mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401167 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 2 |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2400833 le 1er mars 2024, Mme E C, représentée par Me Madeline, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé d'un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont elle fait l'objet ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à Me Madeline en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour Me Madeline, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que l'arrêté attaqué :
- a été pris par une autorité incompétente ;
- est entaché d'un défaut de base légale, dès lors qu'elle n'a pas reçu notification des décisions du 2 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français qui le fondent ;
- a été pris en violation de son droit d'être entendue ;
- est illégal en raison de l'illégalité de la décision du 2 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français, dès lors qu'elle souffre d'une pathologie nécessitant un suivi médical diagnostiqué postérieurement à sa demande d'asile, qu'elle a formé une demande de réexamen de sa demande d'asile et qu'elle ne représente pas une menace à l'ordre public ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2401167 le 22 mars 2024, Mme E C, représentée par Me Madeline, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à Me Madeline en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour Me Madeline, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir saisi pour avis le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- a été prise en violation de son droit d'être entendue ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant fixation du pays de renvoi :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- a été prise en violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en violation de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en violation de son droit d'être entendue ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est tardive ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielleux pour le traitement du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée ;
- les observations de Me Verilhac, substituant Me Madeline, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ; elle soutient également que l'arrêté du 9 février 2024 en litige est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté du 2 juin 2023, pour les motifs développés dans l'instance n° 2401167 ;
- et les observations de Mme C, qui répond aux questions posées par le tribunal ;
- le préfet de la Seine-Maritime et le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E C, ressortissante mauritanienne née le 1er juin 1986, serait entrée en France le 20 novembre 2021 et a, le 29 du même mois, sollicité le bénéfice de l'asile. Par une décision du 24 juin 2022, confirmée par une décision du 3 janvier 2023 de la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 2 juin 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 9 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé d'un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont elle fait l'objet. Par les requêtes nos 2400833 et 2401167, Mme C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes visées ci-dessus nos 2400833 et 2401167 concernent la situation d'une même étrangère et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les deux instances.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 juin 2023 (requête n° 2401167) :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
5. Les décisions attaquées, qui n'avaient par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de Mme C, mentionnent, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement l'intéressée en mesure de discuter les motifs de ces décisions et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Aux termes de l'article R. 611-1 de ce code, dans sa version alors en vigueur : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Aux termes de l'article R. 611-2 du même code, dans sa version alors en vigueur : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; () ".
7. Il est constant que la décision attaquée est intervenue sans saisine préalable, pour avis, du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, même en l'absence de demande de titre de séjour, le préfet qui dispose d'éléments suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger est susceptible de bénéficier des dispositions citées au point précédent, doit saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'intervention d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.
8. En l'espèce, Mme C ne démontre pas avoir fait établir le certificat médical prévu aux dispositions précitées de l'article R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile entre le rejet de sa demande d'asile et la date de la décision attaquée. En tout état de cause, et contrairement à ce qu'elle allègue, alors qu'elle a pu faire valoir ses éventuelles observations de manière utile et effective dans le cadre de l'instruction de cette demande, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressée a fait état auprès du préfet, avant la décision attaquée, de son état de santé. Il suit de là que le préfet ne pouvait être regardé, à la date de la décision en litige, comme disposant d'éléments suffisants lui imposant de saisir préalablement le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
9. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.
10. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a pu faire valoir ses éventuelles observations de manière utile et effective dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile. Il ne ressort au demeurant pas des pièces du dossier que les éléments dont elle se prévaut, s'ils avaient été portés à la connaissance de l'administration, auraient pu aboutir à une décision différente. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendue doit être écarté.
12. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français, cette décision n'ayant pas pour objet de fixer le pays à destination duquel l'intéressée pourra être renvoyée.
13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. En l'espèce, la requérante se prévaut de la circonstance qu'elle ferait l'objet en France d'un suivi médical renforcé et qu'elle présenterait une pathologie en lien avec des évènements vécus dans son pays d'origine. Toutefois, Mme C est entrée en France au mois de novembre 2021, soit depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée. Elle n'établit en outre pas avoir noué des liens d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français et être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu la majorité de son existence. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle d'une particulière intensité et stabilité sur le territoire français. Enfin, les seuls certificats médicaux produits, au demeurant postérieurs à la décision en litige, ne permettent pas d'établir que le trouble psychique dont l'intéressée souffre serait en lien avec des évènements traumatiques vécus dans son pays d'origine. Dans ces conditions, notamment au regard des conditions et de la durée de son séjour en France, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de Mme C.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
16. En premier lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
17. Si Mme C soutient qu'elle serait exposée à des risques pour sa vie ou son intégrité en cas de retour dans son pays d'origine, ses allégations ne sont pas suffisamment étayées, alors que sa demande d'asile a été rejetée. Par les seules pièces qu'elle produit, la requérante ne peut être regardée comme produisant des éléments actuels et circonstanciés qui seraient de nature à établir qu'en cas de retour en Mauritanie, elle serait effectivement exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là qu'en l'état du dossier, les moyens tirés de la violation des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
18. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
19. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 11 du présent jugement, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les éléments dont Mme C se prévaut, s'ils avaient été portés à la connaissance de l'administration, auraient pu aboutir à une décision différente, que le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendue doit être écarté.
20. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de Mme C. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
21. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
22. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 14 et 15, et alors même que Mme C n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public, les moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
23. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Maritime, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête n° 2401167 présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 février 2024 (requête n° 2400833) :
24. En premier lieu, par un arrêté n° 23-109 du 18 décembre 2023, publié le 22 du même mois au recueil des actes administratifs n° 76-2023-191 de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme D B, attachée, cheffe du bureau du droit de l'asile, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
25. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le pli contenant l'arrêté du 2 juin 2023, adressé à Mme C à l'adresse du centre d'accueil des demandeurs d'asile de l'association France Terre d'Asile à Saint-Denis (93), n'a pu lui être remis en mains propres, qu'il a été présenté le 9 juin 2023, que la destinataire a été avisée de la mise en instance de ce pli, puis que ledit pli a été retourné le 28 juin 2023 aux services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis avec la mention " pli avisé non réclamé ". Dans ces conditions, ce pli, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié le 9 juin 2023. Si Mme C soutient que tel n'est pas le cas, dès lors qu'elle s'est installée en Seine-Maritime au mois de janvier 2023, elle n'établit ni même n'allègue avoir averti les services préfectoraux de son changement d'adresse. Si la requérante soutient également ne pas avoir été en mesure de recevoir ce pli, les seules pièces du dossier, et en particulier la seule attestation du 27 février 2024, dont il ne ressort pas que son courrier lui était réexpédié depuis le centre d'accueil au sein duquel elle était hébergée en Seine-Saint-Denis vers sa nouvelle domiciliation en Seine-Maritime, ne permettent pas de l'établir.
26. Ainsi, et en l'état du dossier, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait dépourvu de base légale doit être écarté.
27. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 11 du présent jugement, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les éléments dont Mme C se prévaut, s'ils avaient été portés à la connaissance de l'administration, auraient pu aboutir à une décision différente, que le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendue doit être écarté.
28. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de Mme C. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
29. En cinquième lieu, si la requérante a formé une demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du relevé " Telemofpra " dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que cette demande a été enregistrée le 20 octobre 2023, soit postérieurement à la mesure d'éloignement du 2 juin 2023. La circonstance que l'intéressée ait bénéficié du droit de se maintenir sur le territoire français entre le 20 octobre 2023 et le 27 octobre 2027, date à laquelle l'Office a rejeté sa demande de réexamen comme irrecevable sur le fondement des articles L. 531-32, 3°, et L. 541-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est ainsi sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 2 juin 2023, dont la légalité s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise.
30. De plus, s'il n'est pas contesté que Mme C souffre notamment d'une pathologie psychologique nécessitant un suivi médical, les seules pièces du dossier ne permettent pas d'établir que l'état de santé de l'intéressée nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
31. De plus, enfin, la circonstance que le comportement de Mme C ne représente pas une menace pour l'ordre public, ce qui est constant, est à elle seule sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement du 2 juin 2023.
32. Ainsi, et compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 à 22 du présent jugement, le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée par exception d'illégalité de l'arrêté du 2 juin 2023 doit être écarté.
33. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; () ".
34. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 14 et 15, et alors même que Mme C n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que sa présence ne représente pas une menace pour l'ordre public, les moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que le moyen tiré de ce qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
35. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé d'un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont elle fait l'objet. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête n° 2400833 présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans les instances nos 2400833 et 2401167.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Madeline, au préfet de la Seine-Maritime et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
La magistrate désignée,
D. Thielleux
La greffière,
N. Drouilhet
La République mande et ordonne aux préfets de la Seine-Maritime et de la Seine-Saint-Denis en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2400833, 2401167
nd
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