mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401270 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, Mme A C, représentée par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente, et dans le délai de 8 jours, une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'aucun avis de passage ne lui a signalé la notification de l'arrêté litigieux et qu'elle avait informé le préfet de sa nouvelle adresse ;
- S'agissant de la décision portant refus de séjour :
o elle n'est pas suffisamment motivée ;
o elle a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
o elle n'est pas suffisamment motivée ;
o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
o elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
o elle n'est pas suffisamment motivée ;
o elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
o elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient :
- à titre principal, que la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire, que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
- et les observations de Me Vérilhac, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante angolaise, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme B à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la légalité du refus de séjour :
3. En premier lieu, la décision en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, notamment les conditions d'entrée et de séjour de Mme B en France, sa nationalité, sa situation personnelle et l'absence de risques établis en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est donc suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise après que le préfet de la Seine-Maritime a effectué un réel examen de la situation personnelle de Mme B et a, notamment, analysé la possibilité de la faire bénéficier d'une mesure exceptionnelle de régularisation.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B, née le 10 mars 2003, est entrée récemment en France en 2019, alors qu'elle était âgée de seize ans, avec sa mère et son frère et sa sœur mineurs, nés en 2009 et 2011. Sa mère a donné naissance à un quatrième enfant sur le territoire national le 5 août 2019. Les demandes d'asile présentées par Mme B et sa mère ont été rejetées par l'OFPRA, dont les décisions n'ont pas été remises en cause par la CNDA. Par un arrêté du 27 juillet 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de titre de séjour de la mère de la requérante, fondée notamment sur un motif médical, et l'a obligée à quitter le territoire français. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par le jugement du tribunal n° 2203408 du 21 février 2023. Mme B se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France et de son jeune âge lors de son arrivée ainsi que de son insertion scolaire et universitaire, par l'obtention du baccalauréat avec la mention " bien " en " section européenne anglais " en juillet 2023 et la poursuite d'études supérieures, à la date de la décision litigieuse, en 1ère année de licence " LLCER Anglais ". Mme B ne fait pas état d'une insertion sociale particulière. Eu égard à la situation irrégulière de sa mère, à la minorité de ses frères et de sa sœur et en l'absence d'éléments de nature à établir la réalité des risques dont la famille se prévaut en cas de retour en Angola, que les organismes chargés de l'asile n'ont pas regardé comme établis, il n'existe pas d'obstacle à ce que la cellule familiale de Mme B se reconstitue dans son pays d'origine, ni à ce qu'elle y poursuive ses études supérieures ni, si elle s'y croit fondée, à ce qu'elle sollicite la délivrance d'un visa de long séjour afin de reprendre ces études en France. La requérante n'établit pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de seize ans et où elle a commencé ses études. Dans ces conditions, en ayant refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par ailleurs, les éléments dont se prévaut Mme B ne caractérisent ni des considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du même code et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "
7. Si Mme B soutient que le préfet de la Seine-Maritime aurait méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle se borne en réalité à arguer, au soutien de ce moyen, qu'elle remplirait les critères de régularisation exceptionnelle fixés par la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, dont elle ne saurait utilement se prévaloir. En tout état de cause, elle ne conteste pas que son entrée sur le territoire était irrégulière. Le préfet de la Seine-Maritime était par suite fondé à refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, la décision en litige, qui fait suite à un refus de titre de séjour suffisamment motivé comme il a été dit au point 3, est elle-même suffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 5 du présent jugement.
10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à Mme B n'est pas entaché d'illégalité. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige est écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3.
12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme B n'est pas entachée d'illégalité. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
13. En dernier lieu, en se bornant à affirmer que le préfet ne pouvait ignorer les craintes dont elle se prévalait en cas de retour en Angola, Mme B, dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée, n'apporte aucun élément de nature à établir ou à tout le moins à faire présumer la réalité de ses allégations à cet égard. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la fixation du pays de destination sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La rapporteure,
signé
H. JEANMOUGIN Le président,
signé
P. MINNE
Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
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