses enfants, tous de nationalité angolaise mais pas à l'existence d'une vie commune ni à la participation du requérant à l'éducation des enfants. L'intéressé a vécu jusqu'à l'âge de 55 ans en Angola où résident ses frères et qu'il a quitté cinq ans après le départ en Europe de la compatriote avec laquelle il se serait marié selon la coutume en 1996 et de leurs enfants. Comme l'a d'ailleurs relevé la Cour administrative d'appel de Douai, par ordonnance n° 24DA00263 du 17 avril 2024 du président de sa 4e chambre, cette compatriote avait, dans sa demande de régularisation de juin 2019, indiqué que son conjoint avait disparu et ne l'évoquait pas dans ses demandes de renouvellement de titre de séjour effectuées en 2020 et 2021. Un justificatif d'abonnement à un fournisseur d'énergie aux deux noms, purement déclaratif et contemporain de l'arrêté préfectoral pris le 10 février 2023 ne suffit pas à caractériser dans la présente instance une vie commune d'une durée significative avant la décision attaquée. Si les trois enfants de M. A résident en France, deux d'entre eux sont majeurs et la contribution de l'intéressé à l'entretien et à l'éducation de l'enfant né en 2009 ne ressort pas des pièces du dossier. Sa participation à des ateliers d'insertion sociale et professionnelle ne suffit pas à révéler une perspective sérieuse d'insertion professionnelle en France. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée en lui ayant fait obligation de quitter le territoire français. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
6. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas fondés, la décision attaquée n'est pas illégale par voie de conséquence.
7. En second lieu, si le requérant soutient que la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne produit aucune pièce établissant la réalité et le caractère personnel des menaces qu'il pourrait encourir en cas de retour dans son pays d'origine et alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Elie Montreuil et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Minne, président,
- Mme Jeanmougin, première conseillère,
- M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
Le président-rapporteur,
signé
P. MINNE
L'assesseure la plus ancienne,
signé
H. JEANMOUGINLe greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
N°2401134
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026