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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401232

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401232

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, M. A B, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français ;

o est signée par une autorité incompétente ;

o est insuffisamment motivée ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant assignation à résidence :

o est signée par une autorité incompétente ;

o est insuffisamment motivée ;

o est entachée d'un défaut de base légale dès lors que la décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale ;

o méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2-5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Rouen a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 19 octobre 1978, déclare être entré sur le territoire en 2009. Le 29 juillet 2011, il a fait l'objet d'un arrêté lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, dont la légalité n'a pas été remise en cause par jugement du tribunal du 14 novembre 2011, confirmé par arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 5 juin 2012. Par un arrêté du 28 juillet 2016, dont la légalité n'a pas été remis en cause par jugement du tribunal du 10 novembre 2016 puis par arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 14 septembre 2017, il a fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Par un arrêté du 26 août 2021, il a fait l'objet d'un arrêté refusant de l'admettre au séjour et l'obligeant de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, dont la légalité n'a pas été remise en cause par jugement du tribunal du 5 mai 2022. Par un arrêté du 21 mai 2023, dont la légalité n'a pas été remise en cause par jugement du tribunal administratif de Rennes du 26 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par l'arrêté attaqué du 27 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'interdiction le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par l'arrêté du même jour également attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Concernant la décision portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 23-109 du 18 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime n° 76-2023-191 du 22 décembre 2023, le préfet de ce département a donné délégation à Mme G D, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement et signataire du premier arrêté attaqué, en cas d'absence ou d'empêchement de M. H E, directeur des migrations et de l'intégration, de Mme J, directrice adjointe et de Mme C F, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives à l'interdiction de retour sur le territoire français. Il n'est pas établi ni même allégué que M. E, Mme I et Mme F n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () /Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour () la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et notamment l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relève notamment que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français malgré la mesure d'éloignement dont il avait fait l'objet, avant de faire référence à sa situation personnelle et familiale. Par suite, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est suffisamment motivée. Le moyen soulevé en ce sens doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en 2009, s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour à deux reprises, par des arrêtés des 28 juillet 2011 et 30 août 2021, confirmés par la juridiction administrative, et s'est maintenu sur le territoire en dépit de trois précédentes mesures d'éloignement. S'il déclare qu'il a assisté son père résidant en France, atteint d'une pathologie nécessitant la présence d'un tiers, M. B n'apporte aucun élément quant à ses attaches personnelles, familiales ou professionnelles sur le territoire depuis le décès de son père en 2020. En outre, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé et placé en garde à vue le 20 mai 2023 pour des faits d'exhibition sexuelle. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle devra être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français.

Concernant la décision portant assignation à résidence :

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision assignant M. B à résidence cite notamment les articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision mentionne également que l'intéressé a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 27 mars 2024 et que l'exécution de cette mesure demeure une perspective raisonnable. Enfin, elle fait état de ce que M. B ne dispose pas de moyens lui permettant de se rendre dans son pays d'origine et ne présente pas de document de voyage en cours de validité. Par suite, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire est inopérant dès lors que la décision portant assignation à résidence n'est pas prise en application de la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français et que celle-ci n'en constitue pas la base légale.

13. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. (). ".

14. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée, applicables aux ressortissants s'étant vus reconnaître la qualité de réfugié ou ayant obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, ni l'ancienne version de ces dispositions, lesquelles ont été abrogées par l'ordonnance n° 2020-1733 du 20 décembre 2020. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni même des termes de l'arrêté attaqué pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet, qui s'est fondé sur le fait à la fois que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et qu'il ne peut pas quitter immédiatement le territoire français en l'absence de document de voyage en cours de validité, s'est cru à tort en situation de compétence liée. Dès lors, le moyen ainsi soulevé doit en tout état de cause être écarté.

15. En cinquième lieu, l'arrêté litigieux a été adopté en vue d'exécuter une obligation de quitter le territoire français sans délai exécutoire. En outre, il n'est pas établi que la durée de quarante-cinq jours de la décision d'assignation à résidence de M. B permettant aux services préfectoraux d'effectuer les démarches nécessaires en vue de mettre en œuvre son éloignement vers le Sénégal, présenterait un caractère disproportionné au regard des buts poursuivis. M. B n'apporte aucun élément de nature à caractériser l'absence de caractère raisonnable de cette perspective ou la preuve qu'il peut quitter immédiatement le territoire français. M. B ne fournit aucune explication de nature à établir que la décision d'assignation à résidence litigieuse, qui l'oblige à se présenter au bureau de police aux frontières du Havre du les lundis, mercredis et vendredis à 14h45, ferait obstacle à une quelconque obligation. Dès lors, en prononçant l'assignation de M. B à résidence, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées ainsi que celles formulées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024

La magistrate désignée,

Signé

L. FAVRE

La greffière,

Signé

S.LECONTE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 240123

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