mercredi 10 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401219 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | YOUSFI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires en production de pièces enregistrés le 28 mars 2024 et le 8 avril 2024 M. D A B, représenté par Me Yousfi, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.
Par un mémoire en défense et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 5 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
Vu :
la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la convention internationale des droits de l'enfant ;
la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir au cours de l'audience publique du 8 avril 2024, présenté son rapport et entendu les observations orales de :
* Me Yousfi, représentant M. A B qui demande son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et soutient que :
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il a deux frères en France ainsi que son fils dont il participe à l'entretien et l'éducation dans la mesure de ses moyens et de sa situation ;
- l'arrêté n'a pas été adopté à la suite d'un examen personnalisé de sa situation car la présence de ses frères en France n'est pas mentionnée ;
- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;
- il ne présente pas une menace pour l'ordre public ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
* de M. A B, qui soutient que :
- ses frères résident en France ;
- il a écrit à son fils alors qu'il était incarcéré.
L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 10 heures 10, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative et les documents présentés à l'audience en application de l'article R. 776-24 du CJA ayant été transmis au tribunal le 8 avril 2024.
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 19 mars 1986, est, selon ses dires, entré sur le territoire français en 2015. Par arrêté du 22 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans aux motifs qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il ne dispose d'aucun document l'autorisant à séjourner en France, qu'il a été condamné par jugement du 19 octobre 2023 du tribunal correctionnel du Havre à une peine de cinq ans d'emprisonnement, qu'il est très défavorablement connu des services de police, qu'il représente une menace pour l'ordre public, qu'il n'a fait aucune démarche tendant à ce que lui soit délivré un titre de séjour depuis son arrivée en France, qu'il existe un risque de soustraction à l'exécution de la décision, qu'il n'apporte pas la preuve de sa paternité alléguée avec son fils avec lequel il ne justifie pas être en contact, qu'il ne justifie pas du travail allégué entre 2015 et 2019, qu'il n'est pas dépourvu de liens dans son pays d'origine, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et que M. A B n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. M. A B demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A B à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. A B par le préfet de la Seine-Maritime au regard des éléments dont il disposait, notamment en ce qui concerne la présence alléguée d'une fratrie en France alors que l'intéressé s'est déclaré fils unique sans attaches autres que son fils sur le territoire français lors de son audition du 8 mars 2024, sont donc suffisamment motivées.
4. En second lieu, M. A B, qui serait selon ses dires entré sur le territoire français en 2011 ou en 2015, soutient qu'il dispose d'attaches en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du compte rendu d'audition du 8 mars 2024, que l'intéressé, célibataire, n'est entré en France qu'à l'âge de vingt-neuf ans après avoir vécu dans son pays d'origine, et en Italie à partir de 2011. S'il soutient à l'audience avoir deux frères en France, il n'en justifie pas alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a indiqué lors de son audition du 8 mars 2024 être fils unique et n'avoir aucune famille autre que son fils en France. À cet égard, s'il indique être père d'un enfant français né le 9 août 2020, il ne justifie pas avoir participé à son éducation ou son entretien, alors qu'aucune relation avec la mère de l'enfant n'a eu lieu depuis l'incarcération du requérant en novembre 2020 et que l'ordonnance de mesure éducative du 7 juillet 2023 indique seulement que les liens avec l'enfant ne pourraient être établis qu'après vérification de la paternité du requérant et sa sortie de détention. Par ailleurs, il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française alors, tout au contraire, qu'il a, par jugement du 19 octobre 2023 du tribunal correctionnel du Havre, été reconnu coupable d'atteinte sexuelle par violence, contrainte, menace ou surprise, de violences, ainsi que d'atteintes sexuelles sans violence sur mineur de quinze ans et a notamment été condamné pour ces faits à une peine d'emprisonnement de cinq ans. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi adoptées par le préfet de la Seine-Maritime le 22 mars 2024 aient porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et qu'elles auraient méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces décisions, qui ne méconnaissent pas les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. A B.
5. En revanche, au regard de la présence du fils de l'intéressé en France et des conditions particulières de l'espèce, le préfet, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans, a adopté une mesure disproportionnée dont, pour ce motif, M. A B est fondé à demander l'annulation.
D E C I D E :
Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 22 mars 2024 est annulé en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans à l'encontre de M. A B.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, à Me Yousfi et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
T. C
La greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026