jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 avril 2024, M. B A, représenté par Me Marie Verilhac, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de la SELARL Eden avocats, ou subsidiairement à son propre bénéfice, la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- n'a pas été précédée de la saisine pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle, le préfet affirmant à tort qu'il n'avait pas déposé de nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ;
- méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Il soutient que le refus de délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivé ;
- est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Il soutient que la décision fixant le pays de renvoi :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Il soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête de M. A a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas produit d'observations en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Verilhac représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant de la République de Guinée né le 19 septembre 1996, déclare être entré en France en 2018. Il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 8 mars 2021. Il a ensuite présenté une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un avis du 20 juillet 2021, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait des soins dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que M. A ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par arrêté du 12 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de titre de séjour de M. A. M. A a adressé le 16 novembre 2023 au préfet de la Seine-Maritime, par l'intermédiaire de l'association Cimade, une " demande de délivrance d'une carte " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a réitéré cette demande par lettre recommandée du 27 janvier 2024. Par arrêté du 3 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un mois.
2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 12 avril 2023 a rejeté la demande de titre de séjour de M. A en qualité d'étranger malade au motif principal qu'il ne justifiait pas de son état civil, les documents produits étant irréguliers. Le 16 novembre 2023, M. A, par l'intermédiaire de l'association Cimade, a adressé au préfet de la Seine-Maritime une nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, en y joignant un nouveau jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance et un nouvel extrait du registre de l'état civil transcrivant ce jugement supplétif, datés des 22 mai et 5 juin 2023. Or, l'arrêté attaqué ne fait aucune mention de cette demande et de ces documents nouveaux, et indique au contraire que M. A " n'a pas déposé de nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade depuis la notification " de l'arrêté du 12 avril 2023. Ce motif étant erroné en fait, M. A est fondé à demander pour ce motif l'annulation de l'arrêté du 3 avril 2024, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
3. En application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'une autorisation provisoire de séjour soit remise à M. A et que sa situation soit réexaminée. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et de réexaminer sa situation dans un délai de quatre mois, à compter de la notification du présent jugement et sans assortir cette injonction d'une astreinte.
4. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que la SELARL Eden avocats renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à la SELARL Eden avocats de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un mois est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et de réexaminer sa situation dans un délai de quatre mois, à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à la SELARL Eden avocats la somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que la SELARL Eden avocats renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Marie Verilhac et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
MM. Colin Bouvet et Philippe C, premiers conseillers,
assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.
Le rapporteur,
Ph. C
La présidente,
A. GAILLARDLe greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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