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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401145

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401145

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2024, et un mémoire enregistré le 3 juin 2024, M. B A, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, un titre de séjour ou à titre subsidiaire de procéder, dans le délai de deux mois, au réexamen de sa situation et dans tous les cas de lui délivrer dans l'attente et dans le délai de 15 jours une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre la somme de 1 200 euros à la charge de l'État en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

- S'agissant de la décision portant refus de séjour :

o elle n'est pas suffisamment motivée ;

o elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

o elle a été prise sans examen sérieux de sa situation personnelle ;

o elle méconnaît les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :

o elles ne sont pas suffisamment motivées ;

o elles ont été prises sans examen complet de sa situation ;

o elles sont dépourvues de base légale et doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour ;

o elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 7 février 2024 admettant M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,

- et les observations de Me Leroy, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité guinéenne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision en litige aurait été prise sans qu'ait été effectué au préalable un examen approfondi de la situation personnelle de M. A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an./ La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. " Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. "

5. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. A ne disposait pas d'un contrat de travail à durée indéterminée lorsqu'il a demandé le renouvellement de son titre de séjour et ne remplissait donc pas les conditions pour la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié issues du premier alinéa de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, M. A a signé le 11 mars 2021 une rupture conventionnelle du contrat à durée indéterminée dont il était alors titulaire depuis le 6 janvier 2020, avant même d'obtenir quelques semaines plus tard son premier titre de séjour en qualité de salarié. La circonstance que cette rupture conventionnelle lui ouvrait droit, en application du code du travail, aux allocations d'assurance chômage, ne permet pas à elle-seule de le regarder comme involontairement privé d'emploi. Les pièces produites par M. A, qui n'a demandé le paiement d'heures supplémentaires à son employeur qu'après la rupture du contrat, ne permettent pas suffisamment d'établir que la rupture de son contrat de travail serait liée au motif légitime de ne plus travailler avec un employeur ne respectant pas le droit du travail. Enfin, il n'est pas contesté que M. A n'a pas bénéficié d'une autorisation de travail pour exercer un emploi en contrat à durée déterminée. Il ne remplit donc pas les conditions de délivrance du titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en décembre 2016, à l'âge de 16 ans, qu'il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance et a bénéficié, après un titre de séjour en qualité d'étudiant valable de janvier 2019 à janvier 2020 lui ayant permis d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle, d'un titre de séjour en qualité de salarié valable de juin 2021 à juin 2022. Après la rupture de son contrat de travail à durée indéterminée en avril 2021, M. A n'a travaillé que sous couvert d'un contrat à durée déterminée entre octobre 2022 et mars 2023 puis en intérim en août 2023, octobre 2023 et novembre 2023. Il ne fait pas état d'une insertion particulière en France et n'établit pas être dépourvu de toute attache en Guinée, où réside sa mère. En ayant refusé à l'intéressé le renouvellement de son titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas commis d'erreur de droit. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle qu'aurait commise le préfet doit également être écarté.

7. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A n'établit pas avoir droit à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, notamment sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, les décisions en litige, qui font suite à un refus de titre de séjour suffisamment motivé, mentionnent les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France, sa nationalité, sa situation personnelle et professionnelle, le refus de titre de séjour dont il fait l'objet et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables. Elles sont donc suffisamment motivées.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. A n'aurait pas été réellement prise en compte avant l'édiction des décisions en litige.

10. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à M. A n'est pas entaché d'illégalité et n'encourt pas l'annulation. Les moyens tirés du défaut de base légale et de l'annulation par voie de conséquence doivent donc être écartés.

11. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 6.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Magali Leroy au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. JEANMOUGIN Le président,

Signé :

P. MINNE

Le greffier,

Signé :

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401145

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