lundi 15 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2401399 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | GRAVELOTTE BERENGERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 avril 2024 et un mémoire en production de pièces enregistré le 12 avril 2024, M. F E demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai et de réexaminer sa situation sans délai, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.
M. E soutient que les décisions :
- ont été prises par une autorité incompétente ;
- ne sont pas suffisamment motivées ;
- ont été prises sans examen de sa situation personnelle ;
- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2024 et des mémoires en production de pièces enregistrés le 11 et le 12 avril 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du président du tribunal désignant Mme D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 15 avril 2024, ont été entendus le rapport de Mme D, et les observations de Me Gravelotte pour M. E et de M. E, assisté de M. B, interprète en arabe, qui persiste dans ses conclusions et moyens, mais demande l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire et ajoute que les décisions ne sont pas signées et ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et que le refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Calvados n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, de nationalité égyptienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an.
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
3. En premier lieu, l'arrêté en litige, dont l'ampliation remise à l'intéressé comportait la signature de son auteur, a été pris par M. C A qui disposait, en qualité de chef du bureau de l'asile et de l'éloignement, d'une délégation de signature du préfet du Calvados par arrêté 2023-10-04 du 4 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 14-2023-243 du 4 octobre 2023, pour toutes les décisions prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment la nationalité de M. E, l'absence de preuve de son entrée régulière, l'absence de titre de séjour, son signalement pour de nombreuses infractions et la menace à l'ordre public qu'il représente, ses attaches familiales en France, le défaut de démonstration qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française, le risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre et l'absence de preuve qu'il risquerait d'encourir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il est donc suffisamment motivé.
5. En troisième lieu, il ne ressort donc pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. E n'aurait pas fait l'objet d'un réel examen par le préfet avant l'édiction de l'arrêté en litige.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que si M. E a déjà spontanément quitté le territoire français, c'est selon ses déclarations en 2014 et donc très postérieurement à la mesure de reconduite à la frontière prise à son encontre le 17 mai 2010. La régularité de sa nouvelle entrée en France n'est pas démontrée par la seule production d'un visa de long séjour délivré par la Roumanie en 2021. L'intéressé dispose d'attaches familiales fortes en France et a déclaré ne pas souhaiter quitter le territoire. Il est défavorablement connu par les services de police pour vol et dégradations et a été condamné récemment, le 23 novembre 2023, pour vol. Enfin, M. E ne fait état d'aucune ressource lui permettant d'organiser son départ. Le préfet du Calvados pouvait donc lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En dernier lieu, s'il ressort du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) que M. E a été présent en France entre septembre et novembre 2010, en mai 2011, en mars et juin 2012 et en mars 2013, sa résidence habituelle sur le territoire français entre 2010 et 2014 et depuis 2021 comme il l'allègue n'est pas établie par les pièces du dossier. S'il réside depuis au-moins décembre 2022 avec une ressortissante française avec laquelle il se serait marié religieusement en 2013 et dont il a eu un enfant en avril 2023, il ne démontre par aucune pièce avoir demandé la régularisation de sa situation administrative et n'établit pas être dépourvu de toute attache en Egypte, son pays d'origine, où il pourra se rendre pour demander la délivrance d'un visa de long séjour. Sa compagne n'ayant pas d'activité professionnelle, le requérant ne fait pas état d'obstacles à ce qu'elle lui rende visite en Egypte le temps de l'instruction de sa demande de visa. Sa séparation avec sa compagne et leur enfant de nationalité française sera donc limitée. Le requérant n'établit pas être dépourvu de toute attache en Egypte. Par suite, les décisions obligeant M. E à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination ne portent pas une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ni atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineur. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent donc être écartés à l'encontre de ces décisions. En revanche, compte tenu de sa durée d'un an et des liens familiaux du requérant en France, suffisamment attestés par les pièces du dossier, l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. E méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant et doit être annulée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. E est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 8 avril 2024 par laquelle le préfet du Calvados lui a interdit le retour en France pendant la durée d'un an. Cette annulation n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision du 8 avril 2024 par laquelle le préfet du Calvados a interdit à M. E le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an est annulée.
Article 3 : Le surplus de la requête de M. E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Me Bérangère Gravelotte et au préfet du Calvados.
Lu en audience publique le 15 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
H. D La greffière,
Signé :
P. HIS
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026