mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401253 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mars 2024 à 12 h 35, et un mémoire, enregistré le 1er avril 2024, Mme C B, représentée par Me Boyle, demande :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au président du conseil départemental de l'Eure de lui proposer un accueil provisoire dans le délai de 24 h à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte journalière de 1 000 euros ;
2°) de mettre à la charge du département de l'Eure la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A comme juge des référés ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Après avoir convoqué les parties à l'audience publique.
Au cours de l'audience publique du 2 avril 2024 à 9 h 05, après la présentation du rapport, ont été entendues les observations de Me Niakaté, pour Mme B qui reprend, en les précisant les conclusions et moyens de la requête en insistant sur le caractère provisoire de la mise à l'abri à laquelle est tenu le département, pendant le temps nécessaire à l'évaluation de la requérante.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été différée au 2 avril 2024 à 11 h en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Les services du département ont été avisés de ce décalage par appel téléphonique à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () "
3. Le droit du mineur privé de la protection de sa famille à accéder à un abri et à ce que soient préservées sa santé, sa sécurité ou sa moralité est au nombre des libertés fondamentales dont la sauvegarde relève du champ d'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. En vertu des dispositions des articles L. 221-1 et suivants du code de l'action sociale et des familles, il incombe aux autorités du département, le cas échéant dans les conditions prévues par une décision du juge des enfants, de prendre en charge l'hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés au service de l'aide sociale à l'enfance. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission particulière est susceptible de porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. La gravité de cette atteinte s'apprécie, dans chaque cas, en tenant compte des moyens dont l'administration départementale dispose ainsi que de la situation du mineur.
4. Il résulte de l'instruction que Mme B, ressortissant de la République démocratique du Congo, serait née le 22 août 2007. Arrivée en France vers le 15 mars 2024, elle a essuyé à trois reprises un refus de prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance de l'Eure après qu'elle avait été dirigée dans un premier temps vers un dispositif de premier accueil de demandeurs d'asile. La requérante, qui n'a pas commencé à entrer dans le processus d'évaluation des personnes se disant mineurs non accompagnés, démunie et sans hébergement assuré, est susceptible à tout moment de se retrouver à la rue. En dépit des efforts consentis par l'administration départementale pour assurer la prise en charge d'un nombre important de mineurs non accompagnés, l'absence d'offre d'hébergement d'urgence ou de solution de mise à l'abri est, s'agissant d'une jeune fille dont la vulnérabilité est établie par les témoignages produits au dossier, constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'un mineur présumé à la protection. Il ne résulte pas de l'instruction qu'aucune solution ne pourrait être trouvée pour mettre à l'abri l'intéressée en attendant l'issue de son évaluation.
2. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander qu'il soit enjoint au département de l'Eure d'assurer sa mise à l'abri. Il y a lieu, d'ordonner au département de l'Eure d'assurer cette prise en charge dans le délai de 24 h à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte journalière de 1 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Eure la somme de 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au département de l'Eure d'assurer la mise à l'abri de Mme B, incluant l'hébergement et la prise en charge de ses besoins alimentaires et d'hygiène quotidiens, dans le délai de 24 h à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte journalière de 1 000 (mille) euros.
Article 2 : Le département de l'Eure versera la somme de 500 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au département de l'Eure.
Fait à Rouen, le 2 avril 2024.
Le juge des référés,
P. ALa greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2401253
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