lundi 15 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401275 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mars 2024, M. D C, représenté par Me Montreuil, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article L. 612-0 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites pour le requérant le 12 avril 2024 et celles produites par le préfet de la Seine-Maritime le 15 avril 2024.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 15 avril 2024, présenté son rapport et entendu les observations orales de Me Montreuil, représentant le requérant, assisté de M. A, interprète en kabyle, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures, et fait valoir qu'il justifie d'une bonne insertion sociale, que ses liens avec l'Algérie, où il encourt des risques du fait de sa participation au mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie, sont distendus, et que tant le principe que la durée de l'interdiction de retour sont disproportionnés.
Le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant algérien né le 9 mai 1983, est, selon ses dires, entré sur le territoire français en 2022. Par une décision du 22 août 2022, l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile. Par décision du 21 décembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par arrêté du 5 avril 2023, le préfet de police de Paris a adopté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Le 17 mars 2024, il a été contrôlé par les services de police puis placé en garde à vue. Par un arrêté du 18 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français durant deux années en application de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
2. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
3. Il est constant que le requérant s'est maintenu sur le territoire français au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire de trente jours imparti par l'autorité préfectorale pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet par un arrêté du 5 avril 2023, notifié le 20 avril 2023. Il justifie toutefois, par la production de ses bulletins de salaire, travailler depuis le mois de mai 2023 en qualité de mécanicien, et par la production de nombreuses attestations émanant de cousins, amis, et collègues, d'une bonne insertion sociale, particulièrement au regard de la durée de son séjour en France. Il est dès lors fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet lui a interdit le retour sur le territoire français durant deux années.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en prononçant son signalement aux fins de non réadmission au système d'information Schengen.
5. En application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de procéder à la suppression du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a interdit à M. C le retour sur le territoire français durant deux années est annulé.
Article 2 : L'État versera à M. C une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. B
Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
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