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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401138

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401138

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantBERRADIA NEJLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2024, M. B, représenté par Me Berradia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- la décision portant refus de séjour est fondée exclusivement sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales par exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 13 mars 2024 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. A, enregistrées le 27 mars 2024 et le 16 mai 2024.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Derbali, substituant Me Berradia, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 5 juin 1980, déclare être entré en France le 29 février 2020, afin d'y solliciter l'asile. Sa demande de protection internationale a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 16 septembre 2020. Son recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 9 avril 2021. Par un arrêté du 27 juillet 2021, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français. Le 6 avril 2023, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 5 décembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement, notamment, de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () "

4. Par un avis du 16 octobre 2023, dont le préfet s'est approprié les conclusions sans qu'il ressorte de l'arrêté attaqué qu'il se serait estimé lié par celles-ci, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais, en revanche, qu'il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que le requérant souffre de lombalgiques chroniques et souffrirait, également, de problèmes de santé affectant ses reins. Il se borne toutefois à affirmer que ces lombalgies chroniques justifieraient un traitement médical dont il lui serait impossible de bénéficier dans son pays d'origine et à produire, outre une ordonnance du 16 novembre 2021 prescrivant des séances de kinésithérapie, des ordonnances de décembre 2023 et de janvier 2024 prescrivant la délivrance de nombreux médicaments, dont un antidépresseur, un antiépileptique, un anxiolytique, un alphabloquant, un inhibiteur de l'enzyme de conversion et un inhibiteur calcique, un inhibiteur de la pompe à protons ainsi que des anti-inflammatoires non stéroïdiens et des antidouleurs. Le requérant, qui produit également la liste des médicaments essentiels publiée par le ministère de la santé guinéen en 2016, n'apporte aucune indication sur celui ou ceux de ces médicaments qui seraient destinés à traiter la ou les pathologies dont le défaut de prise en charge serait susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, les éléments produits par M. A sont insuffisants pour remettre en cause l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII quant à la disponibilité d'un traitement approprié de sa ou de ses pathologie(s) dans son pays d'origine. Par conséquent, c'est sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que le préfet de la Seine-Maritime a considéré que M. A pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se prévaloir, au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Nejla Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

A. LE VAILLANT

Le président,

signé

P. MINNELe greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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