mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401282 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer son admission au séjour dans un délai de quatre mois à compter de la notification ; en tout état de cause, dans l'attente de l'une ou l'autre de ces injonctions, de lui remettre un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler au plus tard dans un délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros TTC au profit de son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- méconnaît le droit à une bonne administration, comprenant le droit d'être entendu, l'obligation de motivation et d'examen complet, loyal et sérieux de sa demande ;
- a été prise sans qu'elle ait pu comparaître personnellement afin d'être entendue par les services préfectoraux ;
- est irrégulière dès lors que le préfet ne lui a pas délivré le récépissé prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- méconnaît l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- méconnaît le droit à une bonne administration, comprenant le droit d'être entendu, l'obligation de motivation et d'examen complet, loyal et sérieux de sa demande ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- méconnaît la jurisprudence Diaby du Conseil d'Etat et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-marocain modifié du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Van Muylder,
- les observations de Me Leroy, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 10 septembre 1979 à Midelt (Maroc), de nationalité marocaine, serait entrée sur le territoire espagnol le 21 octobre 2013 munie d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa court séjour " tourisme ", valable jusqu'au 2 février 2014, puis serait entrée en France la même année. Mme B a sollicité son admission au séjour le 9 août 2016. Par un arrêté en date du 1er mars 2017, sa demande a été rejetée, décision confirmée par le tribunal administratif de Rouen le 13 juillet 2017 et la cour administrative d'appel de Douai le 21 décembre 2017. La requérante a sollicité de nouveau son admission au séjour le 13 mars 2020. Elle a fait l'objet d'un second arrêté en date du 9 novembre 2020 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, confirmé par le tribunal administratif de Rouen le 24 juin 2021. Mme B a sollicité le 6 novembre 2023 son admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture de la Seine-Maritime. Par un arrêté du 8 novembre 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :
2. La méconnaissance du droit d'être entendu et le droit à une bonne administration reconnu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et par les principes généraux du droit de l'Union européenne ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre d'une décision relative au séjour qui, contrairement aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, notamment régies par la directive n° 2008/15/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, ne peut être regardée comme mettant en œuvre le droit de l'Union européenne ou comme régie par celui-ci.
3. D'une part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant à l'encontre de la décision de refus de séjour attaquée, laquelle n'est pas régie par le droit de l'Union européenne. D'autre part, Mme B, qui a demandé la délivrance d'un titre de séjour, ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, elle était susceptible de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, de se voir fixer un délai de départ et un pays de renvoi. Elle a pu, à l'occasion de cette demande faire valoir tous les éléments qu'elle souhaitait. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, et du droit à une bonne administration reconnu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, mentionne les dispositions dont elle fait application et relève que Mme B ne remplit pas les conditions qu'elles prévoient. Elle fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire un droit pour l'étranger qui a déposé une demande de titre de séjour d'être reçu physiquement par les services de la préfecture préalablement à la décision rejetant sa demande. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande de la requérante.
6. En troisième lieu, la circonstance que Mme B ne se soit pas vue délivrer de récépissé de sa demande, ainsi que le prévoit les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est sans incidence sur la légalité de la décision refusant son admission au séjour.
7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ", et aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".
8. Mme B fait valoir qu'elle réside en France depuis 2014 avec son mari, qu'elle y fait l'objet d'une prise en charge médicale contre l'infertilité et qu'un titre de séjour lui permettrait d'avoir financièrement accès à la fécondation in vitro, et qu'elle est bien insérée socialement compte tenu de son engagement associatif. Toutefois, elle ne fait état d'aucune attache personnelle ou familiale particulière en France, en outre, elle n'en est pas dépourvue dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans. Enfin, elle a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, en 2017 et 2020, ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français, qu'elle ne démontre pas avoir exécutées. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en rejetant sa demande d'admission au séjour, le préfet aurait méconnu les stipulations et les dispositions citées au point précédent.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 et L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; " Aux termes de l'alinéa 2 de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "
10. Mme B ne produit aucune pièce établissant sa présence sur le territoire français avant le 7 février 2014. Le moyen tiré du défaut de saisine de la commission de titre de séjour ne peut, dès lors, qu'être écarté.
11. En sixième lieu, la décision n'a pas été adoptée en raison de l'incomplétude du dossier de Mme B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.
12. Enfin, Mme B invoque les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se prévaut de sa situation familiale et personnelle. Toutefois, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance desdites dispositions et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation que le préfet aurait commis en s'abstenant d'exercer son pouvoir discrétionnaire doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
14. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 7 que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de droits de l'homme et des libertés fondamentales en adoptant la décision contestée. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme B.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2023 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme A B, à Me Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Cotraud, premier conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
L'assesseur le plus ancien,
Signé
J. COTRAUD
La présidente-rapporteure,
Signé
C. VAN MUYLDERLe greffier,
Signé
J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026