mercredi 10 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401334 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, M. D A, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :
1) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre ;
3) d'annuler la décision du 3 avril 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a décidé son assignation à résidence ;
4) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 au bénéfice de Me Seyrek ; à titre subsidiaire, de mettre cette somme à son propre bénéfice en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
* La décision de prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français :
est entachée d'incompétence ;
est insuffisamment motivée ;
méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
* La décision d'assignation à résidence :
a été signée par une autorité incompétente ;
est insuffisamment motivée ;
repose sur une prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français elle-même illégale ;
méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où le préfet s'est cru tenu de l'adopter ;
elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir au cours de l'audience publique du 8 avril 2024, présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
1. M. A, ressortissant tunisien, né le 25 septembre 2004, est, selon ses dires, entré sur le territoire français en 2020. Par arrêtés du 3 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une prolongation de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français déjà adoptée et a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours aux motifs qu'il a fait l'objet d'un retrait de titre de séjour, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an le 2 juin 2023 auxquelles il n'a pas déféré, qu'il n'a fait aucune démarche pour régulariser sa situation, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant, dont la mère et les frères résident dans son pays d'origine, au respect de sa vie privée et familiale, que M. A n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine que son éloignement demeure une perspective raisonnable et qu'il doit être assigné le temps de l'organisation matérielle de son départ. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions :
3. En premier lieu, Mme E B, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 21 mars 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.
4. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. A par le préfet de la Seine-Maritime sont donc suffisamment motivées.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
5. En premier lieu, M. A, qui serait entré sur le territoire français en 2021, soutient qu'il dispose de membres de sa famille sur le territoire français. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'est entré en France qu'à l'âge de dix-sept ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine où il n'allègue pas même être isolé. Il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française alors, tout au contraire, qu'il a été condamné le 26 avril 2023 à six mois d'emprisonnement avec sursis pour offre ou cession de stupéfiants non autorisée. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, celui-ci ne fait valoir aucun élément qui permettrait de considérer que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime en date du 3 avril 2024 aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
6. En second lieu, M. A soutient que la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En se bornant à faire état de conséquence néfaste en cas de retour dans son pays d'origine, il n'assorti pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bienfondé.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant assignation à résidence :
7. En premier lieu, la décision d'assignation ne trouve pas sa base légale dans la prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français adoptée le même jour de sorte que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette dernière, qui est inopérant, doit être écarté.
8. En second lieu, les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas relatives à l'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière mais au droit à la réunification familiale de sorte que le moyen tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
10. M. A soutient que la décision l'assignant à résidence procède d'une erreur manifeste d'appréciation. Il ne ressort toutefois d'aucune des pièces du dossier que l'intéressé serait en mesure de pouvoir quitter immédiatement le territoire français, de sorte que le préfet de la Seine-Maritime était bien en droit d'adopter la mesure contestée à son encontre.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que celles présentées à fin d'injonction et au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
T. C
La greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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