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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401392

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401392

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMATRAND LUCILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024, Mme I G épouse C, représentée par Me Lucile Matrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'annuler la décision du 13 décembre 2023 portant saisie de son passeport ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui restituer son passeport, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Lucile Matrand en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme G épouse C soutient que :

' l'arrêté :

- est entaché d'un vice de procédure faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et d'erreur sur l'exactitude matérielle des faits.

' la décision portant saisie du passeport :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

' la décision de refus de séjour :

- méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention franco-algérienne ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

' la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- méconnaît les stipulations des article 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2024 à 12 heures par ordonnance du 31 mai 2024.

Des pièces complémentaires ont été produites pour Mme G épouse C le 1er août 2024.

Mme G épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mars 2024.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les observations de Mme G épouse C.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.

Des pièces ont été produites le 29 août 2024 par Mme G épouse C à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G épouse C, ressortissante algérienne née le 3 novembre 2001, déclare être entrée en France irrégulièrement le 8 décembre 2020. Le 18 octobre 2023, elle a sollicité un titre de séjour mention vie privée et familiale. Par un arrêté du 28 novembre 2023, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 13 décembre 2023, le préfet de l'Eure a retenu son passeport.

Sur l'arrêté du 28 novembre 2023 du préfet de l'Eure dans son ensemble :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L.432-14 ".

3. Il est constant, que Mme G épouse C ne résidait pas en France depuis plus de dix ans à la date d'adoption de la décision litigieuse. Dans ces conditions, et en tout état de cause, le préfet de l'Eure n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour pour avis avant d'édicter le refus de séjour en litige. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles de l'accord franco-algérien, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de l'Eure a fait application. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, y mentionne, notamment, sa situation administrative, sa vie privée et familiale et sa situation professionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le mariage de Mme G épouse C avec un compatriote le 3 avril 2021, ainsi que la naissance de leur enfant, le 3 juillet 2022, sont récents à la date de la décision contestée. Si la requérante est présente sur le territoire français depuis le 8 décembre 2020, elle ne dispose pour autant pas d'une insertion professionnelle ou sociale. Par ailleurs, si le couple a donné naissance à une fille, il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Algérie dès lors que la requérante, son mari et leur enfant commun sont de nationalité algérienne et que le mari de Mme G épouse C, titulaire d'une carte de résident, ne démontre pas disposer d'une insertion socio-professionnelle particulièrement stable dans la mesure où il travaille en intérim. Enfin, la requérante a passé l'essentiel de son existence en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans et où résident sa sœur et sa mère. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur d'exactitude matérielle des faits doit être écarté.

Sur la décision portant refus de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme G épouse C est mariée avec un ressortissant algérien titulaire d'une carte de résident et que le couple a donné naissance à un enfant le 3 juillet 2022, faisant ainsi relever la situation de la requérante du regroupement familial, comme l'indique le préfet, au demeurant non contredit par la requérante. En tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 6 doit être écarté.

8. En second lieu, si l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif aux conditions dans lesquelles les ressortissants étrangers peuvent bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ses stipulations n'interdisent pas au préfet, si cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Toutefois, eu égard à la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme G épouse C, telle qu'elle a été exposée au point 5, il n'apparaît pas que le préfet de l'Eure ait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il n'y avait pas lieu de régulariser l'intéressée.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, Mme G épouse C ne saurait se prévaloir de son illégalité, par voie d'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Aux termes de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant. ".

11. D'une part, les stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui requièrent l'intervention d'actes complémentaires pour être mises en œuvre et laissent une marge d'appréciation aux Etats parties à la convention ne sont pas d'effet direct et ne peuvent donc être utilement invoquées à l'appui des conclusions de Mme G épouse C.

12. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 5, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale constituée de Mme G épouse C, de son époux et de leur enfant se reconstitue hors de France. Dès lors, Mme G épouse C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Eure n'aurait pas porté l'attention requise à l'intérêt supérieur de sa fille. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit, par suite, être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

14. La décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, Mme G épouse C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant saisie du passeport :

15. En premier lieu, par un arrêté n° DCAT-SJIPE-2023-28 du 2 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, M. Matthieu Balourdet, secrétaire administratif de classe normale a reçu délégation en cas d'absence ou d'empêchement de M. D B, chef du bureau des migrations et de l'intégration, et/ou de M. A E, adjoint au chef du bureau des migrations et de l'intégration, pour signer notamment les récépissés valant justification d'identité en application de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette délégation doit être regardée comme recouvrant tant la délivrance du récépissé prévu par ces dispositions que la décision, qu'il formalise, de retenue du passeport. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. H à l'effet de signer la décision du 13 décembre 2023 de retenue du passeport de Mme G épouse C, formalisée par le récépissé valant justification d'identité doit être rejetée.

16. En second lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme G épouse C ont tous été écartés. L'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision du 13 décembre 2023 portant saisie du passeport, ne peut donc qu'être écartée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme G épouse C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G épouse C, à Me Lucile Matrand et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Gaillard, présidente,

M. Colin Bouvet, premier conseiller,

M. Philippe Dujardin, premier conseiller.

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

La présidente- rapporteure,

signé

A. F

L'assesseur le plus ancien,

signé

C. BOUVETLe greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé : S. Combes

N°2401392

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