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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2401397

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2401397

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2401397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique
Avocat requérantGRAVELOTTE BERENGERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, M. A se disant Elhamundin F doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a retiré le délai de départ volontaire dont il disposait pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français notifiée le 20 mars 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Le requérant soutient que les décisions :

- ont été prises par une autorité incompétente ;

- ne sont pas suffisamment motivées ;

- ont été prises sans examen de sa situation personnelle ;

- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistrés le 12 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant Mme G comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 15 avril 2024, ont été entendus le rapport de Mme G, qui informe les parties que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré du caractère inexistant d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et, par suite, du caractère irrecevable des conclusions dirigées contre cette prétendue décision, et sur le moyen tiré de la substitution de base légale de l'obligation de quitter le territoire français, et les observations de Me Gravelotte, pour le requérant, assisté de M. B, interprète en pachto, qui persiste dans ses conclusions et moyens, mais demande l'admission du requérant à l'aide juridictionnelle à titre provisoire, admet qu'aucune interdiction de retour sur le territoire français n'a été prise le 18 mars 2024, et ajoute que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que la demande de régularisation concernant sa demande d'asile ne lui a pas été notifiée, qu'elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle ne peut reposer sur un motif tiré de la menace à l'ordre public ni sur le refus de sa demande d'asile, la procédure étant irrégulière, que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il ne peut effectivement accéder à un traitement approprié dans son pays d'origine et que la décision retirant le délai de départ volontaire a été prise en méconnaissance de son droit à présenter des observations et des dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 et L.612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant F de nationalité afghane demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024, notifié le 20 mars 2024, par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui aurait interdit le retour sur le territoire français, ainsi que l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a retiré le délai de départ volontaire dont il disposait pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 18 mars 2024.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

3. Il ressort de l'arrêté du 18 mars 2024 que le requérant n'a pas fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les conclusions qu'il présente contre une décision qui n'existe pas sont donc irrecevables et doivent être rejetées.

Sur l'arrêté du 18 mars 2024 :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par Mme C D qui disposait, en qualité de secrétaire général de la sous-préfecture du Havre, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 23-087 du 28 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 76-2023-131 du 29 août 2023, pour toutes les matières intéressant l'arrondissement du Havre à l'exclusion de certaines dont ne relève pas l'arrêté contesté, en cas d'absence ou d'empêchement du sous-préfet du Havre. Rien n'indique que le sous-préfet du Havre n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment la nationalité afghane revendiquée par le requérant, son entrée irrégulière, sa soustraction à la mesure de transfert vers la Belgique édictée le 28 mars 2023 pour l'examen de sa demande d'asile, son interpellation par les services de police, la menace à l'ordre public qu'il représente et l'absence de preuve d'un éventuel danger pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Il est donc suffisamment motivé.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a demandé l'asile en Bulgarie en septembre 2020, en Autriche en janvier 2021, en Belgique en mars 2021 puis en France en février 2023, qu'il n'a pas mis à exécution le transfert en Belgique du 28 mars 2023 qui avait précisément pour objet l'examen de sa demande d'asile par l'Etat membre qui en était responsable et qu'il ne s'est pas présenté aux rendez-vous fixés par les autorités françaises. Il doit par suite être regardé comme ayant renoncé à sa demande d'asile et ne peut dès lors utilement, et en tout état de cause, se prévaloir de ce que la demande de régularisation émanant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne lui aurait pas été notifiée, ce qui entacherait l'obligation de quitter le territoire français en litige d'un vice de procédure.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un réel examen par le préfet avant l'édiction de l'arrêté en litige.

8. En cinquième lieu, le requérant ne conteste pas avoir tenté en décembre 2023 de voler un véhicule en usant de violence à l'encontre de ses occupants et il ressort des pièces du dossier que son état psychiatrique est instable et que l'intéressé, qui a tenu des propos radicalisés devant les forces de police et n'adhère pas aux soins, présente un état de dangerosité psychiatrique et criminologique prononcé. Il ne démontre aucune insertion sociale ou familiale permettant son accompagnement dans son suivi médical. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui serait entré en France récemment en février 2023, s'est soustrait à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 2 février 2023 et au transfert vers la Belgique pris le 28 mars 2023 qui aurait permis l'examen de sa demande d'asile et qu'il ne s'est pas rendu aux rendez-vous fixés par les services préfectoraux. Le requérant ne fait état d'aucune insertion sociale ni d'aucune perspective d'insertion professionnelle. Il ne démontre par aucune pièce que ses frères résideraient régulièrement en France et est dépourvu de logement. Il a été mis en cause récemment, en décembre 2023, pour vol avec violences volontaires et a affirmé, à l'occasion de sa garde à vue, vouloir " faire Djihad ". S'il ressort des pièces du dossier que le requérant présente des troubles psychiatriques, il n'est établi par aucune pièce qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Afghanistan et il ne démontre pas encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans ce pays où réside sa famille. Par suite, l'arrêté du 18 mars 2024 ayant obligé le requérant à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale et n'a pas été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas non plus été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

Sur l'arrêté du 8 avril 2024 :

10. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris par M. H E qui disposait, en qualité de directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 24-015 du 21 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2024-046 du 22 mars 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, notamment la menace à l'ordre public représentée par le requérant et son signalement en avril 2024 au titre de la radicalisation et le risque qu'il se soustrait à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Elle est donc suffisamment motivée.

12. En troisième lieu, le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai le 2 février 2023 puis a demandé son admission au séjour au titre de l'asile. Il ne pouvait dès lors ignorer qu'en cas de refus de faire droit à cette demande, il serait susceptible d'être de nouveau obligé de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine et était à même, pendant l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès des services préfectoraux, tous les éléments qu'il souhaitait. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait été mis à même de présenter ses observations avant que le préfet ne décide, par l'arrêté contesté, de retirer le délai de départ volontaire de trente jours dont était assortie l'obligation de quitter le territoire français du 18 mars 2024, il n'établit pas être pourvu des ressources permettant son départ volontaire et ne fait état d'aucun élément qu'il aurait été amené à présenter au préfet de la Seine-Maritime et qui auraient été de nature à influer sur la décision de retrait contestée. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que son droit à être entendu a été méconnu.

13. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un réel examen par le préfet avant l'édiction de l'arrêté en litige.

14. En cinquième lieu, comme il a été dit au point 6, le requérant doit être regardé comme ayant renoncé à sa demande d'asile et ne peut dès lors utilement, et en tout état de cause, se prévaloir de ce que la demande de régularisation émanant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne lui aurait pas été notifiée, ce qui entacherait la décision retirant le délai de départ volontaire qui lui avait été accordé d'un vice de procédure.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. " Aux termes de l'article L. 612-5 du même code : " L'autorité administrative peut mettre fin au délai de départ volontaire accordé en application de l'article L. 612-1 si un motif de refus de ce délai apparaît postérieurement à la notification de la décision relative à ce délai. "

16. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas présenté de document d'identité ou de voyage, qu'il n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre en février 2023 et s'est soustrait à l'exécution du transfert vers la Belgique. En outre, il ne dispose pas de domicile stable et, comme il a été dit au point 8, représente une menace pour l'ordre public. Le préfet de la Seine-Maritime pouvait donc mettre fin au délai de départ volontaire de trente jours qui lui avait été accordé et les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 612-1 et L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

17. En dernier lieu, le requérant ne justifie pas d'une entrée régulière en France et s'est soustrait en 2023 à l'exécution des mesures d'éloignement prises à son encontre. Il ne présente pas de documents d'identité ou de voyage et est sans domicile fixe. Il présente donc un risque de soustraction à la nouvelle mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Il représente également, compte tenu de son comportement en décembre 2023, de ses propos radicalisés et de ses troubles psychiatriques, une menace pour l'ordre public. Il ne fait état d'aucune ressource lui permettant d'organiser son départ du territoire français. En retirant le délai de départ volontaire de trente jours qui lui avait été imparti le 18 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant se disant M. F n'est pas recevable à demander l'annulation d'une prétendue décision d'interdiction de retour sur le territoire français et n'est fondé à demander l'annulation ni de l'arrêté du18 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ni de l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a retiré le délai de départ volontaire. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : Le requérant est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Elhamundin F, à Me Bérangère Gravelotte et au préfet de la Seine-Maritime.

Lu en audience publique le 15 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

H. G La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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