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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401388

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401388

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMERHOUM AMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, M. C A, représenté par Me Amina Merhoum, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de Me Merhoum la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que le refus de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;

- se fonde sur une appréciation erronée de la menace que sa présence en France représenterait pour l'ordre public.

Il soutient que l'obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- se fonde sur une appréciation erronée de la menace que sa présence en France représenterait pour l'ordre public.

Il soutient que la décision fixant son pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Merhoum représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant sénégalais né le 20 mai 2000, déclare être entré en France le 27 septembre 2017. Par arrêté du 29 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français. Le 27 octobre 2023, M. A a demandé un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par arrêté du 16 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un mois.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. En se bornant à verser au dossier une attestation de Mme D, mère de sa fille française Kataleïya, qui indique que " dès les premiers moments et jusqu'à son incarcération, [il] s'occupait de sa fille " et exerçait " très bien son rôle de papa " et qu'elle lui rend visite avec leur fille deux fois par semaine en prison, ainsi qu'une copie de leurs permis de visite à la maison d'arrêt de Rouen, M. A - qui, avant son incarcération, ne vivait pas avec sa compagne et sa fille - n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille française depuis sa naissance. Dès lors, en rejetant sa demande de titre de séjour pour ce motif, le préfet a exactement appliqué l'article L. 423-7 précité.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. A soutient vivre en France depuis 2017 avec ses parents et son frère, il n'établit ni n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu pendant dix-sept ans. Sa relation avec Mme D, qui aurait débuté " courant voire fin 2022 ", demeure récente à la date de la décision attaquée, et il n'est pas justifié de l'intensité de celle-ci. Comme il a été dit au point 4, M. A n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance le 6 juillet 2023. Enfin, il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré, et a été condamné le 21 juillet 2023 à une peine de dix-huit mois de réclusion dont douze mois avec sursis, pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours commis en janvier 2022. Dans ces circonstances, en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet n'a ni méconnu les dispositions citées au point précédent, ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".

8. M. A a été condamné le 21 juillet 2023 à une peine de dix-huit mois de réclusion, dont douze mois avec sursis, pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours commis en janvier 2022. Ces faits, compte tenu de leur gravité et de leur caractère récent, caractérisent la menace pour l'ordre public que la présence de M. A en France constitue à la date de l'arrêté attaqué. C'est donc par une exacte appréciation des dispositions précitées que le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur ce motif pour rejeter la demande de M. A.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les motifs exposés au point 6.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

11. Comme il a été dit au point 4, M. A n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille française depuis sa naissance. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet aurait méconnu ces dispositions. Pour le même motif, l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte illégale à l'intérêt supérieur de sa fille.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de l'appréciation erronée de la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de M. A doit être écarté pour les motifs exposés au point 8.

Sur la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Dès lors que les moyens de légalité soulevés par M. A à l'encontre de son obligation de quitter le territoire français sont écartés par les motifs exposés aux points 9 à 12 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre des décisions fixant son pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2023. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Amina Merhoum et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

MM. Colin Bouvet et Philippe B, premiers conseillers,

assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

Le rapporteur,

Ph. B

La présidente,

A. GAILLARDLe greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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