mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401137 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | LEROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 mars 2024, M. A, se disant D B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de ce jugement et, en tout état de cause, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de ce jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Le requérant soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles R. 431-10 et L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 47 du code civil ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 20 mars 2024 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. B, enregistrées le 6 mai 2024.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Leroy, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Le requérant déclare être entré en France au mois d'août 2020. Alors regardé comme étant mineur, il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance à compter du 2 septembre 2020. Le 10 janvier 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 16 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 435-3, L. 423-3, R. 431-10 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 47 du code civil, dont il a été fait application au requérant. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.
3. En second lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Maritime, à qui il n'appartenait pas de faire état de l'intégralité des éléments propres à la situation du requérant, a procédé à un examen particulier de cette situation. Par suite, les moyens tirés d'un défaut d'examen doivent être écartés.
Sur le refus de séjour :
4. D'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () "
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. "
6. Il résulte de ces dernières dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.
7. Le préfet de la Seine-Maritime a considéré, au regard notamment de rapports d'analyse de la cellule fraude documentaire de la direction interdépartementale de la police aux frontières (DIDPAF) du Havre, dont il s'est approprié les conclusions sans qu'il ressorte de l'arrêté litigieux qu'il se serait estimé lié par elles, que les documents d'état civil présentés par le requérant au soutien de sa demande d'admission au séjour, concernant M. D B, né le 31 décembre 2003 à Debo Massassi (Mali), ne pouvaient être regardés comme authentiques. S'agissant de l'extrait des minutes du tribunal civil de Diema relatif à un jugement supplétif d'acte de naissance n° 2848 du 4 décembre 2020, la DIDAPF a émis un " avis défavorable ", eu égard à l'absence de sécurité du support et à un défaut d'alignement des mentions pré-imprimées en en-tête du document. Ces irrégularités ne sont, à elles seules, pas de nature à remettre en cause l'authenticité de ce document. Ce dernier, eu égard à sa nature d'acte certifié conforme à un original par une personne n'étant pas le magistrat qui a rendu le jugement dont s'agit et à l'absence de sécurité quant à son support et de formalisme particuliers, ne saurait toutefois à lui seul faire regarder l'acte de naissance, prétendument établi par transposition de ce jugement, comme étant lui-même authentique. Or, s'agissant de l'acte de naissance du 10 décembre 2020 dont se prévalait le requérant au soutien de sa demande, les services de la DIDPAF ont considéré qu'il était " contrefait ", eu égard à un fond d'impression et des mentions pré-imprimées réalisés en impression jet d'encre, à une faute d'orthographe à la mention pré-imprimée " OFFICIER DE L'ETAT-CIVIL ", le premier mot étant orthographié " OFFIER ", à l'absence de numéro de souche de l'acte, à l'absence de numéro d'identification nationale dit " C ", à la circonstance que l'acte aurait été établi par un 3ème adjoint au maire, lequel ne dispose pas de ce pouvoir au sein d'un centre principal d'état civil et, enfin, à l'absence d'indication des coordonnées de l'imprimerie dont est issue le formulaire. Si le requérant fait état d'éléments suffisamment précis et circonstanciés de nature à justifier certaines de ces irrégularités, notamment l'absence de numéro " C " et l'établissement de l'acte par un 3ème adjoint au maire, les éléments dont il se prévaut, eu égard à l'existence de la cacographie " OFFIER " et, plus particulièrement, à l'absence totale de numéro de souche de l'acte, ne permettent pas de remettre en cause les critiques énoncées précédemment. Dans ces conditions, en dépit de la circonstance que la minorité de l'intéressé n'a été remise en cause ni par les services de l'aide sociale à l'enfance ni par le juge des enfants depuis son arrivée en France, ces irrégularités sont de nature à renverser la présomption dont bénéficient, en vertu de l'article 47 du code civil, les documents d'état civil produits par le requérant, ce dernier ne pouvant, au demeurant, utilement se prévaloir de la situation prétendument défaillante du système de l'état civil au Mali. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance des dispositions des articles R. 431-10 et L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 47 du code civil doivent être écartés. Par conséquent, pour le seul motif fondé sur l'application des dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour demandée devait être refusée dès lors que ce titre de police et de circulation ne peut être remis qu'à une personne dont l'identité est établie.
8. Le préfet étant fondé, pour le seul motif évoqué au point précédent, à refuser au requérant la délivrance de tout titre de séjour, l'ensemble des autres moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour est inopérant.
Sur l'obligation de quitter le territoire français et le pays de destination :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, confié au service de l'aide sociale à l'enfance à compter du 2 septembre 2020, poursuit une formation préparant à l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle " boulanger ", du 13 septembre 2021 au 31 août 2024, période au titre de laquelle il a également conclu un contrat d'apprentissage avec une entreprise. En dépit de résultats moyens, son sérieux est noté par ses enseignants et par sa structure d'accueil et ses difficultés trouvent leur explication dans des difficultés persistantes en langue française. Cependant, outre son insertion professionnelle, le requérant, dont l'âge lors de son entrée en France ne peut être tenu pour établi, est célibataire, sans charge de famille et ne justifie d'aucune attache familiale sur le territoire ni d'aucune insertion sociale significative. Dans ces conditions, en ayant obligé le requérant à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, les moyens, dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur de droit, motif pris que le requérant remplirait les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit en tout état de cause être écarté.
11. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision fixant le pays de destination porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une telle atteinte ne résulte pas tant le cas échéant de cette décision, qui a pour seul objet de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné en exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, mais de cette dernière décision, qui entraîne son éloignement du territoire. Or il ne fait état d'aucun élément relatif à l'atteinte que porterait, spécifiquement, la décision fixant le pays de destination, à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen, dirigé contre cette décision, tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en tout état de cause être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, se disant D B, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026