jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401339 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | BOYLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Boyle, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et de procéder à un nouvel examen approfondi de sa situation, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui restituer son passeport ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros TTC en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, cette condamnation valant renonciation de son conseil au versement de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par un signataire incompétent ;
-il est entaché d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission de titre de séjour ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public et porte une atteinte grave et disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol,
- et les observations de Me Niakate, substituant Me Boyle, représentant Mme B.
Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 2 novembre 1995, est entrée sur le territoire français le 3 septembre 2011 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a sollicité le 6 mai 2022, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 décembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet de l'Eure a estimé, en application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la présence de l'intéressée en France constitue une menace pour l'ordre public, et s'est fondé sur la circonstance que Mme B a été condamnée le 30 novembre 2018 par le tribunal correctionnel de Versailles à un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis, pour violence aggravée en réunion et avec préméditation, et complicité d'arrestation, enlèvement, séquestration suivie d'une libération avant le 7e jour, les faits ayant été commis du 1er au 2 janvier 2016. Le préfet a également relevé et de ce qu'elle était connue défavorablement des services de police en juillet 2023. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est entrée en France en 2011 alors qu'elle était âgée de 16 ans et qu'elle a été prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. Elle est mère de deux enfants nés en France en 2013 et en 2021, dont l'aîné est scolarisé en France. Si la déclaration de paternité concernant le premier enfant a été annulée par le juge judiciaire en 2018, il ressort des pièces du dossier que le second enfant de Mme B est né d'un père français. Il ressort également des pièces du dossier que le père de cet enfant vit avec Mme B et ses enfants. La note sociale de la structure d'hébergement de Mme B versée à l'instance, qui fait état du bon comportement de Mme B, mentionne notamment que le père assure la garde des enfants pendant que la requérante travaille. Au demeurant, le couple s'est marié le 9 mars 2024 postérieurement à la décision attaquée. Par ailleurs, Mme B fait état d'une insertion professionnelle par la production de ses bulletins de paie dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel à compter de juin 2022. Dans ces conditions, compte tenu de l'ancienneté du séjour en France de l'intéressée, de la nature de ses attaches familiales sur le territoire, du caractère isolé et de l'ancienneté de la condamnation pénale dont Mme B a fait l'objet pour des faits datant de 2016, et en l'absence de toute précision sur les motifs pour lesquels l'intéressée se serait défavorablement fait connaitre des services de police en juillet 2023, le préfet de l'Eure a porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "
5. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'il a été dit au point 3, la requérante est mère d'un enfant français mineur et remplit effectivement les conditions mentionnées aux articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en rejetant sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français au motif que son comportement représente une menace pour l'ordre public, sans solliciter l'avis de la commission du titre de séjour, le préfet de l'Eure a entaché la décision d'une illégalité qui prive Mme B d'une garantie. Le moyen tiré du vice de procédure doit ainsi être accueilli.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, qui se trouvent ainsi privées de base légale.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard aux motifs d'annulation énoncés ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme B d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée. Cette annulation implique également la restitution à Mme B de son passeport retenu par les services de police en application des dispositions de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Eure ou au préfet territorialement compétent de procéder à la délivrance du titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour et de lui restituer son passeport. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Boyle, représentant Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Boyle de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté 19 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a refusé la délivrance du titre de séjour de Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination de cette mesure d'office est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Eure ou au préfet territorialement compétent de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour et de lui restituer son passeport
Article 3 : Sous réserve que Me Boyle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Boyle, avocat de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Bellec, premier conseiller
et Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
B. Esnol
La présidente,
C. Galle La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026