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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401216

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401216

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSEL ABDEL ALOUANI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, et des mémoires en pièces complémentaires enregistrés les 28 mars 2024 et 2 avril 2024, M. B A, représenté par Me Alouani, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

3°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification à intervenir, et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Alouani au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation à la part contributive de l'Etat.

M. A soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire :

o est insuffisamment motivée ;

o méconnait son droit à être entendu ;

o est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît les dispositions de l'alinéa 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

o est signée par une autorité incompétente ;

o est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est illégale :

o est entachée d'une erreur d'appréciation quant à ses garanties de représentation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

o est signée par une autorité incompétente ;

o est insuffisamment motivée ;

o est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

o est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est illégale ;

o méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant assignation à résidence :

o est signée par une autorité incompétente ;

o est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Rouen a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Alaouani, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe et ajoute que :

o M. A demande de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

o la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- et les observations de M. A, qui répond aux questions posées par le tribunal.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ressortissant sénégalais né le 30 septembre 1984, est entré sur le territoire en 1991 dans le cadre d'un regroupement familial. Il a bénéficié d'une carte de résident valable du 30 septembre 2002 au 29 septembre 2012, dont il n'a pas demandé le renouvellement. Par l'arrêté attaqué du 26 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois. Par l'arrêté du même jour également attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

4. M. A réside sur le territoire depuis l'année 1991 et a bénéficié d'une carte de résident valable du 30 septembre 2002 au 29 septembre 2012, dont il n'a pas demandé le renouvellement. Il déclare vivre en couple avec une ressortissante française depuis 2014, avec laquelle il eu deux enfants français, nés respectivement les 30 janvier 2021 et 11 décembre 2022, qu'il a reconnus. Si le requérant affirme résider actuellement chez son frère de manière temporaire depuis octobre 2023 dans l'attente de l'achat par sa compagne d'un nouveau bien immobilier, il ressort des pièces du dossier que la vie commune du couple est établie entre 2019 et 2023. M. A a en outre précisé à l'audience, sans être contredit et par des déclarations circonstanciées qui n'ont pas paru dénuées de toute vraisemblance, qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants au quotidien. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant et méconnaît ainsi les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 mars 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de sa destination, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois et assignation à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. En vertu de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, lorsqu'une obligation de quitter le territoire est annulée, " l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. L'exécution du présent jugement implique, en application des dispositions précitées, que M. A se voit délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur sa situation. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de l'intéressé dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Alaouani, avocat de M. A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Alaouani d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2: Les arrêtés du 26 mars 2023 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois et a ordonné son assignation à résidence, sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans les conditions fixées au point 7, dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Alaouani la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, sous réserve que Me Alaouani renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Alaouani et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024

La magistrate désignée,

Signé

L. FAVRE

La greffière,

Signé

S.LECONTE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2401216

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